NEW YORK (AFP) — Un procès opposant l’assureur américain AIG, nationalisé à l’automne, à son ancien PDG Hank Greenberg s’est ouvert lundi à New York, donnant l’espoir de mieux comprendre l’enchaînement qui a conduit à la déroute l’ancien numéro un mondial de son secteur.

AIG, renfloué par l’Etat à hauteur de 170 milliards de dollars pour lui éviter de disparaître purement et simplement, espère récupérer 4 milliards de dollars, que M. Greenberg aurait logés dans un fonds à but non lucratif.

Le bras de fer, qui se déroule devant un tribunal fédéral, s’annonce complexe sur le fond, mais le juge Jed Rakoff a promis lundi à l’ouverture des débats qu’il lui suffirait de quelques semaines. « Je peux vous assurer que ce procès ne va pas durer plus d’un mois », a-t-il dit.

M. Greenberg, 84 ans, témoin vedette, pourrait être appelé à la barre dès mardi, après une journée consacrée à la sélection du jury et à l’exposé des faits par les parties en présence, qui se sont offert des stars du barreau pour les représenter.

La société de M. Greenberg, SICO, est représentée par David Boies, qui fut l’avocat de l’ancien vice-président Al Gore, et AIG par Theodore Wells.

M. Greenberg, qui a dirigé pendant 38 ans un groupe numéro un mondial des assurances, n’est pas directement accusé dans cette affaire. Il est appelé à témoigner au titre de président du fonds Starr International (SICO), entité à but non lucratif.

Il avait pris ces fonctions à son départ forcé d’AIG en 2005, en pleine enquête sur les comptes de l’assureur pour manipulations comptables présumées.

Le fonds SICO servait jusqu’à cette date à loger des actions AIG devant rémunérer des cadres du groupe, selon AIG. Le problème, c’est que les fonds ainsi versés, dépassant une valeur de 4 milliards de dollars selon ses calculs, n’ont pas été restitués depuis la déroute du groupe et sa mise sous tutelle fédérale.

AIG, à l’origine de la plainte, estime que ces fonds devraient être « confiés à un administrateur fiable » afin que les revenus qu’ils génèrent puissent rembourser les fonds publics.

Ces 4 milliards « appartiennent aux actionnaires d’AIG et aux contribuables américains », a fait valoir Mark Herr, un porte-parole d’AIG, dans une déclaration à l’AFP.

« Hank Greenberg va enfin avoir l’occasion de s’expliquer devant un tribunal sur la raison pour laquelle il a poussé SICO à conserver 290 millions d’actions AIG après qu’il a été forcé à quitter le groupe pour avoir refusé de coopérer à une enquête de justice sur des problèmes comptables », a poursuivi ce porte-parole.

Selon AIG, « les preuves amassées pour le procès montreront que durant son mandat à la direction d’AIG, M. Greenberg a personnellement et à plusieurs reprises promis que les actions AIG détenues par SICO seraient toujours utilisées pour rémunérer les actuels et futurs employés d’AIG ».

Pour sa part, SICO renvoie à une précédente décision de justice, issue d’une plainte du fonds contre AIG pour d’autres motifs, pour repousser ces accusations.

La polarisation de l’affaire autour de M. Greenberg n’est qu’un « écran de fumée » destiné à masquer un manque de preuves, explique-t-on. « Starr International est une entité indépendante et privée », a déclaré à l’AFP Patrick Dorton, un porte-parole de SICO.

« AIG fait valoir aujourd’hui de manière improbable qu’il a créé +un fonds+ dans les années 1970 doté de plus de 100 millions de dollars – valeur qui a dépassé les 20 milliards depuis -, bien que le groupe ait déjà reconnu que ce +fonds+ n’avait jamais été révélé à ses actionnaires ni aux autorités boursières, jamais inscrit dans son bilan ni ses communications financières », selon la défense.

M. Dorton a expliqué en substance que l’assureur ne s’était attaqué à SICO (Starr) qu’après avoir été lui-même poursuivi pour avoir « refusé de restituer des oeuvres d’art et des actifs détenus par » la société actuellement dirigée par M. Greenberg.

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