LE MONDE | 27.03.10 | 14h42  •  Mis à jour le 27.03.10 | 14h42

u tribunal de commerce de Paris, une entreprise donnée pour morte a ressuscité de façon inattendue. Le 7 janvier, une procédure de liquidation judiciaire est ouverte à l’égard de Maât, un cabinet de conseil sur le logement qui connaît de graves difficultés. Un mois et demi plus tard, le jugement est annulé, ce qui permet à cette SARL de poursuivre son activité. Certains salariés et d’anciens collaborateurs de la société ne comprennent pas que leur employeur, plombé par un passif important, puisse se relancer alors que sa situation reste compromise.

Fondé en 2001, le cabinet Maât est connu dans le monde HLM et celui du “1 % logement”. Il propose aux bailleurs sociaux des missions de conseil et réalise des études. Il intervient aussi auprès de collectivités locales pour favoriser le développement de programmes immobiliers et a participé à l’organisation du lancement, en septembre 2007, d’Entreprises et Logement, une association patronale aujourd’hui sur le point d’être liquidée.

A partir des années 2005-2006, la société a connu une forte croissance, grâce en particulier aux contrats qu’elle a signés avec l’Association foncière logement (AFL), une entité du “1 %”. Ce client a, par moments, représenté plus de la moitié du chiffre d’affaires de la SARL.

Mais la période faste n’a pas duré. Au premier trimestre 2009, certains salariés n’ont pas été payés. Ces incidents se répétant, plusieurs collaborateurs de Maât ont saisi la justice. Une affaire a déjà été jugée par le conseil des prud’hommes à la fin 2009 ; deux autres audiences doivent se tenir en avril. Parallèlement, l’entreprise a eu de plus en plus de mal à régler ses cotisations à l’Urssaf.

“Nous avons subi de plein fouet la crise majeure de l’immobilier”, plaide Jean Naem, le président de Maât. Autre facteur : l’extinction des relations commerciales entre le cabinet et l’AFL, qui a pesé sur le chiffre d’affaires de la SARL. Certains salariés et ex-consultants mettent aussi en cause une “gestion olé olé” et des dépenses inconsidérées. Ils ne digèrent toujours pas la rémunération octroyée à un ex-collaborateur du cabinet, Etienne Guéna. Employé durant quelques mois en 2008 par Maât, cet ancien administrateur de l’AFL avait un salaire mensuel d’environ 16 000 euros.

Finalement, l’Urssaf a assigné Maât devant le tribunal de commerce de Paris. Début 2010, une procédure de liquidation a été ouverte, car l’entreprise est “en état de cessation des paiements” et n’a pas réglé “les parts ouvrières” de ses cotisations sociales.

Mais le tribunal est revenu sur sa décision et l’a annulée, le 23 février, à la suite d’une “tierce-opposition” formée par Montalivet gestion, une filiale de Maât dirigée par l’épouse de M. Naem. Celle-ci a engagé ce recours car la créance qu’elle détient vis-à-vis de sa société mère (489 000 euros) était “mise en péril” par la liquidation. Devant le tribunal de commerce, elle a fait valoir que Maât allait revenir à meilleure fortune en 2010, en se prévalant de “prévisions” établies par le cabinet d’audit Grant Thornton. M. Naem, lui, s’est engagé à “couvrir toutes dettes futures venant en excédent du passif actuellement constaté”, sauf les dépenses liées au plan social en cours d’application.

Aujourd’hui, le patron de Maât assure que sa société a du travail “par-dessus la tête” et qu’il va tout mettre en oeuvre pour apurer ses dettes – à commencer par celles qu’il a vis-à-vis des salariés et des ex-salariés. Des promesses qui sont loin de convaincre tout le personnel. En attendant qu’elles soient tenues, plusieurs collaborateurs de Maât ont reçu des courriers de convocation pour un entretien préalable à licenciement.

Bertrand Bissuel
Article paru dans l’édition du 28.03.10
1 réponse
  1. salarié en colère
    salarié en colère dit :

    Résultat aujourd hui: 4 millions d Euros de dettes dont 1 millions de dettes sociales, une dizaine de salariés sur le carreau avec pour certains des créances salariales de 7 mois
    Certains bailleurs n ont jamais vu leurs missions terminées alors qu ils avaient payés de confortables avances.

    Et certains bailleurs sociaux continuent de travailler avec ce genre d individus c est scandaleux

    Répondre

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