COUR CRIMINELLE | Atmosphère pesante, hier au Tribunal de Nyon, au procès d’un homme accusé d’avoir volontairement tué son épouse en 2008, en la fauchant sur un passage protégé.

Procès

© G.-O. FIAUX | ​Ce père de famille a fauché son épouse sur un passage pour piétons. Il est revenu hier sur ses aveux de meurtre.

Georges-Marie Bécherraz | 08.09.2009 | 00:03

Gabarit athlétique, costume sombre impeccable à fines rayures grises, sa voix onctueuse tranche avec la dureté de son regard. «Ecoute, fait-il calmement au président Feser. J’ai freiné trop tard. Je ne souhaitais pas sa mort, mais je ne peux pas dire que je la regrette. Voilà.» L’assistance soupire.

Manuel*, 52 ans, né au Cap-Vert, vit en Suisse depuis 1985. Père de quatre enfants, il est devenu veuf en janvier 2008 dans des circonstances qui lui valent de comparaître devant une cour criminelle avec jury sous l’accusation d’assassinat.

Si l’atmosphère était particulièrement pesante, hier dans la grande salle du Tribunal de Nyon, ce n’était pas seulement à cause du retour de la chaleur en cette fin d’été. L’accusé a choisi en effet de revenir entièrement sur les aveux complets de meurtre passés juste après le drame.

Selon lui, c’est sous la pression policière, ainsi que par une conjonction de malentendus, que le rapport d’enquête retient qu’il a volontairement fauché et tué sa compatriote sur un passage pour piétons. Il affirme: «Ce soir-là, je voulais juste la rejoindre pour lui flanquer autant de coups de poing que de lettres échangées dans notre procédure de séparation.» Il y en avait une quinzaine.

L’acte d’accusation est accablant. On reproche à Manuel d’avoir guetté son épouse à la sortie de son emploi de nettoyeuse. De l’avoir suivie en voiture alors qu’elle regagnait à pied le domicile séparé qu’elle occupait depuis peu. Puis d’avoir choisi le moment où elle traversait la route pour la percuter. Si violemment que cette femme de 48 ans devait décéder en quelques heures. Et ce n’est pas tout.

Il serait revenu aussitôt sur les lieux pour récupérer la plaque avant de son véhicule arrachée par le choc. Il aurait alors lancé à la tête du corps inerte un paquet de correspondance tout en l’insultant. Une deuxième phase qu’il admet, précisant pitoyablement: «Pas à la tête, le paquet, mais à côté.»

L’enfer à la maison
Une chose est sûre, le drame résulte d’une situation familiale catastrophique si l’on en croit ses trois filles, aujourd’hui majeures, présentes au procès – le garçon, âgé de 10 ans, a été laissé à ses occupations d’écolier.

Ce père est en effet décrit comme un tyran domestique comme on en voit peu. Ses filles, ainsi qu’une tante citée comme témoin, lui reprochent une violence qu’un rien suffisait à déclencher. A les croire, les coups pleuvaient sur tout le monde, sur la mère comme sur ses enfants. Il nie en bloc. Hormis quelques gifles «normales pour l’éducation des enfants».

«Il contrôlait tout», disent ceux qui partageaient sa vie. «Il établissait lui-même les menus et gardait sur lui la clé de la cave, où se trouvaient les provisions de nourriture. Il ôtait les fusibles si on surfait plus de vingt minutes sur internet. Il coupait le micro-ondes avant que les aliments soient chauds pour économiser de l’argent.»

De l’argent, la famille n’en manquait pourtant pas vraiment. Grutier bien noté par ses chefs, Manuel gagnait à lui seul plus de 5000 francs par mois. «On sait qu’il envoyait régulièrement des sous au Cap-Vert, où il avait une maîtresse et faisait construire une maison, alors qu’il nous obligeait de vivre ici à six serrés dans un trois-pièces.»

La maison au Cap-Vert? «C’était parce que là-bas, on n’est rien si on n’a pas sa maison.» Et pour financer ces travaux «et payer quelques dettes», il a retiré sa caisse de pension. Quasi à l’insu de sa femme, celle-ci, illettrée, ayant signé des documents sans les comprendre.

En 2005, les choses s’accélèrent. L’épouse prend peur lorsque son mari menace de la tuer. Elle porte plainte. Manuel ne voit pas de quelle violence on parle: «Elle était jalouse, c’est tout.» «Jalouse de quoi?» interroge le président Feser. «Et bien… Jalouse de ma maîtresse. Oui, c’est ça!»

Malgré ses maigres ressources, l’épouse finit par trouver un logement. Elle quitte le domicile conjugal comme on le lui conseille. Puis, le 10 janvier 2008, le couvercle de la marmite explose. Manuel explique: «En rentrant du boulot j’ai trouvé un avis à retirer un pli à la poste. C’était une convocation du tribunal. Il y avait un papier disant que je devais payer 2000 francs de pension. J’ai paniqué.»

Ce soir-là, raccompagnant comme de coutume son jeune fils dans le quartier où vivait sa maman, il lui lancera un «Dieu t’accompagne» lourd de signification. Verdict vendredi.

* Prénom fictif

1 réponse
  1. cendrillon
    cendrillon dit :

    Voilà pourquoi beaucoup de femmes maltraitées ont si peur de partir, car elles ont peur d’y laisser leur vie.

    Quand au mari au fond de sa cellule, il se dirait encore que si tout cela est arrivé, c’est bien-sûr de la faute de feue son épouse et qu’elle l’avait bien cherché…

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