58 patients ont contracté une maladie nosocomiale entre 1988 et 1993. Selon l’avocat des victimes, la clinique est « le symbole de presque tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de ‘médecine business' ».

La Clinique générale du sport à Paris

La Clinique générale du sport à Paris

Il aura fallu 20 ans à la justice pour faire comparaître trois chirurgiens de la Clinique du sport à Paris, dont le procès s’ouvre mardi 6 octobre. Les chirurgiens, dont l’ancien directeur de la clinique, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris, pour « blessures involontaires » et « tromperie« . Le procès se poursuivra jusqu’au 28 octobre.
A l’origine de l’affaire, l’opération de 58 patients, entre 1988 et 1993, qui ont contracté une maladie nosocomiale, une maladie souvent liée à des problèmes d’hygiène.
Une quarantaine de victimes se sont constituées parties civiles.

Une bactérie dans le réseau d’eau

Pendant cinq ans, ces patients opérés du rachis lombaire ou cervical à la Clinique du sport ont été contaminés par la bactérie xenopie qui se trouvait dans le réseau d’eau, a-t-on appris de source judiciaire. Selon le secrétariat d’Etat à la Santé, dans un communiqué datant de 1997, la clinique avait été informée, dès septembre 1989, d’un risque de contamination par la bactérie. Aucune mesure ne semblant avoir été prise avant mai 1993, le secrétariat d’Etat à la santé avait saisi le conseil régional de l’Ordre des médecins.
Les médecins sont mis en cause pour avoir réutilisé des kits d’intervention à usage unique et pour des carences dans le protocole de stérilisation des instruments chirurgicaux.
L’ex-directeur de la Clinique du Sport est également poursuivi pour avoir attendu plusieurs années avant de prendre les mesures destinées à stopper la contamination.

« Toutes les précautions sanitaires ont été prises »

Les prévenus contestent les accusations, et ne doutent pas de « sortir la tête haute de cette histoire », assure Me Olivier Leclere, avocat du Dr Pierre Sagnet, directeur de l’établissement à l’époque des faits.
« Au regard des connaissances et des pratiques de l’époque, toutes les précautions sanitaires ont été prises », argumente-t-il en soulignant le « paradoxe » de voir poursuivis les médecins à titre individuel et non la clinique, au titre de personne morale, comme organisatrice du protocole sanitaire.
« Un chirurgien est-il responsable de la qualité du réseau d’eau de la clinique qui l’emploie? Non, à l’évidence », insiste Me Xavier Flécheux, avocat de Didier Bornert, l’un des médecins ayant opéré les patients contaminés, comme ses co-prévenus les Drs Sagnet et Patrick Béraud.

Un avant et un après

Alors que la défense s’attache à minimiser la portée d’un procès « très éloigné des accusations de départ », les parties civiles insistent sur le caractère exemplaire de cette affaire.
« C’est le symbole de presque tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de ‘médecine business’ et le point de départ de la mise en lumière des maladies nosocomiales dans l’opinion publique », estime Me Patrick de la Grange, qui défend les intérêts de plusieurs victimes.
« C’est le plus gros scandale français en matière de maladie nosocomiale. Il y a eu un avant et un après Clinique du sport », observe Alain-Michel Ceretti, époux de l’une des victimes.
L’association qu’il a fondée dans la foulée de cette affaire, baptisée « le Lien », est devenue le fer de lance de la bataille contre les infections contractées à l’hôpital qui ont fait l’objet, ces dernières années, de plusieurs évolutions réglementaires et législatives.
En 1997, une information judiciaire a été ouverte et la saisine a été étendue au fil des années pour appréhender l’ensemble des victimes. Sur les cinq mises en examen, la juge Sophie Clément avait prononcé un non-lieu, en 2008, en faveur d’un médecin de cette clinique réputée et d’un biologiste qui étaient également poursuivis.

(Nouvelobs.com)

NOUVELOBS.COM | 06.10.2009 | 10:54
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