Nathalie Dijols
La cour d’assises de l’Aveyron juge, jusqu’à ce soir, Gilbert Hill. Il est accusé d’avoir tenté d’assassiner la femme dont il était en train de se séparer.
C'est un drame familial qui, depuis hier après-midi, et jusqu'à ce soir, occupe la cour d'assises de l'Aveyron. Un premier dossier marqué du sceau de la jalousie. Gilbert Hill, 40 ans, est accusé de tentative d'assassinat, de violences volontaires et de menaces de mort réitérées sur la personne de son ex-compagne. Des faits commis à Rodez, sur le carrefour giratoire de Saint-Félix, le 29 juillet 2007.
La veille, Gilbert Hill passe la soirée à son domicile avec son fils Michaël, à Onet-le-Château. Le lendemain, en matinée, il subtilise la clé de l'appartement de son fils, qui vit depuis peu à Bourran avec sa mère Mounira, pour jeter un petit coup d'œil sur la vie privée de cette dernière dont il vient de se séparer.
À son arrivée sur les lieux, le quadragénaire découvre, nu, dans le lit de son fils, un homme. Choqué, Gilbert décide de se rendre sur le lieu d'activité professionnelle de son ex. Il veut avoir quelques explications concernant ce soi-disant amant. Du reste, avant de quitter l'appartement, il emporte avec lui un couteau et le glisse dans sa poche.
Arrivé là où travaille Mounira, Gilbert ment. Pour l'obliger à quitter les lieux et le suivre, il raconte que Michaël a été placé en garde à vue. C'est ensemble qu'ils partent en voiture.
Pendant le trajet, Gilbert aborde le sujet concernant cet inconnu trouvé au domicile de Mounira. Le ton monte. Il parle violemment et la menace, puis décide de s'arrêter subitement sur le terre-plein du carrefour. Mounira ouvre la portière pour tenter de s'enfuir. Mais le conducteur, à cheval sur le siège du passager, la retient par les cheveux. Puis, se saisissant du couteau de type laguiole, il frappe la femme. Huit fois.
Heureusement, à ce moment-là, trois personnes alertées par les cris s'approchent du véhicule. Deux d'entre elles essayent de canaliser Gilbert tandis que le troisième porte secours à la jeune femme. Entre-temps, les secours et la police sont prévenus. Mounira est évacuée d'urgence au centre hospitalier de Rodez. Elle souffre de plusieurs lésions, notamment au foie et à la vésicule biliaire. Sans compter des plaies assez profondes au niveau de l'avant-bras et de la jambe droite.
« Dans son malheur, cette dame a eu de la chance », commente Régis Cayol, qui préside cette audience. Au moment de son interpellation, Gilbert Hill, précise aux enquêteurs qu'il ne « voulait pas tuer Mounira mais simplement lui faire peur ».
Dans son box, ce lundi, Gilbert Hill est submergé par le trac. Cet homme grand, mat de peau, qui triture un mouchoir, est incapable de prononcer le moindre mot pour raconter sa vie. Il est né le 26 août 1969 à Fort-de-France en Martinique. Fils d'une famille composé de cinq enfants, il décide d'arrêter sa scolarité à l'âge de 12 ans. « Je n'arrivais pas à bûcher, et régulièrement je faisais l'école buissonnière », raconte-t-il. À 18 ans, il rejoint sa sœur qui vit en métropole. Il y trouve rapidement un travail.
Les doigts croisés et la tête baissée, Gilbert Hill explique « avoir souffert de ne pas savoir écrire et lire ». Il reproche également à sa mère son infidélité à l'égard de son père. C'est à 12 ans qu'il découvre qu'il a un demi-frère.
Restant sur la personnalité de l'accusé, le juge Cayrol fait état d'une succession de scènes violentes, durant lesquelles l'homme est le plus souvent saoul et en possession d'une arme blanche ou d'un instrument tranchant. Et il profère souvent des menaces à l'encontre soit de quelqu'un de sa famille, soit des collègues de travail. Outre cette violence, le caractère de Gilbert Hill est marqué d'une jalousie que les experts qualifient de « pathologique ». Les mêmes praticiens évoquent une « impulsivité » et une difficulté à maîtriser ses émotions.
L'audience reprend ce matin à 8 h 30. Le verdict est attendu en fin de journée.


Laisser un commentaire