NOUVELOBS.COM | 13.06.2009 | 14:09
Valérie Serres était accusée d’avoir tué son nouveau-né en 2007 dans les Côtes d’Armor et de l’avoir placé dans un congélateur, où il a été découvert un an plus tard par son beau-père.

Maison de Saint-Nicolas-du-Pélem où le nouveau né a été retrouvé dans un congélateur, le 26 mars 2008.(AFP)

Maison de Saint-Nicolas-du-Pélem où le nouveau né a été retrouvé dans un congélateur, le 26 mars 2008.(AFP)

La mère du bébé retrouvé mort en mars 2008 dans un congélateur près de Guingamp a été condamnée vendredi 12 juin à huit ans d’emprisonnement par la cour d’assises des Côtes d’Armor à Saint-Brieuc. La cour a assorti cette peine d’un suivi socio-judiciaire et d’une injonction de soins pendant cinq ans.
L’avocat général avait réclamé une peine comprise entre huit et dix ans de réclusion criminelle, assortie d’un suivi socio-judiciaire d’une injonction de soins pendant dix ans, au nom notamment du “respect absolu de la vie”.C’est l’air abattu, et les larmes aux yeux, que cette mère de famille de 36 ans a accueilli le verdict.

“Je veux comprendre (…) je vais vivre avec cela toute ma vie”

Après deux jours de procès, le mystère demeure sur les raisons ayant conduit Valérie Serres à tuer son bébé né de sa troisième grossesse. C’est à l’été 2007, dans la ferme familiale de Saint-Nicolas-du-Pélem que l’infanticide a été commis. Dans une dernière déclaration aux jurés, l’accusée a souligné avec émotion: “Je veux comprendre (…) Sachez que chaque jour, je vais vivre avec cela toute ma vie. J’ai besoin de mes enfants pour avancer”, a t-elle déclaré.
Interrogée précédemment sur les derniers instants de cette grossesse dissimulée, Valérie Serres, déjà mère de deux enfants à l’époque, se contentera d’évoquer des “flashs”, des “images” sans pour autant pouvoir expliquer son geste sinon par la crainte d’une réaction violente de son mari dont il était coutumier.

La congélation comme moyen de “figer l’instant”

L’autopsie pratiquée sur le corps du nouveau-né avait révélé des traces d’hématomes crâniens. Brigitte Elghozi, psychologue clinicienne, explique que l’accusée a “agi dans un état d’immense désarroi”, soulignant que dans un état “d’incapacité psychologique à accueillir l’enfant”, elle s’était trouvée confrontée à la réalité “telle un coup de massue”.
Evoquant la congélation du petit corps, elle a soulevé l’hypothèse d’une volonté de “figer l’instant”, pour un acte n’ayant pas été ressenti comme “vécu, mais figé”. La congélation constitue également une “symbolique du corps dont on ne peut se séparer”, a-t-elle également expliqué.

Un état de “déréalisation”

Plutôt que d’avancer l’hypothèse d’un déni total de grossesse, puisque l’accusée savait qu’elle était enceinte, l’experte se retranche derrière un “comportement complexe qui laisse perplexe” et qui aurait conduit à un passage à l’acte dans un état de “déréalisation”.
Même hypothèse du psychiatre Jean-Pierre Leclercq, qui décrit l’état de “déréalisation” comme une “vision perturbée de la réalité”. Elle était atteinte d’une “altération du discernement au moment du passage à l’acte”, a-t-il indiqué.
Me Jacques Demay, l’avocat de la défense, avait réfuté l’intentionnalité de l’acte de sa cliente et demandé “une peine qui lui permette de retrouver ses enfants le plus vite possible”. “Ne jugez pas cette femme comme un délinquant ordinaire”, avait-il plaidé.
Valérie Serres est aujourd’hui divorcée de son mari Frédéric Le Gall. En septembre 2008, alors qu’elle était en détention préventive, elle avait accouché à la surprise générale de son quatrième enfant, personne n’ayant remarqué cette nouvelle grossesse.
(Nouvelobs.com avec AFP)
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