Perpignan. Le procès d'un meurtrier en fauteuil roulant
Patrice Gilliot est accusé d'avoir tué en juin 2007 son ex-épouse et le nouveau compagnon de cette dernière. Un double meurtre passionnel jugé depuis lundi matin par la cour d'assises. Compte rendu de l'audience
C'e st un procès dès plus éton nants qui, depuis lundi matin, s'étale devant les assises des P.-O. Celui d'un handicapé moteur accusé d'un double assassinat. Cloué dans un fauteuil roulant depuis un terrible accident de moto, Patrice Gilliot a commis l'irréparable le lundi 25 juin 2007. Ce soir-là, peu avant 22 heures, il tuait son ex-épouse, dont il était manifestement encore amoureux, et le nouveau compagnon de cette dernière.
Patrice Gilliot et Nathalie Desmist s'étaient séparés deux ans plus tôt, Nathalie était venue s'installer dans un appartement de l'avenue Julien-Panchot avec ses deux enfants. En janvier 2007 un logement se libère dans le même immeuble, Patrice Gilliot y aménage rapidement. Entre son ex-épouse et lui, une relation d'amitié semble établie, du moins jusqu'au jour
où Nathalie rencontre Thierry Lainé. Patrice constate qu'il vient de plus en plus souvent lui rendre visite, qu'il lui arrive de passer la nuit avec elle. C'est plus qu'il ne peut en supporter, car, malgré la séparation, il aime toujours celle qui a été son épouse. Le 25 juin alors que Nathalie, Thierry et un ami prennent l'apéritif, Patrice Gilliot, prend l'ascenseur jusqu'au troisième étage. A travers la porte, il entend des bribes de conversation. Il déclarera aux enquêteurs avoir entendu Thierry Lainé dire à Nathalie Desmist qu'elle devait arrêter de s'occuper de lui. Vrai ou faux, toujours est-il qu'il perd son sang froid. Il retourne chez lui, remonte à l'éta ge, redescend et, finalement reprend l'ascenseur, armé cette fois d'un pistolet Glock 9 mm. Amateur de tir de compétition, Patrice connaît parfaitement les armes. Lorsqu'il entend un bruit derrière la porte, il tire au jugé. La porte transpercée dans toute sa largeur Une première salve sort de l'arme, Thierry Lainé qui se trouvait effectivement dans le hall bondit sur la poignée et entrouvre la porte, Patrice Gilliot vide le chargeur. Onze cartouches ont été tirées à hauteur d'homme dans la porte, la douzième balle s'est logée dans le chambranle. Quand Patrice entre dans l'appartement, deux corps jonchent le sol. Nathalie a été touchée la première, elle est déjà décédée. Les tirs ont aussi été fatals pour Thierry Lainé. Patrice n'imaginait pas que celle qu'il aimait se trouvait dans le hall. Et pourtant... L'ami qui se trouvait avec le couple sort en courant de l'immeuble et file avertir la police. C'est inutile Patrice s'en charge. Il compose le numéro du commissariat et confesse son double meurtre. Il se laissera interpeller son histoire.
Durant son audition, il affirmera toujours n'avoir voulu aucun mal à Nathalie, il n'en voulait qu'à Thierry. Voulait-il le tuer ? Durant les deux premiers jours de son procès, il l'a nié. Il voulait faire peur, faire mal, mais pas tuer. La différence est de taille, elle sépare le meurtre de l'assassinat, l'acte pulsionnel de la préméditation. Pourtant c'est bien pour assassinats que Patrice Gillot se retrouve face à la cour d'assises. Aujourd'hui, son avocat, M e Abratkiewcz plaidera sûrement l'absence de préméditation, mais saura-t-il convaincre les jurés ?
Guy Bosschaerts