Reuters

La riche propriétaire d’un hôtel particulier du XVIIe siècle vide depuis des décennies et un groupe de jeunes militants qui l’occupent depuis fin octobre se sont affrontés mercredi devant un tribunal de Paris.

Ce dossier a attiré l’attention car il illustre la crise du logement dans la capitale. Le prix de l’immobilier, qui a flambé avant la crise, va de 5.000 euros à 9.000 euros du m2 environ, hors de portée de la majeure partie de la population.

Les prix des loyers sont à l’avenant et les délais d’attente pour l’accès à un logement HLM sont de plusieurs années.

Invoquant le respect du droit à la propriété, les représentants de la propriétaire ont demandé au tribunal d’instance du Ve arrondissement l’expulsion des militants et plus de 140.000 euros d’indemnités (69.663 euros par mois).

« Aucune loi ne permet à des personnes d’entrer par une voie de fait chez autrui », a dit Me Claire Waroquier.

La propriétaire, Béatrice Cottin, 87 ans, qui vit en maison de retraite, considère l’immeuble, où naquit la marquise de Sévigné, écrivain célèbre du XVIIe, comme sa « résidence principale », ont dit ses avocats. Même si elle a été placée sous tutelle l’an dernier, Béatrice Cottin compterait y revenir.

Si l’immeuble était vide, c’est parce que des travaux étaient en cours mais ils allaient se terminer, ont-ils assuré.

Les avocats du collectif « Jeudi noir », qui revendique l’occupation, ont expliqué que l’abandon de l’immeuble de la prestigieuse place des Vosges, qui fait plus de 1.500 m2, et le refus de le mettre en location depuis des décennies justifiait qu’on laisse un délai aux occupants pour partir.

RÉVEILLER LES CONSCIENCES

Devant le tribunal du Ve, Me Pascal Winter a invoqué la loi sur le « droit au logement opposable » votée en mars 2007 et qui donne aux sans-logis le droit de contester en justice l’impossibilité d’accéder à un foyer, texte resté lettre morte.

Stéphane Roques, porte-parole de « Jeudi noir », a expliqué à la presse que l’action avait pour but d’attiser le débat.

« On espère que cette situation permettra de réveiller les consciences et de faire savoir qu’on est face à une situation qui nous semble aberrante et injuste », a-t-il dit.

La socialiste Anne Hidalgo, première adjointe au maire PS de Paris Bertrand Delanoë, a exprimé son soutien à « Jeudi noir » et appelé les juges à la « clémence ».

« Pour avoir visité les lieux, j’atteste que les militants de Jeudi noir ont mis en évidence le scandale d’un patrimoine exceptionnel laissé égoïstement à l’abandon depuis des années. Jeudi noir a, à l’évidence, contribué à sa préservation », écrit-elle dans une lettre à Me Winter.

Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 18 janvier.

La Fondation Abbé Pierre recense en France 100.000 personnes vivant dans la rue, 493.000 « privées de domicile personnel » et vivant en foyers, habitats de fortune, chez des tiers ou à l’hôtel, ainsi que plus de deux millions de personnes habitant dans des logements précaires, insalubres ou surpeuplés.

A Paris, selon le recensement de 1999, il y avait 136.000 logements vides, un chiffre qui aurait peu évolué. En 2006, les statistiques fiscales montrent que 18.600 étaient vides depuis plus de deux ans.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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