2 octobre, 2009 par Nicolas Mortel

Vivendi Universal (VU) et son ancien PDG Jean-Marie Messier comparaissent à partir de lundi devant un tribunal de New York, qui pourrait les forcer à verser des milliards de dollars d’indemnités à leurs actionnaires pour avoir embelli les comptes du groupe jusqu’en 2002.

L’affaire, qui implique également l’ancien directeur financier, Guillaume Hannezo, remonte aux années 2000-02, c’est à dire aux suites de la fusion avec Seagram et Canal Plus qui avait fait de VU l’un des plus gros groupes de médias au monde.

« Pendant la période concernée, les accusés ont annoncé des bénéfices et des recettes florissants et dépeint Vivendi comme une entreprise générant assez de liquidités pour honorer ses dettes, qui s’élevaient à environ 21 milliards de dollars pour des acquisitions de 77 milliards de dollars », a résumé le cabinet américain Labaton Sucharow, qui représente des petits porteurs en nom collectif dans cette affaire. « En fait, la société a traversé une grave crise de liquidités qui l’a presque menée à la faillite ».

D’après ces avocats, le groupe avait contrevenu aux normes comptables américaines en revendiquant notamment l’intégralité des recettes de sociétés qu’il ne contrôlait pas. M. Messier avait dû quitter la présidence de VU en juillet 2002, après que l’entreprise eut perdu 13,6 milliards d’euros sur l’année précédente.

Ce n’est pas la première fois que Vivendi et son flamboyant ex-PDG doivent affronter la justice pour rendre compte de cette époque. Mais ce procès aux Etats-Unis pourrait s’avérer le plus onéreux pour eux, si la justice leur ordonne de dédommager les actionnaires pénalisés par l’effondrement du titre.

La justice française chiffre en effet à un million le nombre d’investisseurs ayant détenu des actions Vivendi durant la période litigieuse, qui sont de potentiels plaignants.

De son côté, l’avocat français Frédérik-Karel Canoy, qui représente des petits porteurs français et entend faire le déplacement de New York, estime à 1,2 milliard le nombre d’actions Vivendi en circulation durant la période clé où leur cours a chuté en vrille.

« Il est très important qu’il y ait une réponse judiciaire », a déclaré à l’AFP M. Canoy, qui espère que Vivendi sera condamné à 50 milliards de dollars de dommages et intérêts.

Du côté de Vivendi, où on a réclamé en vain que les actionnaires français ne soient pas inclus parmi les plaignants représentés en nom collectif, on se dit « confiant ».

« Vivendi est associé à de nombreux experts et dispose d’arguments solides à faire valoir auprès du jury et aborde ce procès avec confiance », a souligné un porte-parole, Antoine Lefort.

Le procès pourrait durer jusqu’à deux ou trois mois et « le calcul et le montant des indemnités potentielles ne seront connus qu’à l’issue d’une longue période, d’environ 18 mois, durant laquelle les actionnaires devront s’identifier et faire valider leur plainte », explique Vivendi, qui évoque déjà l’éventualité d’un appel, ce qui rallongerait encore la procédure.

La SEC, le gendarme de la Bourse américain, a déjà infligé une amende de plus de 48 millions de dollars en juillet 2008 à Vivendi, pour indemniser quelque 12.000 investisseurs.

En France l’Autorité des marchés financiers a également imposé des amendes, fixées par la justice à 500.000 euros pour le groupe et autant pour M. Messier.

Enfin une procédure judiciaire se poursuit à Paris, où le parquet a réclamé un non-lieu général en janvier. Selon M. Canoy, le juge chargé du dossier, Jean-Marie d’Huy, serait cependant « sur le point » d’ignorer cette recommandation et de renvoyer M. Messier en correctionnelle.

(avec AFP)

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