LEMONDE.FR avec AFP | 04.11.09 | 21h53  •  Mis à jour le 04.11.09 | 21h54

n tribunal italien a condamné, mercredi 4 novembre, vingt-trois ex-agents de la CIA et deux Italiens pour l’enlèvement, en 2003, d’un imam égyptien à Milan, mais a abandonné les poursuites contre l’ex-chef de la CIA à Rome et les anciens numéros un et deux du renseignement militaire italien.

Au total, vingt-six Américains étaient jugés par contumace et sept Italiens pour le rapt, en pleine rue à Milan en février 2003, de l’imam Abou Omar. Les Américains condamnés sont l’ex-responsable de la CIA à Milan, Robert Seldon Lady, qui s’est vu infliger huit ans de prison, et vingt-deux autres ex-agents qui devront purger en principe cinq ans de réclusion. Deux ex-agents italiens ont été condamnés à trois ans de prison.

« Nous sommes déçus par les verdicts contre les Américains et les Italiens accusés à Milan », a déclaré peu après le porte-parole du département d’Etat américain, Ian Kelly. L’organisation humanitaire Human Rights Watch s’est en revanche réjouie du verdict, même si les plus hauts responsables ont échappé à une condamnation.

Le juge Oscar Maggi a fait valoir que cinq des prévenus italiens étaient protégés par "le secret d'Etat" et ne pouvaient pas être jugés.

AFP/GIUSEPPE CACACE

Le juge Oscar Maggi a fait valoir que cinq des prévenus italiens étaient protégés par « le secret d’Etat » et ne pouvaient pas être jugés.

UN PROCÈS TRÈS SYMBOLIQUE

Le tribunal de Milan a en effet renoncé à poursuivre l’ancien numéro un de la CIA en Italie, Jeffrey Castelli, et deux autres ex-agents, Betnie Madero et Ralph Russomando, en arguant qu’ils étaient protégés par leur « immunité diplomatique » en tant que fonctionnaires américains à Rome. De même, le tribunal a décidé l’abandon des poursuites contre l’ancien numéro un du renseignement militaire italien Nicolo Pollari, son ancien adjoint Marco Mancini et trois autres ex-responsables des services secrets.

Le juge Oscar Maggi a fait valoir que les cinq ex-responsables italiens étaient protégés par « le secret d’Etat » et ne pouvaient pas être jugés. Le colonel Luciano Seno, condamné à trois ans, a qualifié la sentence de « folie ». « Comment se fait-il qu’eux soient relaxés et moi condamné ? » a-t-il lancé.

Par ailleurs, le tribunal a condamné tous les accusés jugés coupables à indemniser l’ex-imam à hauteur de 1 million d’euros, en lui laissant la possibilité de réclamer davantage devant un tribunal civil, et à verser 500 000 euros à sa femme. Les avocats de l’imam affirment qu’il a été torturé dans la prison de haute sécurité où il était détenu en Egypte et ont réclamé 10 millions d’euros de dommages et intérêts.

Ce procès était hautement symbolique, car c’est le premier en Europe sur les transfèrements secrets effectués par la CIA de personnes soupçonnées de terrorisme vers des pays connus pour pratiquer la torture, après les attentats du 11 septembre 2001.

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