Ils comparaissaient pour usage, détention, achat et vente de stupéfiants.

Le réglage d'autoradio n'est pas illégal

Le réglage d'autoradio n'est pas illégal
DDM

L’un est maçon coffreur, coiffé rasta, plutôt pâle, d’Albi. L’autre est militaire au RPIMa de Castres, coiffé ras, plutôt noir, originaire de Kinshasa. Ils étaient côte à côte, jeudi, à la barre du tribunal correctionnel d’Albi. Le premier pour consommation et trafic de stupéfiant. Le deuxième pour l’inverse.

Tout est parti d’un troisième homme, garé un jour de mars à la base de loisirs de Pratgraussals à Albi, et surpris, penché sous son tableau de bord, par une patrouille de la police nationale. Une position jugée suspecte qui vaudra à l’homme d’être contrôlé et embarqué, parce qu’il a un peu de cannabis sur lui. Conduit au poste mais sans garde à vue ni information au parquet, « parce qu’il n’y a pas de motif d’infraction » précise le Président Redon, l’homme « penché dans sa voiture » désignera aux policiers son fournisseur, le maçon d’Albi. « Et en échange il sera immédiatement remis en liberté » poursuit le Président. « Non, pas en échange, s’étrangle presque le procureur Muller. Le travail des policiers ne doit pas être terni dans des termes aussi méprisants. Je ne peux pas laisser dire ça. »

Et le Président de passer, un rien goguenard.

« Le Tribunal s’interroge sur la régularité de cette procédure… Sur une base de loisirs, quelqu’un s’affaire sur son tableau de bord. Est-ce que cela justifie un contrôle d’identité ? », se demande-t-il, sourcil en rond. « Bon, c’est peut-être un petit peu juste », convient le Procureur du bout des lèvres, avant d’ajouter, l’air entendu : « peut-on préciser que c’est un endroit-où-il-se-passe-des-choses ».

« Je crains que la procédure subséquente soit illégale », picore au vol, l’air faussement détaché, Me Pressecq pour la défense, avant que la cour ne tente de démêler l’inextricable pelote que les deux prévenus se renvoient allègrement. « Entre eux, ils essayent de se carotter » souligne le procureur revigoré, en demandant 8 à 12 mois de prison ferme pour chacun. « Mon client ne conteste pas la consommation de cocaïne et la détention de cannabis » dit le défenseur de l’un, quand l’avocat du deuxième pelotari demande l’indulgence de la cour. Après plus d’une heure d’audience où l’un déclare n’avoir acheté de cannabis « qu’une fois où deux » à celui qui ne lui a « jamais rien vendu », le Président arrête la partie. Après avoir délibéré, la cour déclare le contrôle d’identité, à l’origine de toute l’affaire, « entaché de nullité » et signifie l’annulation de la procédure. Figés à

la barre, les deux ex-prévenus roulent des yeux ronds plus suspects qu’un réglage d’autoradio, n’osant croire qu’ils peuvent repartir aussi blanchis l’un que l’autre.

« Il s’agit du respect des règles de procédures, a cru bon de rappeler le Président, pas d’un encouragement ».

M.L.

1 réponse
  1. Lip Stick
    Lip Stick dit :

    « l’homme désignera aux policiers son fournisseur. « Et en échange il sera immédiatement remis en liberté » poursuit le Président.

    Quel beau lapsus !

    Répondre

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