Depuis hier et jusqu’à ce soir, la cour d’assises juge un meurtrier qui avait failli être lynché après les faits survenus à Méru en 2004.
Adeline Daboval | 04.02.2009, 07h00

Hier, la tension est montée d’un cran durant le procès de Mohamed Ouamane, accusé d’avoir abattu Sofiane Aïda, 18 ans, d’une balle de fusil de chasse en pleine tête à Méru, en octobre 2004. Devant les jeunes venus en nombre de la Nacre, il a continué de nier.
Une exécution en règle. Pour les témoins comme pour les experts qui se sont succédé hier à la barre de la cour d’assises de l’Oise, Mohamed Ouamane, 40 ans, n’a laissé aucune chance à Sofiane Aïda, cette dramatique nuit du 22 octobre 2004, rue Einstein à Méru.
« Il est descendu de la voiture, l’arme dans son blouson, il lui a tiré dessus. Puis il est revenu », raconte encore terrorisée une de ses amies de l’époque. « Il s’est approché. Il a dirigé le fusil vers sa tête et il a tiré », complète un des amis de Sofiane.
L’expert en balistique précise quant à lui : « Le tir a eu lieu de face et à courte distance. » Face à ces récits accablants et malgré la salle du tribunal qui se remplit peu à peu de jeunes du quartier de la Nacre, Mohamed Ouamane continue de nier en bloc. « Ils mentent », répète-t-il, imperturbable, dans un râle qui le tire quelques instants de sa torpeur.
Ce soir-là, cette exécution en pleine rue avait enflammé le quartier déjà très sensible de Méru. Très vite, une centaine de jeunes, la plupart la tête sous des capuches ou des écharpes, s’étaient rassemblés autour du corps du jeune Sofiane. « La foule était hostile et de plus en plus oppressante », raconte une technicienne scientifique de la gendarmerie. « Nous essayions de faire respecter le périmètre de sécurité lorsque la rumeur publique nous a appris que le meurtrier présumé résiderait au foyer Aftam », explique un gendarme.

« Cela aurait pu être un carnage… »

S’ouvre alors une chasse à l’homme. Les jeunes crient vengeance. « Ils étaient déterminés. De vrais fauves, raconte l’un des deux gendarmes venus interpeller Ouamane. Le suspect était armé et il aurait pu tirer sur les jeunes pour échapper au lynchage. Dans les deux sens, cela aurait pu être un carnage… » A seulement deux gendarmes, ils vont donc tenter de rattraper Mohamed Ouamane avant la confrontation. Mais là, ils essuient un coup de feu. « J’ai vu une gerbe à 30 cm de mon épaule. J’ai riposté, explique le jeune militaire. Quelques secondes plus tard, l’adjudant-chef m’a dit Je l’ai et nous avons couru. La priorité, c’était de sauver nos vies et celle de M. Ouamane. » Les trois hommes n’ont semble-t-il pas couru assez vite. Avant de pouvoir se mettre à l’abri, ils sont « pris en tenaille » par deux groupes de jeunes. Les deux gendarmes essuieront coups de pied et coups de poings. « Mais en fait, les jeunes voulaient surtout M. Ouamane. J’ai alors vu un des jeunes qui a sorti un fusil et qui a tiré sur lui alors qu’il était allongé sur le sol. » Les experts découvriront que deux balles de fusil de chasse ont traversé Mohamed Ouamane à l’abdomen. Quand les gendarmes mobiles arrivent sur place, la foule se disperse. « La loi du silence dans le quartier » n’a jamais permis d’identifier les auteurs du lynchage et a abouti à un non-lieu.
Mohamed Ouamane encourt quant à lui la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu aujourd’hui dans un climat qui s’annonce électrique.

Le Parisien

http://www.leparisien.fr/oise-60/la-tension-monte-au-proces-du-meurtrier-de-meru-04-02-2009-397706.php

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