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Le professeur de droit toulousain était jugé pour le meurtre de son épouse, disparue en 2000 et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Jacques Viguier (Sipa)

Jacques Viguier (Sipa)

Jacques Viguier a été acquitté jeudi 30 avril par la cour d’assises de la Haute-Garonne. Le professeur de droit toulousain était jugé pour le meurtre de son épouse, disparue en 2000 et dont le corps n’a jamais été retrouvé.
Jacques Viguier, 51 ans et père de trois enfants, a toujours nié avoir tué son épouse. Les jurés n’ont pas retenu sa culpabilité.
Trois questions avaient été posées aux jurés: a-t-il commis un homicide volontaire? A-t-il commis des violences volontaires? Ces violences ont-elles entraîné la mort sans intention de la donner?

15 à 20 ans requis

Au terme de deux semaines de procès, auquel Jacques Viguier comparaissait libre, l’avocat général Marc Gaubert avait requis, mercredi, une peine de 15 à 20 ans de réclusion criminelle.
« Jacques Viguier, vous avez commis ce meurtre. Je sais que c’est vous. Peut-être dans un instant de folie », a déclaré Marc Gaubert.
« Le crime était presque parfait. Le vôtre. Mais il y avait trop de mensonges. Le mensonge, c’est l’ami de l’accusation », a conclu l’avocat général.

« Un homicide imprévu »

Le matin même, les deux avocats des parties civiles ont affirmé que Jacques Viguier n’était pas coupable de meurtre. Selon eux, la disparition en 2000 de l’épouse de l’accusé résulte de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, un délit passible de 15 ans de réclusion contre 30 pour un homicide volontaire.
« Il s’agit d’un homicide imprévu, une querelle conjugale qui a mal tourné », « une explication vive, véhémente, et un coup qui va générer du sang« , a plaidé Me Guy Debuisson, l’un des avocats des sœurs de la disparue.
« C’est un crime improvisé », a lancé un autre avocat des parties civiles, Me Francis Spizner. « Jacques Viguier ne fera pas le choix d’appeler la police pour dire qu’il a commis un geste malheureux, non, il a choisi le silence et s’est condamné à improviser », a-t-il estimé.

« Grotesques »

Les nombreuses tâches de sang retrouvées au domicile des Viguier « prouvent qu’il y a eu des violences peut-être réciproques« , a poursuivi Me Debuisson, alors que son confrère se concentrait sur l’horaire du meurtre, commis « soit entre 4h30 et 8h, soit entre 10h et 11h30 ».
Selon Me Spizner « les éléments matériels sont écrasants », notamment les explications « grotesques » de Jacques Viguier « qui a voulu faire disparaître une pièce à conviction », le matelas, où dormait Mme Viguier, qu’il a jeté dans une déchetterie protégée et qui a disparu dans un incendie criminel.
« Le matelas aurait parlé comme aurait parlé le corps de Suzanne Viguier, mais M. Viguier a fait disparaître les deux », a regretté Me Spizner.

Les trois enfants ne croient pas à la culpabilité de leur père

Les trois enfants ont déclaré mardi qu’ils ne croyaient pas à la culpabilité de leur père.
Les enfants de Jacques Viguier, Clémence, 19 ans, et ses deux frères, les jumeaux Guillaume et Nicolas, 16 ans, assistaient à toutes les audiences en tant que parties civiles.
« Comme d’autres, j’ai essayé d’envisager l’hypothèse de la culpabilité de mon père. Mais je ne pense pas que c’est lui », a déclaré Clémence.
Les jumeaux Guillaume et Nicolas ont fait des dépositions similaires. « J’ai essayé de me poser la question sérieusement de la culpabilité de mon père, mais je n’ai pas trouvé depuis de raisons de le croire », a dit Guillaume.
« Dans cette histoire, on a jamais vraiment cherché ma mère, je veux dire son corps », a-t-il ajouté. « Au lieu de chercher ma mère, (les policiers) ont cherché la culpabilité de mon père. »
(Nouvelobs.com avec AFP et Reuters)

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Un procès, c’est comme une tragédie avec ses coups de théâtre, « acquittement au bénéfice du doute » annonce Libération qui raconte comment dans l’affaire Viguier l’avocat de la défense Maître Leclerc a démonté en quelques secondes ce que l’accusation avait mis des heures à bâtir… Imaginez, Mesdames et Messieurs les jurés, a lancé l’avocat à la cour d’Assises, imaginez un vieil homme qui se rase le matin, la peau ridée et la main tremblante, ce vieil homme il se coupe, et il se sert d’un kleenex pour éponger les quelques gouttes de sang sur son visage…

Ce kleenex qu’il aurait jeté comme tout le monde, hier, il l’a gardé, hier il l’a brandi devant la cour d’Assises raconte encore Libération, il a expliqué aux jurés qu’il y avait plus de sang sur ce kleenex que dans les traces ténues relevées dans la maison de Jacques Viguier, des traces utilisées par l’accusation pour défendre la thèse de la culpabilité de l’accusé. Voilà comment, en deux minutes à peine souligne Libération, le procès a basculé, les jurés ne mettront que trois heures à délibérer, avant d’acquitter, donnant raison à l’avocat. L’avocat qui reconnaît n’avoir pas démontré l’innocence de Jacques Viguier, mais avec un simple kleenex brandi dans le prêtoire, il a rappelé aux jurés qu’il fallait respecter leur serment, ce serment qui précise que le doute doit bénéficier à l’accusé. Voilà, raconté dans Libération, comment Jacques Viguier a été acquitté du meurtre de sa femme…

Viguier: les raisons d’un acquittement

Geoffroy Tomasovitch |

Ceux qui pensaient que Jacques Viguier était accusé à tort estimeront son acquittement juste. Ceux qui le pensaient coupable seront forcément déçus, voire choqués. Ce jeudi, la cour d’assises a tranché dans le secret de ses délibérations. Sur douze jurés, il a suffi que cinq d’entre eux votent en faveur de l’acquittement pour déclarer le professeur de droit innocent.

Les décisions de cour d’assises n’ont pas à être motivées.  Plusieurs points peuvent expliquer cette décision.Une absence de preuves flagrantes. Le dossier de l’accusation était dès le départ fragilisé par l’absence d’éléments à charge irréfutables. «Il n’y a pas de cadavre, on ne peut pas condamner pour meurtre un homme sans cadavre», a-t-on souvent entendu sur les bancs de la cour d’assises. «S’il n’y a pas de cadavre, c’est à l’accusé qu’il faut l’imputer», a tenté d’expliquer l’avocat général, apparemment sans succès. Même les traces de sangs relevées dans la maison du couple n’ont pas convaincu les jurés. Mis bout à bout, de nombreux indices convergeaient vers Jacques Viguier. Mais en l’absence de corps, d’aveux ou de scénario précis du crime, la place pour le doute était suffisante.
Des enquêteurs trop sûrs de leur piste. Les trois principaux policiers qui ont dirigé l’enquête ont exposé à la cour leur profonde conviction que Jacques Viguier avait tué sa femme. Deux l’ont fait sobrement. Un troisième a livré, de son propre aveu, un «petit réquisitoire à charges». Très démontratif, certes, mais peut-être trop. Les policiers ont assuré avoir exploré toutes les pistes mais que «tout ramenait à Jacques Viguier». Au final, les jurés ont pu penser que les enquêteurs n’avaient mené leurs investigations que dans un seul sens, celui confortant l’hypothèse Viguier.
Le sort des enfants. La fille et les jumeaux du couple Viguier sont vite devenus un des enjeux du procès. Orphelins de leur mère depuis plus de neuf ans, ils risquaient d’être privés de leur père en cas de condamnation. Les jurés ont sans doute gardé cet aspect humain du dossier dans un coin de leur tête. De plus, Clémence, 19 ans, et ses frères Guillaume et Nicolas, 16 ans, sont venus apporter à l’audience leur soutien total à un père avec lequel ils vivent depuis le disparition de Suzanne Viguier. Ils espéraient un acquittement. Ils l’ont eu. En revanche, ce verdict laisse sans réponse la disparition de leur mère.

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