Cet homme de 33 ans était jugé mardi à Paris pour avoir agressé sexuellement quatre jeunes femmes dans le métro parisien.
Amélie GAUTIER –
Il y a du Dr Jekyll et Mr Hyde en lui. Damien (1), comptable de 33 ans à la tête de Mr tout le monde, comparaissait ce mardi 10 mars devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris, soupçonné d’agressions sexuelles dans le métro de la capitale entre avril 2008 et janvier 2009. Quatre victimes recensées et un même modus operandi : une main violemment passée sous la jupe à l’issue d’une traque de « prédateur » comme la définit le président du tribunal.

C’est Valérie (1), l’une des deux victimes présentes, qui la raconte avec le plus de précision teintée de virulence. Cette avocate de 33 ans a été agressée à la station Charles-de-Gaulle. Déjà attaquée par le passé, elle redouble, depuis, de vigilance. Aussi, ce 16 septembre 2008, prend-elle soin de ne laisser personne derrière elle dans les couloirs du métro : « Malgré mes précautions, j’ai senti une présence derrière moi dans les escaliers qui mènent à la sortie avenue de Wagram, raconte l’élégante jeune femme aux cheveux raides coupés court. En me retournant, j’ai vu quelqu’un qui m’a rassurée par son allure mais il se cachait ».

Valérie s’arrête, respire profondément puis reprend. « J’ai alors senti deux mains qui me touchaient les fesses et j’ai vu cet homme au visage déformé par un effrayant rictus. » La jeune femme a des trémolos dans la voix. La salle d’audience ne bronche pas. Et puis Valérie se lance dans une description du mal-être qu’elle vit depuis : « Je repense sans arrêt à ce jour-là, j’ai des crises de stress dans les transports, je me mets à courir brusquement dans le métro, je me mets à pleurer pendant mes plaidoiries…  » Elle sanglote, s’excuse et reprend, regardant le tribunal droit dans les yeux : « J’ai un sentiment de haine et de violence. Si quelqu’un tentait de me faire le quart de ce qu’il m’a fait, je ne réponds pas de mes gestes…. » A ses côtés, l’autre victime baisse les yeux. Toutes deux ont bénéficié de 10 jours d’ITT.

« J’ai envie de la toucher »

« Je savais à l’époque que mes actes étaient graves mais je ne me rendais pas compte des répercussions psychologiques et physiques qu’ils pouvaient avoir. » Questionné à maintes reprises par le tribunal, le prévenu, qui reconnait tous les faits, n’aura pas d’autres explications que cette phrase. Une longue phrase répétée à l’envie. Petites lunettes, coupe courte, veste noir au col Mao sur chemise blanche, Damien semble se confondre avec la transparence de la vitre de son box. D’une voie basse à peine relevée par le micro qu’il tient fermement de sa main gauche, il dit avoir commencé « ça » depuis ses 16 ans. « Ça », cette quête éphémère du plaisir, à raison de « 5 à 6 fois par an ». « Mais pourquoi faites vous cela ? », le presse le président. « Je ne sais pas, murmure Damien évoquant un « état second », une « pulsion ». Je vois une fille qui me plaît, j’ai envie de la toucher, je la suis et si je vois qu’il y a un moment propice…. » « Mais pourquoi n’avez-vous pas un comportement normal en n’essayant pas de séduire la personne à la terrasse d’un café ou même via internet ? », s’interroge le président terminant par une autre question : « pourquoi trouvez-vous plus normal de l’agresser que l’aborder ? ».

L’expertise psychiatrique met en évidence une attitude narcissique accompagnée d’un plaisir à faire du mal aux gens. En concubinage depuis près de 10 ans, Damien bénéficie d’une bonne réputation à son travail, ses collègues le décrivant comme courtois, souriant, drôle même. Sa concubine évoque elle un comportement immature, citant sa passion pour la Playstation. Seul élément marquant dans la vie de ce jeune homme : la perte de sa mère trois ans auparavant avec qui il entretenait, selon les mots de son défenseur, une relation « extrêmement fusionnelle ». A chaque fois que sa mère est évoquée, Damien verse une larme. « A aucun moment il n’a pleuré à l’évocation des victimes », relève l’une de leurs défenseures. « Je ne pensais pas leur faire du mal ainsi », martèle encore Damien. Des regrets lancés du bout des lèvres, la voix qui tremble mais pas de larmes. Il ne sera plus tenté par les jeunes filles en jupe dans le métro. Damien est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis. Il écope également d’une mise à l’épreuve avec obligation de soin et l’interdiction de prendre le métro. Il devra en outre verser 1500 euros pour le préjudice moral.

(1) Les prénoms ont été modifiés

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