(AFP) –

BUENOS AIRES — La justice argentine a condamné à 20 ans de prison le propriétaire de la discothèque Cromagnon, ravagée par un incendie ayant coûté la vie à 194 personnes le 30 décembre 2004, le drame d’origine humaine le plus meurtrier de l’histoire de l’Argentine.

Omar Chaban, 57 ans, impresario de groupes de rock, est considéré comme le principal responsable de ce drame, qui avait également fait 1.400 blessés.

Le sinistre s’était déclenché au cours d’un concert du groupe Callejeros, quand des spectateurs avaient tiré des feux d’artifices, provoquant la combustion des matériaux de revêtement du plafond et des émanations toxiques.

Les membres du groupe ont tous été relaxés, bien que le parquet ait requis 15 ans de prison à leur encontre.

Le soir du drame, quelque 4.000 jeunes étaient entassés dans le local dont la capacité n’était que de 1.200 personnes. Nombre d’entre eux sont morts d’asphyxie, car la principale issue de secours était verrouillée par les organisateurs pour éviter que des jeunes ne pénètrent sans avoir payé leur billet.

« Cette nuit-là (Omar Chaban) a demandé (à la foule) qu’on cesse de tirer des feux d’artifice et il s’est fait injurier », a déclaré son avocat, Pedro D’Attoli, avant le verdict.

Dès l’annonce du jugement, des parents des victimes ont éclaté en pleurs, tandis que d’autres criaient leur colère en apprenant que les membres du groupe Callejeros étaient tous relaxés.

Des affrontements ont alors éclaté entre les fans du groupe, qui célébraient la nouvelle, et des proches des victimes qui en étaient scandalisées. Des centaines de manifestants ont également tenté d’entrer par la force dans le palais de justice, devant lequel une foule était massée depuis la veille.

Plusieurs policiers ont été blessés, selon la police.

La justice a également condamné à 18 ans de prison un ancien manager du groupe, pour complicité, et un ancien commissaire de police, reconnu coupable de corruption et de ne pas avoir fait appliquer les normes de sécurité.

Deux autres fonctionnaires municipaux ont écopé de deux ans de prison. Le maire de l’époque, Anibal Ibarra (centre-gauche), avait été démis de ses fonctions en 2006 à la suite de ce drame.

Tous les condamnés restent en liberté dans l’attente du verdict de l’éventuel procès en appel.

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Emeute à Buenos Aires après le verdict sur un incendie qui a fait 193 morts lors d’un concert

TRAGÉDIE | Le gérant de la salle où s’est déroulé le drame a écopé de vingt ans de prison. Mais les musiciens ont été relaxés. L’affaire a coûté son poste au maire de la capitale argentine.

© EPA | Omar Chaban, gérant de la boîte de nuit Cromañon et célèbre promoteur local de rock.

Gustavo Kuhn | 21.08.2009 | 00:00

Les proches des victimes n’ont pas pu contenir leur colère mercredi soir après la relaxe des membres du groupe de rock argentin Callejeros. Aux cris de «On va tous les tuer!», ils ont chargé contre les policiers qui assuraient la sécurité du Tribunal de Buenos Aires et des musiciens. Les affrontements se sont soldés par 17 blessés.

La Cour venait de rendre un des verdicts les plus émotionnels et les plus attendus de ces dernières années: celui du procès de l’incendie de la boîte de nuit Cromañon, au cours duquel sont mortes 193 personnes, dont une dizaine d’enfants âgés de 10 mois à 10 ans, en décembre 2004. Quelque 1400 spectateurs avaient également été blessés au cours de la tragédie.

Le gérant de la boîte de nuit, le célèbre promoteur local de rock Omar Chaban, a été tenu pour principal responsable de ce drame qui a secoué le pays comme aucun autre depuis des décennies. Il a écopé de vingt ans de prison. Le manager du groupe a quant à lui été condamné à dix-huit ans de réclusion, tout comme un sous-commissaire de police accusé d’avoir fermé les yeux sur les flagrantes violations des règles de sécurité en échange de quelques billets. Deux fonctionnaires municipales ont, elles, été condamnées à deux ans de prison.

L’incendie de Cromañon avait en effet été le résultat d’une suite de violations de principes basiques de sécurité, sur fond d’irresponsabilité collective, d’avidité et de corruption. Le local, prévu pour accueillir 1030 personnes était ainsi rempli ce soir-là de 4500 spectateurs. Le toit du hangar avait par ailleurs été couvert de tissu et de matériel inflammable alors que tout le monde savait que les fans de Callejeros allumaient toujours des artifices pyrotechniques lors des concerts, qu’ils se déroulent à l’extérieur ou à l’intérieur.

Mais comble d’irresponsabilité, les sorties de secours avaient été cadenassées pour empêcher les jeunes de resquiller.

Des têtes ont alors été réclamées. Jugé comme le principal responsable politique, le maire de Buenos Aires de l’époque, Anibal Ibarra, a été destitué par le parlement. Mais pour nombre de proches des victimes, les membres du groupe de rock sont eux aussi responsables du drame, en tant que coorganisateurs du fatidique concert. Et leur relaxe les a indignés au plus haut point. Le procureur de Buenos Aires a lui aussi rejeté le verdict, annonçant immédiatement qu’il ferait appel.

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