|  ASSISES DU NORD |

Reconnu coupable de violences sur sa fille et de viols sur son épouse (notre édition de samedi), C. S., Aubygeois de 39 ans, a été condamné, hier soir, à 11 ans de réclusion criminelle.

21 mars 2008. Sylvie (*) S. appelle son frère à l’aide, parce que son conjoint, C. S., a promis de lui «  faire sa fête » le soir même. Comme leur fille de 11 ans tente de s’interposer en attendant l’arrivée de son oncle, il lui assène une gifle. Puis, alors que son beau-frère veut faire sortir la petite du domicile, en attendant l’arrivée de la police, il la rattrape par les cheveux. Des violences pour lesquelles C. S. était également poursuivi. Hier matin, la gamine, mal à l’aise, s’est présentée à la barre mais a opposé un quasi mutisme aux questions du président Faure. « Elle porte sur ses épaules un poids trop lourd, celui du secret », a expliqué plus tard, son défenseur, Me Reisenthel. « Tout ce qu’elle sait, c’est que son père est en prison parce qu’il a été méchant avec sa maman. » Une maman qui a elle aussi été entendue par la cour et qui, d’emblée, a verbalisé sa culpabilité : « Je ne voulais pas en arriver là, je voulais juste qu’il comprenne. » Son dilemme : avoir, par sa plainte, déclenché la procédure qui a amené son mari, qu’elle dit aimer et avec qui elle souhaite reprendre une vie commune, devant la cour d’assises. Un bon mari qui, «  quand il ne buvait pas, n’était pas la même personne ». « Pour elle, il y a deux hommes différents, celui qu’elle aime et celui qui l’a agressée », analysait vendredi dernier une psychologue. Consciente des problèmes de son compagnon, elle avait bien tenté d’impulser une prise en charge, à la fois pour l’alcool, mais aussi pour ses comportements violents et ce «  besoin de la dominer ». « Mais ça n’avait jamais été aussi loin qu’au mois de mars », admet-elle.

Pourtant, devant la cour, elle minimise les faits. Dit ne pas se souvenir des détails, de ses premières déclarations. Conteste même les procès verbaux de ses auditions. « Vous ne pensez pas qu’on peut parler d’actes de torture ? », l’interroge le président Faure, en évoquant les deux viols du mois de mars. « Je ne l’ai pas ressenti comme cela. Je ne peux pas parler de viols car c’est mon mari. »

Consentante ?

Le ministère public s’emporte contre ces tentatives de banalisation. « Dire « je vais te faire ta fête » à sa femme, ce n’est pas une manière de proposer un câlin ! » « Elle a exactement le traumatisme de la femme violée qui refoule ce qui s’est passé », note son avocat, Me Malengé. Pour lui, Sylvie n’en a pas rajouté, comme le laisse entendre son mari : « Il y a beaucoup de femmes qui disent non, au départ… », commente avec aplomb C. S. « Quand on hurle, ce ne sont pas des minauderies ! », se fâche Me Reisenthel.

Une femme consentante car elle n’aurait pas su exprimer clairement ses refus : une thèse défendue par Me Goasdoue, avocat de C. S. « Elle a sept ans de plus que lui, a du caractère, elle n’est pas soumise. » Dissertant sur les différences entre domination et sadomasochisme, l’avocat s’est même risqué à soutenir l’idée que Sylvie avait peut-être éprouvé un plaisir… inavouable. Et d’insister sur le «  cocktail détonant » entre alcool et calmants, pour conclure que «  s’il y a viol, c’est le deuxième soir. Dans la cave, elle l’a suivie et s’est laissée attacher. » Des rapports consentis ? Pas de l’avis de Mme Drouard, avocate générale qui a requis 12 ans de réclusion criminelle. « On ne reproche pas à C. S. d’avoir une sexualité particulière. Sylvie n’était pas d’accord et il le savait. » La cour a ramené la peine à 11 ans, assortis d’un suivi socio-judiciaire de 5 ans et d’une injonction de soins. C. S. dispose de 10 jours pour faire appel. •

N. L.

> (*)Prénom d’emprunt.

mardi 08.09.2009, 04:45 La Voix du Nord

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