La cour d’assises s’est montrée indulgente vis-à-vis de la jeune accusée qui plaidait le déni de grossesse. Elle encourait pourtant la perpétuité pour meurtre sur mineur de 15 ans.

Maintenant je sais que c’était un bébé », a déclaré hier soir Mélanie, à la barre de la cour d’assises de l’Oise, où elle était poursuivie pour le meurtre de son nouveau-né, dans la nuit du 17 au 18 août 2006, à Ourcel-Maison.

Le corps du nourrisson avait été retrouvé par un passant dans des toilettes publiques proches de la cathédrale de Beauvais, à l’intérieur d’un sac plastique, en partie calciné.

Le bébé ayant été tué avant la fin de ses premières 24 heures, il avait donc été victime d’un néonaticide.

Au terme de deux longues journées de procès, la jeune femme, 24 ans, étudiante en Lettres à Amiens, qui comparaissait libre, a réaffirmé n’avoir jamais eu conscience d’être enceinte.

Un déni caractérisé par le fait qu’elle n’avait pas grossi et qu’elle avait même continué à faire du sport jusqu’à la veille de son accouchement.

De sorte que lors du moment fatidique, Mélanie n’aurait pas eu conscience de mettre au monde un être humain. Sitôt après, elle plaçait cependant une serviette sur le petit corps, l’enfermait dans un sac, et prenait le bus pour venir déposer le tout dans un lieu discret de Beauvais.

« Une grossesse non assumée » selon l’expert

Le policier qui avait découvert le corps au petit matin l’avait baptisé Aube pour l’état civil.

Le docteur Coutanceau, expert psychiatre, a cependant battu en brèche cette notion du déni de grossesse, toujours controversée en France. « Ce n’est pas possible qu’elle n’ait jamais pensé être enceinte, ne serait-ce qu’un instant et de façon furtive. » D’autant que Mélanie avait eu des signes avant-coureurs, comme des nausées, et que sa mère adoptive lui avait suggéré qu’elle attendait peut-être un enfant.

Pour l’expert, Mélanie a pu, en revanche, avoir une « grossesse non investie », « non assumée. » Elle se serait infligé une sorte de « silence radio à elle-même » pour ne pas voir le problème.

Compte tenu du stress qui était le sien, l’expert a conclu à l’altération du discernement au moment du passage à l’acte.

Pour l’avocate générale Lisa Lou Wipf, la jeune femme a détruit la vie d’un bébé « bien vivant », « né à terme », dont les experts ont encore dit qu’il respirait à la naissance.
« C’est en réalité une affaire sordide, a-t-elle encore indiqué, rappelant que la jeune femme avait tenté de faire disparaître le corps en le brûlant. Vous devrez prononcer une peine nécessairement diminuée en raison de l’altération du discernement, mais en adéquation avec la valeur sociale atteinte, la mort d’un enfant. Soit 7 ans. »

« Elle ignorait avoir un être humain en elle »

De son côté, la défense a estimé que 2 ans seraient la juste peine pour une jeune femme qui « ignorait avoir un être humain en elle. »
« En outre, il y a eu aussi déni de paternité », a encore remarqué Me Domitille Risbourg, à propos de la relation passagère que la jeune femme entretenait à l’époque.

Les jurés ont finalement été sensibles à la ligne de défense de la jeune femme et à son histoire personnelle. Ils l’ont acquittée. Mélanie peut reprendre une vie normale.

P.M.

Jeudi 08 Octobre 2009

BEAUVAIS

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