Si Armel Callens (à droite) siégeait en haut de la pyramide, il lui a fallu beaucoup de complicités.
| ESCROQUERIE |
Dans notre édition d’hier,nous avons relaté le procès pour escroquerie à Wormhout où 1,2 million d’euros a été détourné au détrimentdes assurances MMA,en s’attachant au personnage central de cette mécanique frauduleuse : Armel Callens. Dix autres prévenus ont comparu, avant-hier. Sans leur contribution, jamais de tels agissements n’auraient été possibles. Experts, artisans, secrétaires, simples copainsde l’agent d’assurance, chacun a pu expliquer son implication. PAR ALEXIS CONSTANT
dunkerque@lavoixdunord PHOTO « LA VOIX »

« Pas d'experts véreux, pas de Callens », a tempêté, à juste titre, Me Berton, l'avocat de l'agent d'assurance wormhoutois à qui l'on reproche l'instauration de l'escroquerie. Lui-même allègue : « Le plus dur, c'est de trouver des experts complices ».
Maurice Allaeys et Denis Deboudt, sont les deux experts en assurances qui, en échange de grasses commissions occultes versées par Armel Callens, ont accepté d'établir des expertises imaginaires ou de surévaluer des sinistres réels. À titre indicatif, un feu de friteuse évalué à 3 000 E de dégâts était expertisé à 25 800 E. Tous les protagonistes de la fraude se servaient ensuite sur l'excédent versé par MMA. Entre 2004 et 2006, des centaines de dossier de la sorte étaient fabriqués à une cadence infernale.
Sur les sinistres inventés de toutes pièces, les experts ne prenaient pas toujours la peine d'aller voir l'habitation. « En fait, si je lis le dossier, Armel Callens vous indiquait le montant à détourner et vous, vous deviez faire preuve d'imagination, là une tempête, ici une inondation ou un incendie. » Les deux experts ne contredisent pas la présidente.
« Pratique courante »
Denis Deboudt comptabilise 154 expertises frauduleuses, Maurice Allaeys 40. Ce dernier avoue qu'à l'époque, vers 2005, il commençait à avoir des scrupules. Il a freiné son activité délictuelle, en comparaison de son collègue qui lâche : « Oui, mais lui faisait les gros sinistres, moi les petits ». Ce dernier dit avoir touché environ 20 000 E d'Armel Callens pour ses fausses expertises. Maurice Allaeys concède 10 000 E de pots de vin. « C'est pas vrai, je t'ai filé au moins 70 000 E en liquide ! » s'énerve Armel Callens. « Ça va pas, t'es pas bien non ? », répond l'intéressé. La justice avance un chiffre de 17 000 E. Des sommes, en fait, difficiles à établir. Les dessous de table étant souvent remis en liquide. Et puis. comment s'y retrouver ? Les experts eux-mêmes confient : « On n'arrivait même plus à faire la différence entre les vraies et les fausses expertises ».
Selon Armel Callens, il s'agit de pratiques courantes dans la profession : « Je connais d'autres collègues qui font ça, d'autres experts avec d'autres agents qui surévaluent les sinistres ! Je ne vais pas citer les noms, on est bien assez ici ». Denis Deboudt acquiesce : « Oui, c'est courant, tout le monde le sait ». 18 mois avec sursis, 40 000 E d'amende sont requis contre ce dernier, 15 mois avec sursis, 30 000 E d'amende contre son collègue. Une interdiction d'exercer pendant cinq ans est demandée pour les deux.
Depuis l'affaire, le cabinet Platiau dans lequel ils officiaient a fait faillite. « Ça s'est ébruité et tous les assureurs ont brutalement lâché monsieur Platiau, qui n'a jamais été au courant de rien », explique l'avocat du liquidateur. Il réclame 1,4 million d'euros de préjudice.
Pour que les assurances MMA remboursent un faux sinistre, il faut aussi des fausses factures. Armel Callens avait réussi à dévoyer des artisans pour se procurer des tas de fausses factures ou des factures vierges que l'agence de Wormhout remplissait à sa guise. Avec 80 fausses factures mises au jour, Didier Beck était le plus gros fournisseur d'Armel Callens. Pour le service rendu, le patron de BD Espaces Verts a empoché 51 000 E. Il était le favori du « roi de Wormhout », dixit le procureur pour désigner M. Callens. Il a refait la toiture du PMU de ce dernier au « black », avant de le lui racheter à un prix d'ami. Depuis l'affaire, Didier Beck a été ratiboisé par le fisc. Un an avec sursis, 30 000 E d'amende sont requis.
Jusqu'en bas de l'échelle
Vient ensuite le patron d'Amélioration Habitat, Hervé Laug, à l'origine d'une vingtaine de fausses factures pour environ 5 000 E de pots de vins perçus (six mois avec sursis mise à l'épreuve et 20 000 E d'amende sont requis). Deux autres petits artisans, l'un à Rexpoëde, l'autre retraité, ont trempé dans la fraude, mais plus modestement. Le parquet demande six mois avec sursis et 15 000 E d'amende pour chacun. En bas de l'échelle, deux secrétaires sont également poursuivies. Celle de Didier Beck rédigeait les fausses factures en connaissance de cause, mais n'a rien touché (1 000 E d'amende dont 500 avec sursis). Celle de d'Armel Callens a reçu une contrepartie financière sur un faux sinistre (2 000 E d'amende). Reste le beau-frère de M. Callens poursuivi pour un faux sinistre qui lui a rapporté quelques milliers d'euros (5 000 E d'amende requis). Enfin, un ami de l'agent d'assurance a profité lui aussi une fois du système, empochant 7 000 E. (10 000 E d'amende requis). La société MMA réclame à tous 1,2 million d'euros. Délibéré le 6 novembre.
jeudi 01.10.2009, 05:01
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La Voix du Nord
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