Treize ans de prison pour tentative de meurtre d'un juge à Metz

Reuters Gilbert Reilhac

Une femme accusée d »avoir voulu tuer un juge des enfants à Metz en 2007 parce qu »il refusait de lui rendre son plus jeune fils, placé chez sa grand-mère, a été condamnée lundi à 13 ans de prison.

La peine est conforme au minimum requis par l »avocat général, Jacques Santarelli, qui avait demandé à la cour d »assises de Meurthe-et-Moselle de rejeter l »irresponsabilité pénale soutenue par la défense de Fatiha Benzioua.

« La passion, la colère, l »amour, ne sont pas des troubles psychiques », a-t-il estimé.

Les jurés l »ont également écouté en prononçant un suivi socio-judiciaire de dix ans avec injonction de soins.

Accusée de tentative de meurtre sur un magistrat, Fatiha Benzioua risquait la réclusion criminelle à perpétuité.

L »avocat général a rappelé que la mère de famille avait non seulement préparé son geste en roulette casino emportant un couteau de boucher le jour des faits, le 5 juin 2007, mais l »avait aussi revendiqué devant les policiers qui l »interrogeaient après son arrestation.

Il lui a reconnu des circonstances atténuantes « en raison de la déréliction de sa personnalité et des conditions dans lesquelles elle n »a pas été éduquée » mais, a-t-il ajouté, « le magistrat de justice ne doit pas être soumis à la violence. Il en va de notre intérêt à tous ».

Petite femme d »apparence banale, l »accusée, le regard vide, a assisté à son procès en spectatrice hébétée, loin de la furie décrite le jour des faits. Incarcérée depuis près de trois ans, elle suit un traitement lourd à base de neuroleptiques et de Subutex, un substitut à l »héroïne.

« ELLE PRÉFÈRE LA PRISON À L »INTERNEMENT »

« Entre la prison et l »internement, elle préfère la prison », a reconnu « pour être honnête », Me Nicolas Pasina, l »un de ses avocats. Pourtant, a-t-il dit, « on n »enferme pas les malades mentaux ».

Les avis des psychiatres sont partagés sur cette femme de 38 ans au parcours chaotique, toxicomane au moment des faits.

L »un d »eux, le docteur Velasco, a diagnostiqué une schizophrénie paranoïde et conclu à l »abolition de son discernement quand elle a frappé le juge Jacques Noris d »un coup de couteau à l »abdomen.

Un second parle d »une simple altération et deux autres tranchent en faveur de sa responsabilité pénale.

Le psychiatre Daniel Zagury, que le juge d »instruction avait chargé d »établir une synthèse, avec son confrère Michel Dubec, reconnaît les symptômes psychotiques mais doute qu »ils soient à l »origine du passage à l »acte.

« Le juge Noris n »était pas son persécuteur, il était son obstacle », a-t-il dit à la Cour d »assises.

Il a également souligné la « modestie intellectuelle » de cette femme, attestée par un quotient de 69, et son intolérance à la frustration.

L »un des frères de l »accusée a évoqué une « enfance de merde » marquée par le départ de leur mère quand Fatiha a trois ans, son placement en foyer, le retour auprès du père et de sa violence, puis son séjour forcé en Algérie entre 16 et 22 ans.

Jacques Noris, qui avait été grièvement blessé, garde, à 65 ans, des séquelles qui lui valent une incapacité partielle permanente évaluée à 24%.

S »il a repris son travail quatre mois après son agression, cet homme qui se dit « d »abord facile », avoue que « quelque chose s »est brisé ».

L »affaire avait provoqué à l »époque une vive émotion au sein de la magistrature, avec des manifestations dans toute la France pour dénoncer la montée de la violence et réclamer plus de moyens pour la sécurité.

La mobilisation avait notamment débouché sur la généralisation des portiques de détection dans les tribunaux.

Edité par Yves Clarisse

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