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Quatre hommes et une femme, considérés pour la plupart comme proches des milieux nationalistes corses, comparaissent à partir de mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir hébergé et aidé Yvan Colonna durant les quatre ans de sa cavale. L’assassin présumé du préfet Erignac sera présent, lui aussi, sur le banc des prévenus pour y répondre d’infractions à la législation sur les armes.

Ce procès, qui doit durer deux semaines devant la 16e chambre du tribunal correctionnel, s’ouvre alors que la Cour de cassation n’a pas encore examiné le pourvoi du « berger de Cargèse » contre sa condamnation en mars 2009 par la cour d’assises d’appel à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une mesure de sûreté de 22 ans pour avoir abattu le préfet de Corse Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio.

Yvan Colonna, présenté alors comme l’homme le plus recherché de France, a réussi à échapper à toutes le forces de police et de gendarmerie entre sa fuite le 23 mai 1999 et son arrestation le 4 juillet 2003 aux abords d’une bergerie isolée d’Olmeto (Corse-du-Sud) par des policiers du RAID. Agé de 50 ans, il est actuellement détenu à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne).

Selon l’ordonnance de renvoi établie par les juges antiterroristes Gilbert Thiel et Laurence Le Vert, Yvan Colonna a bénéficié durant sa cavale de la « logistique organisée, structurée et très cloisonnée » d’une « association de malfaiteurs » qui lui a permis pendant plus de quatre ans de se soustraire à la justice.

Trois des cinq prévenus jugés au côté de Colonna -Marc Simeoni, André Colonna d’Istria et Patrizia Gattaceca- sont renvoyés pour recel et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, les deux autres -Frédéric Paoli et Claude Serreri- uniquement pour recel de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Contrairement à Colonna, ces cinq prévenus comparaissent libres, sous contrôle judiciaire.

Marc Simeoni, 36 ans, fils d’Edmond Simeoni -figure historique du nationalisme corse-, est présenté par les juges d’instruction comme « l’un des pivots » de cette association de malfaiteurs et « l’un des plus éminents soutiens » de Colonna. Il est reproché à ce consultant en management d’avoir mis à la disposition du meurtrier présumé « à plusieurs reprises et sur de longues périodes » un appartement situé en plein centre de Bastia, mais également sa carte bancaire pour des achats en ligne. Pourtant, Simeoni affirme n’avoir jamais rencontré le berger de Cargèse durant sa cavale ni lui avoir apporté un quelconque soutien matériel ou logistique.

Contrairement à Simeoni, Patrizia Gattaceca, 52 ans, reconnaît être venue en aide à Yvan Colonna durant sa cavale et l’avoir hébergé durant l’été 2002 puis durant l’hiver 2002-2003 chez elle, une maison isolée du petit village de Penta Acquatella (Haute-Corse). Professeur de langue corse, Patrizia Gattaceca est plus connue comme chanteuse et membre fondatrice des Nouvelles Polyphonies Corses, groupe avec lequel l’artiste a obtenu une Victoire de la musique en 1992. « Persuadée » de l’innocence de Colonna, elle revendique ses actes au nom de la « règle d’or de l’hospitalité », mais nie avoir pris part à un quelconque réseau.

Autre personnage clé de l’accusation, André Colonna d’Istria, 51 ans, propriétaire d’un camping à Propriano (Corse-du-Sud), est soupçonné d’avoir participé à la constitution de ce réseau de soutien logistique ayant fourni à Yvan Colonna « plusieurs structures clandestines d’hébergement ». Début 2001, ce nationaliste présenté comme proche du FLNC du 5-Mai aurait ainsi sollicité Frédéric Paoli, le propriétaire de la fameuse bergerie d’Olmeto, pour qu’il accueille le fuyard.

Paoli, 49 ans, interpellé quelques heures après Colonna, reconnaît avoir hébergé ce dernier « en connaissance de cause » d’avril à octobre 2001, puis encore trois semaines avant son arrestation, mais, dit-il, à la demande expresse d’André Colonna d’Istria. Enfin, Claude Serreri, 52 ans, frère de l’ex-compagne de Colonna -Pierrette Serreri- et exploitant d’un débit de boissons à Propriano, est soupçonné d’avoir apporté au fugitif une aide seulement « ponctuelle » lors de son séjour à la bergerie d’Olmeto.

Si les enquêteurs pensent avoir à peu près reconstitué les deux dernières années de la cavale de Colonna par l’intermédiaire de ces cinq prévenus, des zones d’ombre persistent sur les deux premières années (printemps 1999-printemps 2001).

Quant à Yvan Colonna, il est poursuivi pour détention et port d’armes sans autorisation lors de son arrestation, à savoir une grenade à main explosive à fragmentation contrôlée et un chargeur de pistolet automatique contenant 12 cartouches de calibre 9mm, signe, selon les juges, qu’après plus de quatre années de clandestinité, le meurtrier présumé n’avait toujours pas renoncé « au recours à la violence ». AP

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