ETATS-UNIS

04.09.2009, 08h54 | Mise à jour : 09h59


Innocent, Todd Willingham ? Cinq ans après, les études montrent que cet homme, exécuté en 2004 au Texas, l’était à coup sûr. Un choc et un précédent dans un pays qui administre l’injection mortelle à 50 condamnés par an.

Prouver l’innocence d’un condamné après sa mort est extrêmement rare aux Etats-Unis et, selon les spécialistes interrogés, aucun Etat n’a jamais officiellement reconnu avoir commis une erreur.

Accusé, condamné, exécuté

Agé de 23 ans quand ses trois filles ont péri dans l’incendie de la maison familiale et de 24 quand il a été condamné pour l’avoir allumé, l’affaire Todd Willingham pourrait donc constituer une première.

«Tant que notre système judiciaire commettra des erreurs, dont l’erreur ultime, nous ne pourrons continuer à exécuter des gens», affirme l’association Innocence Project, qui a saisi en 2006 la commission d’éthique texane sur le dossier Willingham.

En 1992, Todd Willingham avait été condamné par un jury sur la foi d’un rapport d’experts locaux sur les lieux du drame. Il est mort douze ans plus tard en clamant son innocence.

Chronique d’une erreur annoncée

Son histoire, détaillée cette semaine dans une longue enquête de l’hebdomadaire New Yorker, contient tous les ingrédients classiques de l’erreur judiciaire: absence de contre-expertise, expert-psychiatre décrivant un «sociopathe très dangereux» sans l’avoir jamais rencontré, témoins modifiant leur témoignage en faveur de l’accusation, avocats commis d’office incompétents…

Mais dans un rapport remis en août à la commission d’éthique texane, un spécialiste reconnu des scènes d’incendie conclut, comme deux autres spécialistes l’avaient fait en 2004 et en 2006, à un incendie accidentel.

Tous affirment que l’expertise à l’époque «ne repose sur rien d’autre qu’une accumulation de croyances personnelles, qui n’ont rien à voir avec une investigation scientifique des scènes d’incendie».

«Ce rapport est ravageur, le genre de révélation qui devrait bouleverser toute conscience», écrit le New York Times, en écho à des dizaines d’éditoriaux parus depuis les révélations du rapport d’expertise.

La question a une résonance toute particulière au moment où Troy Davis, un Noir condamné pour le meurtre d’un policier blanc, attend son exécution en Géorgie (sud-est) en criant son innocence. Après avoir échappé à trois exécutions prévues, il a obtenu en août de la Cour suprême qu’un tribunal examine de nouveaux éléments le disculpant.

La peine capitale en perte de vitesse dans l’opinion

Une étude universitaire portant sur 800 adultes en Californie montre cette semaine un net infléchissement du soutien à la peine capitale depuis vingt ans (66% des personnes interrogées aujourd’hui, 79% en 1989). Quarante-quatre pour cent se disent gênées à l’idée qu’on puisse exécuter un innocent (23% en 1989).

Mais aussi accablant que soit le cas de Todd Willingham pour les partisans de la peine de mort, les choses pourraient ne pas être si aisées pour les abolitionnistes: dans une récente décision, deux juges de la Cour suprême ont affirmé que l’exécution d’un homme ayant prouvé son innocence restait «valable» dans la mesure où il a bénéficié d’«un procès juste et équitable».

3 réponses
  1. B. Lingue
    B. Lingue dit :

    Incroyable et scandaleux ! Tout le monde devrait lire cet article, merci de l’avoir publié.

    L’article en lien en anglais du New Yorker serait au demeurant un bon support pour un sujet d’examen pour les futurs avocats français.

    Répondre
  2. Chokini
    Chokini dit :

    Deux juges de la Cour suprême ont affirmé que l’exécution d’un homme ayant prouvé son innocence restait «valable» dans la mesure où il a bénéficié d’«un procès juste et équitable». !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Mais ça va pas bien la tête ???????

    Répondre

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