AP Philippe Sotto

Les dix étrangers en situation irrégulière jugés fin janvier et début février pour l’incendie et le saccage du Centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes le 21 juin 2008 ont été condamnés mercredi à des peines allant de huit mois à trois ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris au terme d’un délibéré émaillé d’incidents et de suspensions d’audience, à l’image du procès.

Le tribunal a suivi globalement les réquisitions du parquet. Le procureur de la République Gilbert Flam avait requis des peines allant de six mois à trois ans de prison ferme à l’encontre des dix prévenus. Pour sept d’entre eux, le ministère public avait requis des peines égales ou supérieures à un an ferme.

« C’est un jugement sans surprise et très politique », a dénoncé l’une des avocates des prévenus, Me Irène Terrel, à la sortie de l’audience. « Le tribunal a quasiment suivi les réquisitions à la lettre. On va faire appel immédiatement. On aurait dû avoir une relaxe générale ».

L’incendie de juin 2008 dans le plus grand centre de rétention administrative de France, situé dans la partie parisienne du bois de Vincennes, avait éclaté à l’occasion d’une manifestation de protestation organisée au lendemain du décès dans sa chambre d’un Tunisien de 41 ans.

Les dix étrangers -trois Maliens, deux Marocains, deux Palestiniens, un Egyptien, un Tunisien et un Turc- âgés de 20 à 36 ans étaient poursuivis pour « destruction de biens par incendie » et « violence volontaire sur agent de la force publique » pour leur implication présumée dans cet incendie suivi de dégradations.

Le procès, qui s’est déroulé du 25 janvier au 9 février, a connu un déroulement chaotique. Initialement prévu pour durer trois jours, il avait été prolongé de deux semaines en raison d’une série de suspensions d’audience et d’incidents de procédure ayant émaillé les débats. A partir du 1er février, les prévenus et les avocats de la défense avaient boycotté les audiences. Lors du procès, le tribunal avait visionné une trentaine d’heures de vidéosurveillance, le principal élément à charge dans ce dossier.

Mercredi, lors de la lecture du délibéré, la présidente de la 16e chambre, Nathalie Dutartre, a de nouveau ordonné deux suspensions de séance, l’une après que la « pré-stagiaire » d’une avocate eut pris une photo avec son téléphone portable dans la salle d’audience, l’autre après que cette avocate eut réclamé la présence d’un membre du conseil de l’Ordre. Des militants qui, faute de place, n’avaient pas pu entrer dans la salle d’audience, ont scandaient « liberté pour les sans-papiers » devant la chambre.

En juin 2008, l’incendie du CRA de Vincennes avait créé une polémique entre le collectif Réseau éducation sans frontières (RESF), soutien des sans-papiers retenus dans ce centre, et le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre qui l’avait accusé de « provocations ». Le mois dernier, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) avait protesté « avec force contre la sévérité » des réquisitions. AP

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