Tony Delacre comparaît depuis hier devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle pour avoir tué son cousin, Jospeh Gatt, et tiré sur deux frères de la victime.
NANCY._ Les esprits peuvent bien s’échauffer autour de lui, Tony Delacre, 25 ans, la tête rasée, reste prostré.
Libre, il n’a pas pris place dans le box des accusés, mais s’est assis à la droite de son conseil, Me Liénard. Coincé au pied des jurés, il fixe obstinément ses chaussures. Chuchote pour répondre à la présidente Sylvie Kerner-Menay, si bien qu’on lui tend un micro : « Je suis désolé, je voulais juste leur faire peur, et non du mal. Je courais, le doigt sur la gâchette, le coup est parti mais je n’ai pas appuyé ». « Je n’ai pas entendu dans son discours, une intention primaire de donner la mort », rapporte l’expert-psychiatre.
« Pour la justice, ce serait un assassinat et ça n’a pas été retenu », rétorque mordant, Me Eric Dupont-Moretti, avocat des parties civiles au côté de son confrère spinalien, Me Janick Languille. L’avocat lillois hausse les épaules, Tony Delacre, accusé de meurtre et de tentatives de meurtre, « a bien eu l’intention de tuer, quelques dixièmes de secondes au moins, le temps de son passage à l’acte ».
Dans l’après-midi du 8 juillet 2003, au camp de Casse-fonte à Homécourt, un site destiné aux gens du voyage, il a fait feu sur Joseph Gatt, dit Mickey et deux de ses frères. A sept reprises. Il a abattu le premier, atteint d’une balle au-dessus de la fesse gauche, et légèrement blessé l’un des deux autres à la main. Selon lui, le drame s’inscrit dans un contexte « chargé » de tensions. Un différend oppose les deux clans cousins depuis quelques années et les incidents se sont multipliés au fil des derniers mois. Le jour des faits, toujours selon lui, Joseph Gatt était venu en découdre avec un de ses frères. Il avait même sorti un griffoir pour ce faire. Et c’est pour éviter « le massacre » qu’il est allé se saisir d’une arme, a-t-il expliqué aux enquêteurs.
M16 introuvable

D’ailleurs, les policiers ont mis la main sur un véritable arsenal dans les différentes caravanes installées à Casse-fonte. Des armes en veux-tu en voilà, et des munitions en nombre, 125 cartouches de 222 Remington notamment… Du type de celle qui a coûté la vie à Joseph Gatt, 28 ans, abattu dans le dos, décédé des suites d’une hémorragie interne massive.
Les deux frères, présents le jour du drame, viennent donner leur version à la barre. Joseph, sans animosité insistent-ils, était venu chercher des explications quand à une interdiction de fréquenter le camp de Casse-fonte, prononcée par le clan Delacre. « Tony est tout de suite allé chercher une arme pour faire feu ». Pour eux, tout cela ressemble à un guet-apens, aucune femme, aucun enfant ne jouait sur le camp en cette journée de canicule.
L’accusé s’entête : « Les coups sont partis tous seuls ». Son conseil, Me Jean-Yves Liénard, se désolidarise, « En aucun cas, je ne soutiendrai la thèse des tirs accidentels ». L’avocat général, Gueorgui Varbanov, tente de jouer avec son honneur. « Ça veut dire quelque chose pour vous ? Alors, en tant qu’homme, dites la vérité et assumez ! ».
Ni l’arme, ni le griffoir n’ont été retrouvés. Tony Delacre s’est volatilisé dans les heures qui ont suivi les faits, pour se rendre finalement le 30 juillet. Il assure s’être débarrassé du tout dans les bois. Selon les projectiles utilisés et les descriptions faites par les uns les autres, l’expert balistique explique qu’il s’agit probablement d’une réplique de M16, une arme de défense très précise. « Il faut une action sur la détente pour que les coups partent », tranche-t-il.
Tony Delacre encourt 30 années de réclusion.
Valérie RICHARD
3/03/09

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Assises de meurthe-et-moselle
Meurtre du Casse-fonte : thèse du fusil qui tire tout seul

Le premier jour du procès de Tony Delacre accusé du meurtre de son cousin Joseph Gatt à Homécourt n’a pas beaucoup éclairé les jurés sur les motivations du tireur. L’accusé avance un contentieux entre les deux familles. Un argument balayé.

Le soleil tape dur le 8 juillet 2003 vers quatre heures de l’après-midi à Homécourt sur le site sidérurgique du Casse-fonte reconverti en aire d’accueil pour les gens du voyage. Lorsque Joseph Gatt, 28 ans, et ses frères Michel et Swany Offeman arrivent sur les lieux à bord de leur Clio, le camp paraît étrangement désert. «Les enfants ne jouent pas dans la piscine par cette journée caniculaire, les femmes ne sont pas là, en dehors de la mère de Tony Delacre », détaille Me Languille, partie civile d’un des deux conseils de la famille Gatt. Les trois frères souhaitent une discussion avec David, le frère de Tony et le mari d’une fille Gatt. Pour une raison mystérieuse, selon eux, les trois frères ne sont pas les bienvenus au campement. L’explication vire au drame Joseph Gatt et David Delacre n’ont pas le temps d’en venir aux mains. «Pour défendre mon frère menacé par le couteau de Joseph Gatt», Tony Delacre se rend dans sa caravane, prend un fusil près de la porte, une réplique du fusil américain M16, et tire en direction des visiteurs. L’aîné des Gatt prend un projectile dans la fesse gauche et s’effondre, foudroyé. «L’hémorragie interne a été massive », explique le légiste.

Un arsenal «anormal» de fusils chargés

Tout en poursuivant les deux autres frères, l’accusé continue à tirer. Michel, blessé à une main, se réfugie dans une caravane et se cache sous le lit. Des projectiles perforent les parois de la caravane de part en part. Au total, Tony Delacre tire sept fois. Après les faits dans sa caravane, les policiers découvrent un arsenal avec des fusils approvisionnés. «Anormal chez des gens du voyage qui n’ont jamais d’armes chargées chez eux à cause des enfants », s’étonne un policier.
«Je n’ai pas voulu faire de mal. J’ai pris l’arme, en courant le coup est parti », avance l’accusé. Selon lui, il n’a même pas appuyé sur la queue de détente. «Impossible, répond l’expert balisticien, il faut une action même minime sur la détente. » L’accusé ne veut pas entendre cela.
«J’avais le doigt sur la gâchette », explique-t-il. «Vous avez appuyé dessus », insiste la présidente Sylvie Kerner-Menay. «Non, j’ai voulu avancer sur eux, pour les mettre en joue. »
«Vous parlez d’accident, mais qu’avez-vous fait après ? D’une manière accidentelle, vous nous dites que vous avez continué à tirer », gronde Gueorgui Varbanov, l’avocat général. «Je suis désolé, je n’ai jamais voulu cela », pleurniche l’accusé.
«Vous voulez demander pardon à la famille Gatt, mais donnez au moins l’impression de dire la vérité », tonne Me Eric Dupond-Moretti, conseil de la famille Gatt. Attaqué de toute part, Tony Gatt ne cède pas. Même son conseil, Me Jean-Yves Liénard, annonce aux jurés «je ne soutiendrai à aucun moment que le tir est accidentel ». Assis à ses côtés, puisqu’il comparaît libre, le jeune homme se tasse un peu plus sur sa chaise sans broncher.
Le contentieux s’éclaircira peut-être aujourd’hui avec les auditions des différents membres de chaque famille.
M.-O. N.

Publié le 03/03/2009

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