Le côté obscur des mercenaires de Blackwater

Créé le 12.08.09 à 03h08 | Mis à jour le 12.08.09 à 03h5027 commentaires

Des membres de la société américaine Blackwater le 16 septembre 2007 à Bagdad
Des membres de la société américaine Blackwater le 16 septembre 2007 à Bagdad/Patrick Baz AFP

JUSTICE – Meurtre, prostitution enfantine, croisades…Alors que le bras de fer juridique se poursuit autour d’éventuels procès, les accusations contre la firme et ses dirigeants s’enchaînent…

De notre correspondant à Los Angeles
Un nom qui sent la poudre. Tellement qu’en février dernier, «Blackwater» l’a changé pour Xe. L’entreprise est l’une des plus importantes sociétés militaires privées. Son principal client? Le gouvernement américain, qui lui sous-traite notamment pour plusieurs centaines de millions de dollars une partie de la protection de ses officiels et de son personnel diplomatique dans des zones dangereuses. En Irak, le 16 septembre 2007, Blackwater est impliqué dans une bavure dans laquelle 17 civils sont tués. Un nouvel épisode sanglant et le début d’une longue bataille judiciaire, aux derniers rebondissements qu’on jurerait sortis de la dernière saison de la série 24 ou de Damages.

>> Notre questions-réponses sur Blackwater à lire ici

Plusieurs poursuites ont été engagées contre la compagnie et les six hommes impliqués. L’une d’entre elles, au civil, est menée conjointement par le Centre pour des droits constitutionnels et le cabinet Burke-O’Neil, qui représentent les familles des victimes irakiennes.

Blackwater a déposé de multiples motions, demandant au juge d’abandonner les charges. Leur argument principal: ses employés seraient couverts par «une immunité souveraine par dérivation». Un point jusqu’ici contesté avec succès par Burke-Oneil. Tout devrait se jouer le 28 août.

Plusieurs détails ont filtré des audiences préliminaires de début août. Notamment des accusations gravissimes contre Erik Prince, fondateur de Blackwater, un chrétien évangéliste de droite revendiqué.

Meurtres commandités?

Deux anciens employés témoignent anonymement, identifiés comme «John Doe 1» et «John Doe 2». Selon eux, Prince et son équipe

  • ont «tué ou ordonné le meurtre d’une ou plusieurs personnes qui s’apprêtaient à fournir des informations aux autorités» sur la tuerie de Nisoor Square.
  • prostitué des femmes irakiennes, «y compris des enfants» pour mener à bien leur business
  • Erik Prince «se voit comme un croisé chargé d’éliminer les musulmans et l’islam de la surface du globe […] Il a déployé en Irak certains individus partageant sa vision de la suprématie chrétienne. Certains utilisaient sur le terrain des indicatifs empruntés aux templiers»

Blackwater/Xe n’était pas disponible mardi pour répondre aux accusations. A plusieurs reprises, devant des commissions du Sénat, Prince –qui a dit par le passé regretter «que des homosexuels aient été invités à la Maison Blanche» lors de son stage– a nié farouchement que sa société se soit livrée à un trafic d’armes ou ait recruté d’anciens mercenaires impliqués dans des massacres en ex-Yougoslavie.

Homicide volontaire

Techniquement, le statut des employés de Blackwater en Irak ne satisfait pas les conditions de l’ONU pour être qualifié de mercenaires —peu de pays ont de toute façon ratifié le traité interdisant leur emploi. Les contractuels de Blackwater sont donc essentiellement considérés comme des civils, tels des gardes du corps. A la différence près qu’ils sont équipés d’armes automatiques et subissent un entraînement dans un camp militaire en Caroline du nord, que la compagnie présente comme le plus grand des Etats-Unis.

En Irak, ils ont été jusqu’à 1.000 –en grande majorité des Irakiens. Après la bavure de Nisoor, les autorités irakiennes ont suspendu temporairement leur licence. L’administration Bush a, elle, maintenu leur mission. En mai dernier, le département d’Etat de l’administration Obama a annoncé qu’il ne reconduisait pas le contrat de Blackwater/Xe en Irak. Mais à ce jour, la compagnie n’a pas complètement quitté le pays.

L’autre procès phare –qui doit démarrer le 29 janvier prochain– sur la tuerie de Nisoor est à l’initiative du département américain de la Justice. Le chef d’accusation comprend notamment celui de «d’homicide volontaire». L’un des accusés a choisi de plaider coupable.

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