B.-H. Saint-Paul

Christian Laplanche, depuis peu avocat d’Hadrien Alem, a soulevé un vice de procédure. La chambre de l’instruction rend sa décision ce lundi.

Christian Laplanche, avocat d'Hadrien Alem. DDM, repro.

Christian Laplanche, avocat d'Hadrien Alem. DDM, repro.
Christian Laplanche, avocat d’Hadrien Alem. DDM, repro.

Accusé du meurtre de sa mère élisabeth Alem-Raquin, « la postière de Villefranche », en 2002, Hadrien Alem a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d’appel de Montpellier qui avait confirmé le verdict de la cour d’assises de l’Aveyron. Le 19 février dernier, la Cour de cassation a cassé ce jugement. Hadrien Alem et Mattéo Polarski (son complice présumé), doivent être rejugés par la cour d’assises du Tarn-et-Garonne, en fin d’année ou sans doute en mars 2010. Le 16 juin, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse s’est réunie pour décider de la remise en liberté d’Hadrien Alem, demande effectuée le 19 mars par ce dernier. Un problème de délai pourrait lui ouvrir les portes de la prison de Villeneuve-les-Maguelonne, dès aujourd’hui. La chambre de l’instruction rend sa décision, aujourd’hui. Le point avec Christian Laplanche, depuis peu avocat d’Hadrien Alem.

Comment êtes-vous devenu avocat d’Hadrien Alem ?

J’étais l’avocat de son père, Mehdi Alem, qui s’est suicidé en prison. J’ai gardé des contacts avec la sœur de Mehdi, la tante d’Hadrien. Elle m’a demandé de le contacter : il souhaitait me voir car il n’avait plus de nouvelles de son avocat parisien depuis la décision de la Cour de cassation. Cela n’a pas été simple mais j’ai pu le visiter. C’est là qu’il m’a dit qu’il avait déposé une demande de libération provisoire, le 19 mars.

Pourquoi est-il libérable ?

Lorsque l’on dépose une demande de mise en liberté – Hadrien Alem l’a fait le 19 mars – il y a trois cas de figure :

1) Vous n’êtes pas jugé et la chambre de l’instruction doit se prononcer sur votre demande dans les 20 jours.

2)Vous avez été jugé et vous interjetez appel : la chambre doit se prononcer dans les deux mois.

3)Vous formez un pourvoi en cassation, et la chambre doit se prononcer dans les quatre mois.

Puisque la Cour de cassation s’est prononcée le 19 février et a renvoyé l’affaire en appel devant la cour d’assises de Montauban, Hadrien Alem se trouve dans un statut d’appelant ; et donc le délai est de deux mois pour que la chambre de l’instruction se réunisse et reçoive le demandeur. Cela n’a pas été le cas. L’article 148-2 du code de procédure pénale prévoit que si la personne n’est pas convoquée dans les délais, elle doit être mise en liberté d’office.

Qu’est-ce qui pourrait faire obstacle à sa libération ?

Des motifs politiques : la Chancellerie a été alertée. Depuis deux ans, les magistrats sont systématiquement attaqués par le pouvoir lorsqu’ils commettent des erreurs. En l’espèce, je pense que la décision de la Cour de cassation n’était pas connue par la chambre qui a estimé le délai d’examen de la demande à quatre mois. J’ai confiance dans la justice : le président de la chambre de l’instruction de Toulouse appliquera le droit.

L’état d’esprit de votre client ?

Il ne croit pas beaucoup à une remise en liberté car il est incarcéré depuis sept ans. Il a toujours dit qu’il voulait payer pour ce qu’il a fait (le recel de cadavre, N.D.L.R.) mais il a toujours nié avoir tué sa mère. Si sa libération est assortie d’un contrôle judiciaire strict (ce qui n’est pas certain dans une libération d’office), il est prêt à s’y soumettre.

S’il est libéré, il pourrait quitter la France. Comprenez-vous l’émotion des parties civiles ?

Il ne partira pas : il veut affronter ses juges. Il a aujourd’hui 27 ans et la vie devant lui. Je comprends l’état d’esprit des parties civiles, qui étaient d’ailleurs présentes à la réunion du 16 juin. Mais elles doivent aussi entendre que la présomption d’innocence existe dans notre pays et quelles que soient les procédures pour lesquelles Hadrien Alem est incarcéré depuis sept ans, il n’y a eu aucun jugement définitif pour ponctuer ce dossier. Sept ans de détention provisoire, ça suffit ; cela devient déraisonnable au regard de la Cour de justice européenne. Hadrien Alem doit être libéré ».

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Le fils de la postière de Villefranche-de-Rouergue assassinée vient d’être libéré

Hadrien Alem avait été condamné à 20 ans de réclusion en 2006.

Hadrien Alem est libre. Le fils de la postière de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), assassinée en 2002, incarcéré depuis sept ans, a été remis en liberté hier après-midi pour un vice de procédure. C’est la chambre de l’instruction de Toulouse qui a rendu cette décision.

« C’est conforme au droit, conforme à la loi », explique un des avocats du Villefranchois, M e Christian Laplanche. « La loi pose des délais, les délais n’ont pas été respectés, il est donc normal qu’il soit remis en liberté. » Incarcéré à la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) – mais en attente d’un nouveau procès après un arrêt, en février, de la Cour de Cassation -, Hadrien Alem avait effectué

une demande de remise en liberté en mars. Or, celle-ci n’a pas été examinée dans les temps.C’est ce point qu’a soulevé son avocat le 14 juin dernier. Elisabeth Alem-Raquin , mère de trois enfants alors en instance de divorce, avait disparu le 13 juin 2002 de son domicile de Villefranche-de- Rouergue. Son corps, en partie carbonisé, avait été retrouvé le 1 er juillet dans les bois de la commune de Concots (Lot) et selon l’autopsie, la victime, âgée de 48 ans, était morte le jour même de sa disparition. Le 29 septembre 2006, la cour d’assises de l’Aveyron avait alors condamné son fils Hadrien Alem et un de ses amis, Matéo Polarski, à 20 ans de réclusion criminelle. A aucun moment au cours du procès, le mobile du meurtre n’était clairement apparu.

Hadrien Alem avait fait appel de sa condamnation. Deux ans plus tard, en février 2008, la cour d’assises de l’Hérault avait confirmé la décision de première instance.

Chaque fois, les avocats de la défense avaient plaidé l’acquittement au bénéfice du doute, en raison notamment de l’absence d’un autre mis en examen, Medhi Alem, mari de la postière, qui s’est suicidé en détention .

Déterminé à se battre jusqu’au bout, Hadrien Alem s’était alors pourvu en Cassation. Le 18 février dernier, la juridiction suprême a fini par annuler l’arrêt de la cour d’appel, renvoyant l’affaire devant la cour d’assises du Tarn-et- Garonne, à Montauban devant laquelle l’accusé comparaîtra libre. Celle-ci pourrait statuer cet automne.

Aujourd’hui, sept ans après les faits, Hadrien Alem n’est pas définitivement condamné. « Sept ans de prison, c’est trop long. Si le vice de procédure n’avait pas été retenu pour libérer mon client, j’aurais plaidé le délai manifestement exagéré de la détention » , ajoute Me Christian Laplanche.

Philippe ROUTHE
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