La justice prive Chama de son père

Sans-papiers . Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté, hier, le recours contre la procédure d’expulsion de Joao Abel Gabriel.

« Écoeurement », « stupeur », les amis et soutiens du petit Chama et de son père étaient sous le choc, hier soir, après la décision du tribunal administratif de Cergy-Pontoise de maintenir en rétention Joao Abel Gabriel. « Il est expulsable à tout moment, sans son fils, qui reste en France et devrait être placé à la DDASS », explique son avocate Me Herrero. « Comment un magistrat peut-il considérer comme légal de séparer un fils de son père ? » s’emporte Jean-Michel Delabre, du Réseau Éducation sans frontières.

Le matin pourtant, chemise blanche, médaille de foot autour du cou et baskets neuves, Chama s’était fait beau pour plaire au juge du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, qui devait statuer sur l’arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) pris à l’encontre de Joao Abel Gabriel. Du haut de ses cinq ans, le petit garçon a compris que cette journée est décisive pour sa vie future. Vivra-t-il avec son père en France ? En Angola, pays où il n’a jamais mis les pieds ? Ou sera-t-il placé et son père, lui, ramené de force en Afrique ?

Interpellé le 26 août dernier à Roissy alors qu’il allait y chercher du travail, cet Angolais de quarante-quatre ans sans papiers a été mis en rétention. L’oeil rivé sur leurs quotas, les forces de l’ordre ont oublié son petit garçon, Chama Dieumerci, né en France il y a cinq ans et scolarisé à Saint-Denis. La mère ayant été déchue de ses droits, Joao élève seul l’enfant. Depuis une semaine, c’est la petite amie de Joao, âgée de vingt-deux ans, qui s’occupe de Chama.

« L’audience a été très dure, raconte l’avocate Catherine Herrero. Le papa de Chama a pris la parole pour dire que son fils allait entrer en CP et qu’il aimerait bien l’accompagner. » Visiblement prête à tout pour expulser ce père de famille, la préfecture avait commis un mémo dénonçant « l’éducation déliquescente de l’enfant ». L’avocate s’emporte : « C’est tout bonnement scandaleux ! Ils font référence à une mesure d’assistance éducative qui concerne principalement la mère et indique, au contraire, que le père s’occupe très bien de son fils. Obsédés par la politique du chiffre, ils oublient toute considération humaine. » Car cet APRF viole des conventions internationales signées par la France qui garantissent le droit à la vie familiale et prône l’intérêt supérieur de l’enfant. À plusieurs reprises, le père a essayé de régulariser sa situation. En 2002, il était débouté du droit d’asile et, en 2006, de la circulaire Sarkozy, qui promet pourtant la régularisation aux parents d’enfants scolarisés.

Au tribunal, la directrice de l’école maternelle Puy-Pensot, où était scolarisé Chama ces dernières années, avait pourtant apporté son soutien et celui de l’équipe pédagogique, certifiant, lettres à l’appui, la participation et l’investissement du père dans la scolarité de son enfant. Ce matin, Chama aurait sans doute voulu, comme tous les enfants de France, tenir la main de son papa, pour entrer au CP.

Marie Barbier

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