Par Margaux Bergey | Etudiante en journalisme | 15/04/2010 | 17H48
Un homme menotté devant le commissariat de police du Xe  arrondissement, en mars 2009 (Audrey Cerdan/Rue89)

A l’heure du débat sur les conditions de garde à vue, le dépôt du Palais de justice de Paris résume l’état déplorable des lieux de détention en France. Vétuste, insalubre et nauséabond, l’endroit devrait être rénové à partir de la mi-avril. Tour des lieux.

D’abord, l’odeur infecte de sueur et d’excréments. La salle d’avant-fouille, une petite pièce de 20 m² au sous-sol du Palais de justice, peut accueillir jusqu’à 40 personnes déférées. Elles patientent plusieurs heures avant d’être fouillées. Toutes viennent de faire entre 24 et 48 heures de garde à vue.

Elles doivent ensuite attendre en cellule au dépôt, avant de passer devant un juge ou en comparution immédiate à la 23e chambre.

Le petit muret protégeant les toilettes, régulièrement bouchées, n’apporte aucune intimité. La salle de fouille, où sont déposées les affaires des déférés, n’est pas en meilleur état. « On dirait que personne n’y a mis les pieds depuis 50 ans et qu’on y a fait de la friture », confie un visiteur.

Les cellules sont disposées sur trois étages. Celles du second, rénovées il y a quatre ans, sont individuelles et propres. Elles disposent d’un point d’eau.

Au rez-de-chaussée, la situation est tout autre. Les cellules font entre 7 et 8 m² et peuvent accueillir jusqu’à trois personnes : les murs sont sales, maculés de taches de vomi, de sang et d’excréments.

Les odeurs prennent à la gorge. Seul un lit superposé, sans couverture ni oreiller, offre un temps de répit. La chasse d’eau des toilettes doit être activée de l’extérieur par le policier chargé des rondes à travers les couloirs.

Le dépôt en accusation

Ces conditions de rétentions sont régulièrement pointées du doigt par la Cour européenne des droits de l’homme. Avocats comme magistrats dénoncent aussi l’état déplorable du dépôt : impensable d’après eux qu’un homme puisse y préparer dignement sa défense. Privé de douche et de repos, plusieurs fois fouillé au corps, le déféré doit cohabiter avec la crasse, la puanteur, le bruit.

Me Pascal Garbarini, avocat au Barreau de Paris qui a notamment défendu Yvan Colonna, explique que « se pose alors un problème d’équité de la justice : comment la défense peut-elle faire le poids face à l’accusation dans ces conditions ? » Il y a selon lui « un déséquilibre entre les deux parties ».

Les policiers travaillant au dépôt ne sont pas mieux lotis. Eux aussi subissent la crasse, les odeurs et les canalisations qui fuient. « Nos conditions de travail, c’est de la merde » raconte Jean, jeune agent de police affecté au Palais il y a deux ans.

Pour cent déférés, un seul policier en ronde dans les couloirs : face à l’énervement de certains, « il faut tempérer, ne pas s’énerver malgré les insultes, toujours rester professionnel » ajoute Jean :

« Quand un détenu veut fumer, on doit lui expliquer qu’ici, c’est non-fumeur. Moi j’ai trouvé le bon argument : je lui explique que c’est comme dans un bar, et dans un bar, c’est interdit de fumer : ça marche plutôt bien. »

C’est sur le délicat sujet des fouilles au corps que la tension entre policiers et avocats est la plus manifeste. Les uns plaident le respect de la dignité humaine, les autres leur responsabilité. Après deux ans au dépôt, Paul indique :

« Oui, il y a la dignité humaine, mais si la fouille est mal effectuée, si le mec sort un opinel ou une lame de rasoir devant le juge, c’est nous qui sommes sanctionnés ! »

Et d’ajouter que certains détenus font preuve d’une imagination sans bornes pour « planquer » des objets ou de la drogue : ils ont trouvé des lames de rasoirs scotchés aux testicules ou de la cocaïne dans un préservatif enfoui dans l’anus d’un déféré… Une fouille au corps prend une dizaine de minutes :

« On nous reproche les fouilles, mais pour nous non plus, ce n’est pas une partie de plaisir. Franchement, voir des culs toutes la journée… »

Depuis un an, les choses ont commencé à évoluer. A côté du dépôt, la Souricière accueille les écroués en détention provisoire qui attendent de passer devant un juge. Elle a été rénovée grâce à une enveloppe d’un million d’euros de la Chancellerie.

Le dépôt doit lui aussi subir un important lifting à partir du 16 avril. Les cellules collectives vont être transformées en cellules individuelles, comme celles du second étage : elles disposeront notamment de vrais points d’eau.

Les avocats de la Conférence du stage devaient visiter le dépôt au mois de mars, afin de constater d’éventuelles améliorations, suite à leur rapport de mars 2009. Mais le ministère de la Justice a annulé deux fois leur visite, prévue d’abord le 9 mars, puis reportée au 31. La Chancellerie n’a pour l’instant pas donné de justification à ces annulations.

► Pour des raisons de confidentialité, les prénoms ont été changés

Photo : un homme menotté devant le commissariat de police du Xe arrondissement, en mars 2009 (Audrey Cerdan/Rue89)

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