NOUVELOBS.COM | 11.08.2009 | 14:04

« La cour thaïlandaise a décidé de rejeter la demande » d’extradition vers les Etats-Unis de Victor Bout, fameux trafiquant d’armes russe et source d’inspiration d’Hollywood, arrêté il y a un an et demi à Bangkok.

Viktor Bout est détenu dans une prison de haute sécurité à l'est de Bangkok depuis un an et demi (Reuters)

Viktor Bout est détenu dans une prison de haute sécurité à l’est de Bangkok depuis un an et demi (Reuters)

La justice thaïlandaise a rejeté mardi une demande d’extradition de Viktor Bout, trafiquant d’armes russe présumé, surnommé le « Marchand de Mort », vers les Etats-Unis où il est accusé de terrorisme.
« La cour thaïlandaise a décidé de rejeter la demande », a déclaré le juge Jitakorn Patanasiri, une décision plutôt inattendue qui intervient près d’un an et demi après son interpellation à Bangkok.
Viktor Bout, 42 ans, un ancien officier de l’armée de l’air soviétique reconverti dans les affaires, avait été arrêté le 6 mars 2008 dans un hôtel de Bangkok après avoir rencontré des agents américains qui l’avaient piégé en se faisant passer pour des responsables de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) cherchant à acheter des missiles et des lance-roquettes.

La Russie « satisfaite »

L’accusé, qui aurait inspiré le personnage joué par l’acteur américain Nicolas Cage dans le film « Lord of War » (2005), a été surnommé le « Marchand de Mort » en Occident en liaison avec les fournitures d’armes qu’on lui attribue depuis plus de quinze ans entre l’Afrique et l’Amérique du sud en passant par l’Afghanistan, les talibans et Al-Qaïda.
Depuis son arrestation, il est détenu dans une prison de haute sécurité de la banlieue est de Bangkok. En septembre 2008, une cour criminelle avait commencé des audiences pour déterminer s’il existe suffisamment d’éléments pour extrader Viktor Bout vers les Etats-Unis. Des représentants russes ont suivi de près ce processus. La Russie s’est dite « satisfaite » de la décision de la justice thaïlandaise : « nous déclarons avec satisfaction la décision de la cour thaïlandaise et nous espérons que bientôt il pourra revenir dans sa patrie », a déclaré le directeur-adjoint du département d’information du ministère des affaires étrangères russe, Igor Liakine-Frolov.
(Nouvelobs.com)

Viktor Bout, le plus célèbre des trafiquants d’armes

NOUVELOBS.COM | 11.08.2009 | 14:05

Il fait son entrée dans les « affaires » à 25 ans, et profite de l’effondrement de l’URSS pour acheter à bas prix des armes vendues ensuite partout dans le monde. Son histoire a inspiré le rôle tenu par Nicolas Cage dans « Lord of War ».

7 03 08 Viktor Bout (AP)

7 03 08 Viktor Bout (AP)

Le russe Viktor Bout, que la Thaïlande a refusé mardi 11 août d’extrader vers les Etats-Unis, personnifie le trafiquant d’armes international, malin et insaisissable dans un monde globalisé, qui a profité de la chute de l’empire soviétique pour bâtir un empire.
Né, selon un rapport des Nations Unies, à Douchanbé (Tadjikistan) en 1967, Viktor Bout étudie à l’Institut militaire des langues étrangères de Moscou, avant d’entrer dans l’armée de l’Air.

Débuts à 25 ans

Viktor Bout a toujours nié faire partie de l’ex-KGB, connu pour utiliser cette prestigieuse école comme l’un de ses viviers de recrutement.
Lors d’une de ses rares interviews, accordée en 2003 au New York Times, il a assuré être entré dans « les affaires » en 1992 en rachetant, à 25 ans et pour 120.000 dollars, trois avions cargo Antonov.
Selon l’ONU et les services occidentaux de renseignements, Viktor Bout, qui avait été en poste en Angola en 1990 et parle six langues, a été idéalement placé pour profiter, après la chute du mur de Berlin, des possibilités d’acheter à bas prix, dans des bases militaires livrées à elles-mêmes, des armes et des matériels militaires soviétiques.

Sa propre flotte transportait les armes vers les zones de guerre

Son coup de génie a été, plutôt que d’en sous-traiter le transport vers les zones de conflit, de constituer une flotte d’avions cargo, avec aux commandes des pilotes n’ayant pas froid aux yeux.
Selon Amnesty International, il aurait contrôlé à un certain moment une cinquantaine d’appareils opérant à travers le globe, surtout en Afrique.
Fruit de l’effondrement de l’URSS
Pour le journaliste américain Douglas Farah, co-auteur du livre-enquête « Merchant of Death », « c’était un officier soviétique qui a su saisir la chance présentée par trois facteurs nés de l’effondremement de l’Union Soviétique: des avions abandonnés sur des pistes entre Moscou et Kiev (…), d’énormes stocks d’armes gardés par des soldats que personne ne payait et l’explosion de la demande en armes ».
« Il a simplement relié les trois choses », a indiqué Farah à la revue américaine MotherJones, « récupérant les avions pour presque rien, les remplissant d’armes achetées bon marché et les expédiant à ceux qui pouvaient payer ».

Accusés par les Etats-Unis d’avoir armé les islamistes

Les enquêteurs de l’ONU, dans un « Portrait de Viktor Bout », indiquent que ce qui allait devenir le cœur de son empire, la société d’affrètement aérien Air Cess, apparaît à Monrovia (Libéria) en 1996.
A partir de là il ne va cesser de modifier les immatriculations, les enregistrements et les plans de vols de ses avions. Il opère depuis l’Afrique, mais aussi depuis le port belge d’Ostende puis les Emirats arabes unis, où il réside en famille pendant des années.
Ses avions-cargos sont repérés sur des pistes plus ou moins officielles en Afrique, en Afghanistan, en Amérique du Sud, dans des pays d’ex-Union soviétique.
Dans son livre, Douglas Farah assure qu’il a, au début de l’invasion américaine en Irak et avec l’aval de tous, transporté des matériaux et des hommes pour le compte de sous-traitants importants de l’armée américaine.
Accusé par les Etats-Unis d’avoir armé les milieux jihadistes internationaux, il nie farouchement: « Je n’ai jamais livré d’armes et surtout jamais passé aucun marché avec Al Qaïda », a-t-il affirmé au début de l’année à la BBC.

L’inspirateur du film « Lord of War »

C’est sa notoriété mondiale qui va mener à son arrestation, estime Alex Vines, chef du programme « Afrique » du centre de réflexion londonien Chatham House.
Dans un secteur d’activité où la discrétion est gage de sûreté, voir son nom revenir dans des rapports de l’ONU et son personnage incarné, au cinéma, par Nicolas Cage (« Lord of War ») n’est « pas bon pour le business », a-t-il confié à l’AFP. (Nouvelobs.com avec AFP)

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