14 accusés sont poursuivis à Toulouse pour avoir importé en France plus de 500 kg de cocaïne depuis l’Amérique du sud entre 2002 et 2005. La blanche était cachée dans du charbon.

Le trafic de cocaïne

Le trafic de cocaïne

Quand le 12 juillet 2005, le scanner géant du port du Havre a radiographié un container plein de charbon en provenance du Paraguay via l’Argentine, les membres du groupe « stup » de la police judiciaire de Toulouse ont retenu leur souffle. « On a découvert des tâches plus sombres à différents endroits, se souvient un enquêteur. C’était bon… »

Sept jours plus tard, lorsque le fameux container a enfin été livré chez son destinataire, un entrepreneur normand spécialisé dans le charbon de bois, les policiers toulousains et leurs confrères de l’office central de lutte contre les stupéfiants ont réalisé un vaste coup de filet. 22 arrestations et, au milieu du charbon, 255 kg de cocaïne pure à 88 %. Le pactole, point d’orgue d’une enquête au long cours commencée sur un simple renseignement de la police espagnole en avril 2004. Un coup de maître, la plus belle affaire de trafic de stupéfiants réalisée depuis Toulouse par la PJ.

36 millions d’euros

Quatre ans après cette saisie record, 14 hommes sont poursuivis devant la cour d’assises spéciale, soupçonnés d’avoir imaginé, organisé, réalisé cette importation,de même qu’unprécédent voyage, en voilier, avec 250 kg de poudre blanche et une troisième opération qui porterait sur une centaine de kg ! Soit, au prix bas du marché (60 000 € le kg de poudre), la bagatelle de 36 millions d’€ de cocaïne.

Derrière cet incroyable trafic, une équipe où s’articulent contacts espagnols des narcotrafiquants, un Français installé en Andorre, une ancienne célébrité du milieu hippique régional, deux skippers rêveurs, une figure du milieu manouche du sud-est, des petites frappes sans envergure et des personnages entre voyous et entrepreneurs. Peut-être les deux. « Ce sont des individus que l’on retrouve au milieu de bien des embrouilles », résume l’avocat général Marc Gaubert. Au point parfois de ne plus savoir de quoi ils parlent pendant que les enquêteurs de la PJ enregistrent et photographient à tout va. « Plus d’un an d’écoute, de surveillance, de filature,un travail remarquable », souligne l’avocat général.

Comme dans tout trafic, trahisons et mauvais coups ne manquent pas. Les retrouvailles s’annoncent houleuses. Jean-Michel Bouvier, 42 ans, affirme son innocence mais ses coaccusés lui reprochent d’avoir détourné à son profit 250 kg de cocaïne. Les deux skippers, Ronan Prigent, 35 ans et Ludovic Bernard, 38 ans, ont traversé l’Atlantique chargés comme des mules, échappé de peu à une armada militaire aux Açores mais n’ont jamais été payés… avant de beaucoup parler. Jean-Michel Fustran, 47 ans, voulait triompher sur les hippodromes quitte à se prendre pour Scarface. Il risque aujourd’hui 30 ans de réclusion criminelle, comme les autres accusés. « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne », disait Audiard. Les intéressés feignent de ne pas comprendre ce que la justice leur reproche. Dans la drogue, pour 10 g ou 500 kg, la mémoire fait souvent défaut.


Un malade et, sans doute, un absent

Ce matin dans le box, les accusés se compteront sans doute seulement douze. Deux d’entre eux vont probablement manquer à l’appel. Pour Jean-Claude Canato, 52 ans, c’est une certitude. Malade, libéré pour soigner une hépatite C sévère, ce pilier du trafic selon l’accusation attend une greffe rénale. Son état physique l’empêche de comparaître. Le président Richiardi a donc ordonné une disjonction après l’expertise d’un médecin légiste. C’est dommage. Ce négociant en voitures installé en Andorre mais aux fortes attaches en Tarn et Garonne a effectué plusieurs voyages en Amérique du sud, jusqu’à s’enfoncer dans la jungle pour aller au contact « de la fabrique ». Pour la juge d’instruction Nicole Bergougnan, son rôle est central.

Autre absent probable, Diego Santiago, 55 ans. Interpellé le fusil à pompe entre les mains lors du coup de filet en Normandie avec un de ses fils, ce gitan se présente volontiers comme un homme de main. L’enquête le montre davantage comme un moteur de l’opération. Libéré pour soigner un cœur défaillant en février 2008, il a scrupuleusement respecté son contrôle judiciaire jusqu’au 7 septembre. Depuis, plus de nouvelle. Un mandat d’arrêt a été lancé contre lui. Ses avocats Mes Marty-Daudibertières et Le Bonjour s’étonnent, le président et l’avocat général s’agacent. L’intéressé a sans doute préféré laisser ses fils s’expliquer seul. A 55 ans, pas évident de revenir libre devant une cour d’assises quand on risque de repartir pour 20 ans en détention.


Jugés par des magistrats professionnels

Le procès dont le verdict est attendu le 9 octobre, à l’issue de trois semaines d’audience, va se dérouler uniquement devant des magistrats professionnels. Créés en 1993, les cours d’assises spéciales ont été imaginées pour juger les actes terroristes et les gros dossiers de stupéfiants. Aux yeux du législateur, des magistrats professionnels sont, par principe, moins sujets aux pressions en tout genre que des jurés populaires. À Toulouse, c’est la deuxième fois que cette cour est réunie. En mai 2004, elle avait jugé un important trafic de résine de cannabis. Pour le président Jacques Richiardi, qui préside les assises sur le ressort de la cour d’appel de Toulouse depuis huit ans en dehors de la Haute-Garonne, cela sera une première : « Pour l’instruction d’audience, à charge et à décharge, cela ne change rien, estime le président. Pour les questions juridiques, d’éventuels problèmes de procédure, des magistrats professionnels sont forcément plus avertis que des jurés populaires ». Un avis partagé par l’avocat général, Marc Gaubert : « Dans ce dossier, il y a des milliers d’écoutes téléphoniques. Quand un des accusés explique qu’il va acheter 25 voitures aux Indiens, mes collègues magistrats comprendront vite qu’il ne s’agit pas de véhicules mais de kg de drogue ! »

Publié le 28/09/2009 08:25 – Modifié le 28/09/2009 à 11:23 | Jean Cohadon

La « Coke connection » nie tout

Créé le 30.09.09 à 07h04 | Mis à jour le 30.09.09 à 07h04

Deuxième jour de procès, hier, pour douze des quatorze accusés* de la « Coke connection »*. Jugés devant la cour d’assises spéciale, ils sont soupçonnés d’avoir importé d’Amérique du Sud en France plus de 500 kg de cocaïne entre 2002 et 2005. Disciplinés, presque dociles, plusieurs d’entre eux ont retracé leur parcours à la barre. La plupart nient leur implication. Et le président du tribunal semble souvent déconcerté devant leur capacité à oublier leurs antécédents judiciaires. Leurs profils, passés au crible, se révèlent très disparates. Un point commun pourtant : une vie familiale chaotique et un cursus professionnel instable. Sur le banc, un homme déjà arrêté pour trafic d’héroïne et détention d’armes et un récidiviste côtoient deux skippers « ingénus » au casier vierge. Eux jurent avoir été « forcés » à charger leur voilier de cocaïne. Seul un des accusés, propriétaire d’un garage en Espagne, avoue que là-bas, « la drogue, c’est à la mode »… Ils encourent vingt ans de réclusion. W

Charlotte Boitiaux

* Deux d’entre eux manquent à l’appel : l’un est gravement malade, l’autre est en fuite.

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