À Brest un avocat attaque la police
Sale ambiance dans le petit monde judiciaire brestois, depuis qu'un avocat a porté plainte contre un policier. Dix mois après les faits, un juge d'instruction vient tout juste d'être désigné. À Rennes. Les faits remontent au1eravril2008. Ce jour-là, dans le palais de justice de Brest, un avocat commis d'office remet un papier, sur lequel figurent ses coordonnées professionnelles, à l'un des deux mis en examen qu'il vient d'assister devant le juge des libertés et de la détention. Le chef de l'escorte de police s'interpose, et contre toute attente, saisit le papier et le lit. D'abord interloqué, l'avocat proteste. Il remet un deuxième billet, identique, au second mis en examen. Malgré les mises en garde de l'avocat, le policier récidive. Pour l'avocat, l'infraction d'atteinte au secret des correspondances, «principe fondamental de la défense», est constituée. Il porte plainte.
Plainte classée avocats au créneau
Deux mois plus tard, après avoir entendu les seuls policiers de l'escorte et effectué un rappel à la loi, le procureur de la République estime que «l'incident» est clos. Il classe l'affaire. Impensable pour l'avocat, qui estime que son intégrité professionnelle a également été mise en cause. Il dépose une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile. Procédure qui a pour avantage, à ce stade, de déclencher automatiquement l'ouverture d'une information judiciaire. Ce qui est fait, le 10octobre dernier. Fait rarissime, l'Ordre des avocats décide, à l'unanimité, de se joindre à l'action judiciaire, en déposant, lui aussi, plainte. «Il s'agit d'une grave atteinte aux droits de la défense, souligne-t-on à l'Ordre des avocats. Si cela n'avait été qu'un simple incident, vous pensez bien que nous aurions réglé cela différemment». Le climat est alors tellement «électrique» que le parquet de Brest et les différentes parties émettent le souhait de dépayser le dossier. La Cour de cassation est saisie. Elle vient tout juste d'accéder à la demande des parties. Elle a confié, ce mois-ci, le dossier à un juge d'instruction rennais, «dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice».
* Hervé Chambonnière
4 mars 2009