Maître Ferot a exprimé ses doutes sur la culpabilité de son client.
Elle avait 14 ans lors des premiers attouchements qu’elle impute à son parrain. Jugé jeudi 2 et vendredi 3 juillet, Loic S. a été déclaré coupable et placé sous mandat de dépôt malgré ses dénégations.

Huit ans d’emprisonnement. Il en risquait quinze. Loïc S. a été condamné, vendredi 3 juillet, par la cour d’assises du Nord pour agressions sexuelles et viol, commis sur sa filleule, en mars 2006. Le trentenaire, originaire de Cambrai, a toujours nié les faits.
La victime, Valérie (*), vit près de Douai et a désormais 19 ans. A l’époque des faits, elle en avait juste 16. Un regard triste, un visage fermé et un mal-être certain. Lors du procès, la jeune fille est restée constante sur ses déclarations. Valérie avait l’habitude de passer ses week-ends chez sa tante, la mère de l’accusé, à Cambrai. Ce week-end du 31 mars 2006 aura été le dernier.
Ce vendredi soir, elle sort avec son petit copain et rentre à 3 h du matin. Son parrain, lui, est rentré deux heures plus tôt, après avoir partagé quelques whiskys avec des amis. A la barre, la jeune fille affirme avoir été violée par son parrain cette nuit-là. Couchée sur le ventre, Valérie est réveillée en pleine nuit, écrasée par le poids de son agresseur. Violée, la jeune fille est tétanisée. Elle ne crie pas. L’agresseur quitte la chambre. Elle reste là à pleurer.
A son réveil, vers 11 h 30, elle ne dira rien. Ce n’est que vers 19 h qu’elle en parlera à sa soeur, via une messagerie instantanée sur Internet et lui conseillera «de ne rien dire à personne ». Mais dès le lundi, une amie et le personnel du collège s’inquiètent de voir une jeune fille « avec la tête des mauvais jours », selon l’assistante d’éducation. Après l’insistance de son amie, elle avoue ce qu’elle a subi le week-end.
Lors du procès, des vérités éclatent. La mère de la jeune victime, mais aussi celle de l’accusé, auraient été abusées par leur père. Un sujet qui semble tabou, les deux femmes n’ont jamais rien dit. L’accusé lui-même aurait également subi des attouchements, mais de la part de son frère aîné. Lors de sa déposition aux policiers, ce dernier dira que son frère était consentant et parlera de « touche-pipi», avouant aussi avoir rejoint sa soeur dans son lit pour avoir « un contact charnel».

« J’ai été touché par mon frère. Je ne le ferais à personne. »

Loïc S. n’a jamais cessé de nier les faits pour lesquels il comparaissait devant la cour d’assises. Le grand brun, élancé, n’en démord pas. « J’ai été touché par mon frère, je l’ai vécu et j’ai mis 15 ans à me reconstruire. Je ne le ferai à personne. Jamais je n’aurais pu faire ça à Valérie. » Tout au long de son procès, le violeur présumé de Valérie ne donnera aucun autre élément de défense que la dénégation. Il finira par trouver une raison à cette dénonciation. « Elle se venge car étant séparé de ma femme, j’étais revenu chez ma mère. » Et d’ajouter comme autre thèse probable que Valérie « retranscrit l’histoire de sa mère ». Il ne comprend pas pourquoi sa filleule le dénonce et assène aux jurés : « Je ne suis pas un violeur ! »
Ses arguments ne semblent pas les convaincre. Et quand la mère de l’accusé se demande pourquoi Valérie n’a pas parlé plus tôt, l’avocat général rétorque aussitôt. « Vous avez eu un père et un fils incestueux. C’est la loi du silence. Dans votre famille, on n’en parle pas. Valérie c’est le vilain petit canard. Elle brise la loi du silence. » Un mutisme désormais aboli puisque la Cuincynoise soutient ses dires.  A la barre, un psychiatre est formel : « Elle a un traumatisme psychologique sexuel. »
Lors de sa plaidoirie, l’avocat général souligne que « le discours de la victime est crédible » et que les faits subis sont « d’une gravité exceptionnelle ». L’avocate de Valérie, Me Rembarz, compare « sa petite cliente » à Cendrillon. « Son parrain, quelqu’un avec qui elle avait des liens privilégiés, a manqué à ses devoirs et  a commis l’irréparable. »
Me Ferot, l’avocat de Loïc S., ne manque pas d’insister sur la présomption d’innocence et de rappeler aux jurés qu’ils doivent avoir une intime conviction sur la culpabilité ou non de l’accusé. « Ce n’est pas à lui d’apporter la preuve de son innocence. S’il y a un doute, quel qu’il soit, vous devez l’acquitter. » Et d’ajouter : « Pourquoi est-il coupable ? Vous êtes coupable parce que vous êtes arrogant ? Que vous ne répondez pas aux questions de la présidente ? » Selon la défense, la preuve de la culpabilité de Loïc S. n’est pas vraiment apportée. Allongée sur le ventre, la victime n’a pas pu voir le visage de son agresseur. « Tout le problème est là. Est-ce lui  ? »
Condamné et placé sous mandat de dépôt, l’accusé qui comparaissait libre, a passé sa première nuit derrière les verrous vendredi dernier. A partir de la date du jugement, il a dix jours pour faire appel.

Delphine Kwiczor.
(*) : prénom d’emprunt

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