Jean Cohadon
Aucamville.
Sept jours après sa sortie de prison, Guy Mencarelli avait tenté de tuer sa compagne, à Aucamville en avril 2007.

Quand il ne se perd pas sur ses chaussures dans le box de la cour d’assises, Guy Mencarelli fixe son regard clair vers le premier rang de la salle des assises. Là se trouve Sabrina, jeune femme aux longs cheveux bruns et au regard inquiet. Sa compagne, la mère de ses deux filles. Sa victime également, passée tout près de la mort dans la nuit du 28 avril 2007, à Aucamville. « Jamais je n’ai voulu tuer ma femme, dit l’accusé dès que le président Jean-Luc Martin lui donne la parole. Je ne sais pas comment j’ai pu faire pour la frapper. J’espère qu’un jour elle me pardonnera… »

Les mains dans les poches de son jean, Guy Mencarelli se rassied. À 29 ans, ce membre de la communauté des gens du voyage comparaît pour la deuxième fois devant la cour d’assises. En 2001, il avait tiré dans la vitrine d’un bar et tué un consommateur à Toulouse. Il a purgé l’intégralité de sa peine. Sept ans. Enfin libre, il a repris ses habitudes. Et sept jours plus tard, fou de rage à cause d’un accident de voiture et des remarques de sa compagne, il s’est déchaîné. Contre les meubles de la maison, le canapé notamment lacéré de 40 coups de couteau ! Puis contre sa compagne, connue sur les bancs de l’école primaire… Opération en urgence, réanimation, la vie de cette femme a tenu à presque rien. Pourtant hier, elle trouvait encore des raisons de l’excuser. «Pas sa faute. Il est malade. En détention, on l’a pas soigné…»

La personnalité de cet homme du « voyage » s’est construite sur une succession de manques. Un père plus souvent en prison qu’à la caravane et disparu alors que Guy n’avait que 7 ans. Une mère fragile, souvent hospitalisée et dont les compagnons successifs fréquentent assidûment les maisons d’arrêts et les débits de boisson. Pas idéal pour un enfant. « Presque une hypothèse d’école », résume le président Martin à propos des carences éducatives et sociales qui se sont additionnées au-dessus de la tête de l’accusé. « Que peut-on espérer quand, à dix ans, votre mère préfère vous amener vendre des paniers que vous envoyer à l’école ? », constate Me Alexandre Martin, son avocat.

Inapte à la frustration, antisocial, Guy Mencarelli a grandi de travers et n’a jamais retrouvé la ligne droite. Le travail ? «Je n’en ai pas le goût », a-t-il dit à l’enquêteur de personnalité. Et les experts psychiatre et psychologue soulignent sa dangerosité sociale. Pas rassurant pour les jurés, cinq hommes et quatre femmes. « Pour le passé, j’ai déjà payé », a-t-il lancé à la cour. Cela risque quand même de peser à l’heure du verdict attendu aujourd’hui.

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