Le racisme dans le foot en procès

Un joueur amateur évoluant dans un club de l’Ain est jugé ce mardi, par le tribunal correctionnel de Belley, pour injures à caractère raciste, proférées pendant un match. Selon la Licra, le sujet n’est plus tabou et les plaintes se multiplient.

« Oh, qu’est-ce que tu fais sale négro! Ta gueule, sale négro! » C’est pour répondre de ces propos qu’un joueur de football comparaît ce mardi après-midi devant le tribunal correctionnel de Belley (Ain). C’est une première en France. Ce joueur du CS Lagnieu (deuxième division de district) est jugé pour « injures publiques envers un particulier en raison de l’ethnie, la race, le handicap ou l’appartenance religieuse ». Des injures qu’il aurait adressées le 25 janvier à un joueur noir de l’équipe adverse, Rossillon. La victime, Maka Traoré, a porté plainte à la gendarmerie.

L’arbitre a arrêté le match
Placé en garde à vue, l’auteur présumé des faits, joueur du club de Lagnieu, a dans un premier temps avoué être l’auteur des propos racistes avant de se rétracter. Durant la rencontre, l’arbitre avait pris ses responsabilités. Fait exceptionnel, il avait immédiatement appliqué les récentes recommandations de la Fédération française de football en cas de comportement raciste dans un stade et arrêté le match. Les faits et les propos du joueur de Lagnieu avaient ensuite été consignés dans son rapport qui doit être produit devant le tribunal. Ce rapport confirme les insultes racistes sans pour autant les attribuer formellement au joueur poursuivi devant la justice. L’arbitre a été cité comme témoin. L’auteur risque jusqu’à six mois de prison et 22 000 euros d’amende.

« Aujourd’hui, face à cette situation, de plus en plus de joueurs engagent des poursuites. C’est une bonne chose, qu’il faut encourager », explique Carine Bloch, vice-présidente de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) – la Licra, qui a d’ailleurs délégué son avocat pour assister Makam Traoré. « La plainte du joueur professionnel de Valenciennes Abdeslam Ouaddou, en 2008, et la condamnation de l’auteur des propos raciste a servi d’exemple pour les amateurs », se félicite cette spécialiste du racisme dans le sport.

Dans des situations similaires, certaines victimes ont tendance à ignorer les propos xénophobes, voire à y répondre par la violence. « Il ne faut surtout pas réagir ainsi ou banaliser le phénomène, poursuit Carine Bloch. Le racisme est un délit, il doit être puni devant les tribunaux. D’ailleurs, dans cette affaire, l’intervention de l’arbitre, qui a interrompu le match, est exemplaire. » Elle regrette en revanche l’attitude des dirigeants du district de l’Ain, responsables des compétitions départementales, qui « n’ont pas encore sanctionné le joueur incriminé ».

Paul Michallet, le président du district, se défend pourtant de tout laxisme: « En deux ans, la Licra n’est intervenue que quatre fois sur des milliers de matches que nous organisons dans l’Ain, se défend-il. Pour ce match Lagnieu-Rossillon (5-0), nous avons donné match gagné à Rossillon et retiré 4 points au classement à Lagnieu. Concernant le joueur mis en cause, la commission de discipline attend le résultat de son procès.

Par Jean-Michel de Marchi, « 

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