Tatiana Rigaux, fille de la victime, avec une photo de son père qui lui écrivait : « Le ciel veille sur moi ».

La cour d’assises a condamné, hier, David Carpentier, 32 ans, à 20 ans de réclusion criminelle pour un meurtre commis à Saint-Quentin le 11 juillet 2007.

DE la victime, Jean-Claude Rigaux, un ouvrier spécialisé dans le bâtiment, âgé de 54 ans, père de cinq enfants, il ne reste qu’une vision d’horreur : les photos de sa mise à mort par trois coups de pied-de-biche, le 11 juillet 2007 à Saint-Quentin.
Ces clichés insoutenables poursuivent encore ceux qui les ont consultés. Un seul élément permet d’en mesurer la violence : une plaie est si profonde qu’elle permet de voir le cerveau. « C’est un être réduit à l’état de bouillie. Ce massacre, il ne faut pas l’oublier », s’indigne Me Gilles Laurent, avocat de la partie civile.
Il se montre aussi scandalisé par d’autres raisons, les excuses avancées par David Carpentier pour expliquer son geste : l’état alcoolique de la victime et puis une sollicitation homosexuelle. L’enquête démontre que ces deux pistes sont des mirages. L’avocat dénonce alors : « C’est aussi un manipulateur qui n’exprime aucun remord ».
Julien Haquin, avocat général, relève aussi les mensonges et puis la dangerosité de David Carpentier. Ce dernier a achevé la victime « pour abréger ses souffrances » après une agonie dont personne ne peut évaluer avec précision la durée. Elle est comprise entre deux minutes et deux heures. Suffisamment de temps pour souffrir.
« Tous ceux qui ont aidé David Carpentier ont échappé à ses pulsions, au mieux, violentes, au pire, criminelles » estime le représentant de la société. Il requiert à son encontre trente ans de réclusion criminelle.
Bon Samaritain
Me Khelfat, l’avocat de la défense, riposte en s’inquiétant « d’un lynchage judiciaire » et en mettant en avant « des facultés mentales altérées ». Debour devant les jurés, il

s’exclame : « Je vous demande de lui trouver une place. Il a été livré à lui-même pendant sept ans, dangereux pour lui et pour les autres ».
Le soir du crime, David Carpentier ne sait pas où dormir. Quelques jours auparavant, il est sorti de prison. Ce SDF est habitué de la précarité, de la misère.
Il survit au jour le jour, dort parfois dans le local des poubelles des HLM.
C’est un être solitaire et frustre qui ne connaît pas l’amour. « Ma copine, c’est ma main », indique-t-il.
Viennent des jours de fête : il dort trois nuits dans un hôtel et une autre chez un ami du quartier de La Neuville. Lorsqu’il revient dans l’établissement situé près de la gare, il n’est pas le bienvenu. En son absence, son réveil déréglé a sonné à 4 heures et cela a perturbé des clients. Ce petit fait anodin précipite le drame.
David Carpentier se retrouve à la rue. Il croise une connaissance, Jean-Claude Rigaux, qualifié par son frère de « bon Samaritain ».
Le retraité l’accueille volontiers dans son appartement du quartier Europe, où une violente dispute éclate entre les deux hommes.
La raison de cette rixe reste inexpliquée.
Après les coups, David Carpentier tente de remettre en place des bouts d’os du crâne fracassé de la victime. Comme si une plaie profonde pouvait être soignée comme un bouton reprisé, puis il s’endort en attendant les policiers.
Finalement, au bout de près de trois heures de délibéré, David Carpentier est condamné à une peine de vingt ans pour meurtre avec une peine de sûreté des deux tiers. Il semble soulagé, comme un promeneur fatigué heureux de se reposer sur un banc après une très longue marche.

Thierry de

LESTANG PARADE

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