«Je vous remercie de nous avoir fait confiance ». Nicolas (33 ans), n’y croit pas. Lui et son pote, Mikaël (25 ans), n’ont pris que six mois ferme, hier, devant le tribunal correctionnel de Bourges, pour une affaire de drogue. Comme ils sont récidivistes, le procureur voulait leur coller deux et un ans.
Les deux amis ont été arrêtés le 27 mai dernier, au péage autoroutier de Bourges, par des douaniers. Dans la boîte à gants de la voiture de Mikaël, 95 grammes d’héroïne ; dans les poches de Nicolas, 28 grammes de cocaïne. Les deux prévenus arrivaient d’Orléans et rejoignaient La Machine (Nièvre), où ils habitent.
Juste avant que les trois juges partent délibérer, Nicolas lâche, la voix chevrotante : « Mikaël n’a fait que m’accompagner à Orléans pour m’aider à me sortir de la panade dans laquelle j’étais. J’avais peur ». Les deux amis reconnaissent être des consommateurs de drogue, mais pas des trafiquants. Nicolas dit avoir été piégé par un dealer orléanais : « J’avais une dette envers lui. Un jour que je comptais seulement lui acheter ma dose, il m’a donné un gros sachet et m’a dit qu’il fallait que je revende le tout. Je lui ai dit que je ne voulais pas, mais il a répondu que maintenant ce sachet était à moi et que je devais le lui payer ».
Nicolas affirme avoir caché la drogue et l’avoir perdue. Mais son dealer lui a envoyé deux gros bras pour réclamer son argent. « Ils m’ont emmené dans un bois. Ils m’ont frappé. Puis ils m’ont dit de leur montrer où j’habitais. Pour être sûr que je ne leur mentais pas, ils m’ont demandé de rentrer et d’allumer la lumière ».
Peines planchers rejetées
Pris au piège, Nicolas accepte, pour régler sa dette, d’aller à Orléans chercher de la marchandise et de la revendre pour le compte de son dealer. N’ayant pas de voiture, il demande à Mikaël de l’accompagner avec la sienne. Ce dernier accepte. Consommateur occasionnel d’héroïne, il sait qu’il pourra en obtenir.
« Nous avons déjà vu des personnes reprendre un trafic de stupéfiants pour rembourser une dette, consent le procureur de la République, Éric Mathais. Il n’est pas facile de se sortir d’une telle spirale. Mais dans ce dossier, aucun élément ne nous permet de savoir si c’est vrai ». Comme les deux amis ont déjà été condamnés, une fois chacun, pour avoir acheté une importante quantité de drogue, le procureur réclame l’application de peines planchers, destinées à punir les récidivistes.
« Pourquoi ne pas croire ce qu’il raconte ? », lance Bénédicte Lartichaux, l’avocate de Nicolas. « C’est encore les petits qui vont prendre, regrette Aurélie Barbosa, conseil de Mikaël. Ces peines planchers n’ont pas été prévues pour eux, mais pour celui qui vend des kilos et des kilos à Orléans, et qui n’est pas là. »
Les juges les ont entendus. Les deux amis n’ont été condamnés qu’à six mois de prison ferme, plus six avec sursis et mise à l’épreuve. Ils devront aussi payer une amende de presque 5.500 euros.

geoffroy.jeay@centrefrance.com
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