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Un père menace de rapatrier lui-même du Maroc le meurtrier de son fils

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Photo non datée de Gilles Anduet assassiné en août 1995.

AFP/MYCHELE DANIAU

Photo non datée de Gilles Anduet assassiné en août 1995.En livrant par la force, à la justice, un condamné que les autorités tardaient à récupérer à l’étranger, André Bamberski aurait-il fait des émules ?

Jean-Claude Andruet, célèbre pilote automobile dans les années 1970, dont le fils, Gilles, a été assassiné il y a 14 ans, se demande s’il ne doit pas recourir au même procédé. Le père de Kalinka, André Bamberski, vient il y a moins d’un mois d’enlever en Allemagne Dieter Krombach, reconnu coupable du meurtre de sa fille en 1995.

Dans l’affaire Andruet, le meurtrier de Gilles, condamné par défaut à 15 ans de réclusion par la cour d’assises de l’Essonne en 2006, coule des jours tranquilles au Maroc.

Dans un courrier remis vendredi 13 novembre au procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, son avocat, Me Pascal Garbarini, persifle : « Mon client s’interroge sur l’opportunité d’adopter la méthode Dieter Krombach. » Selon Me Garbarini, Sacha Rhoul, qui disposerait de faux documents administratifs, « effectue régulièrement des séjours sur le territoire français ». Depuis trois ans, Jean-Claude Andruet multiplie en vain les requêtes afin que le meurtrier de son fils réponde de son crime. Son avocat réclame à l’autorité judiciaire « de mettre en oeuvre tous les moyens afin qu’il soit procédé à son arrestation ».

Le cadavre de Gilles Andruet, massacré à coups de batte de base-ball, avait été découvert le 22 août 1995 à Saulx-les-Chartreux (Essonne). Une histoire d’argent – 398 000 francs correspondant à la vente d’un bien familial que Gilles Andruet, englué dans des dettes, cherchait à encaisser – aurait constitué le mobile du crime.

Milieux interlopes

Brillant, doué mais un tantinet fumiste, selon ses proches, ancien champion d’échecs, joueur invétéré – au black jack il mémorisait les cartes -, Gilles Andruet menait une vie dissolue. Au casino, il misait gros et perdait tout autant. Toujours en quête d’argent, Gilles Andruet fréquentait des milieux interlopes. Il avait fallu attendre 2001 pour que l’information judiciaire ouverte au lendemain de son assassinat avance enfin. Un poil retrouvé dans l’alèse où le corps avait été enroulé, avait mis en cause Joseph Liany, un ami de Gilles. Interpellé, celui-ci sera condamné une première fois à 15 ans de réclusion en 2003 avant d’être acquitté en appel trois ans plus tard.

Le fils de Joseph, Franck Liany, avait également été mis en cause pour avoir participé au détournement de l’argent. Il avait comparu en 2003 devant la même cour d’assises qui lui avait infligé une peine de 7 ans d’emprisonnement. Enfin, le neveu de Joseph, Sacha Rhoul, avait été aperçu le soir du crime, avec Gilles Andruet. Le témoin, une femme, a été agressé à plusieurs reprises, et notamment la veille de son audition.

Entendu par les enquêteurs, Sacha Rhoul avait nié les faits. Bien que pris plusieurs fois en flagrant délit de mensonges – notamment sur son emploi du temps le soir du 22 août 1995 -, Sacha Rhoul, dont le père Alexandre fut un temps l’un des gardes du corps de Johnny Halliday, avait été relâché. C’est en 2002 qu’il a finalement été mis en examen et qu’un mandat d’arrêt a été lancé contre lui par les autorités françaises. Depuis, Sacha Rhoul, né en France il y a 34 ans, a été condamné par contumace et vit en toute impunité à Marrakech. Il refuse de se présenter à la justice française arguant d’une nationalité marocaine acquise en avril 2006, juste avant la tenue de son procès à Evry.

En 2003, la justice marocaine s’est saisie de l’affaire. Sacha Rhoul a été auditionné puis mis en examen par un juge de Marrakech, mais laissé en liberté. Selon Me Garbarini, l’homme dispose de protections haut placées, tant en France qu’au Maroc. Il vit dans un palais de Marrakech, le palais Rhoul, propriété de sa famille. Prétextant qu’elles n’extradent pas ses ressortissants, les autorités du royaume chérifien n’inquiètent guère ce sujet aux belles fréquentations et aux affaires prospères.

Yves Bordenave
LE MONDE | 16.11.09 | 14h20  •  Mis à jour le 16.11.09 | 14h20

  1. BELLAKHDIM dit:

    Éditions régionales BordeauxLilleLyonMarseilleOrléansRennesStrasbourgToulouse Société 03/01/2009 à 06h51
    Contraint à la paternité malgré les tests ADN
    Famille . Le Maroc condamne un Français à payer une pension alimentaire pour une fille qui n’est pas la sienne.

    4 réactions
    Par CHARLOTTE ROTMAN

    C’est un père malgré lui. L’ADN le prouve : Mohammed Bellakhdim n’est pas le géniteur de la fille dont a accouché son ex-femme, en 1996, sept mois et demi après le prononcé de leur divorce (dix mois après leur séparation). La justice française l’a déclaré officiellement. Mais au Maroc, pays d’origine du couple, les juges refusent cet état de fait et ont imposé à l’ex-époux le versement d’une pension alimentaire. Ils le condamnent à être père.

    Mohammed Bellakhdim est français. Toute sa famille vit au Maroc, son père et ses huit frères et sœurs. Lui est venu en 1989 à Montbéliard (Doubs), pour un BTS. Il y a travaillé dans un bureau d’études de dessin industriel, et est aujourd’hui en mission pour Alstom au Creusot (Saône-et-Loire). Sa vie est ici. Il voudrait que les juges français soient les siens. Eux seuls.

    Noce. En 1995, il rencontre une femme de son âge, elle aussi d’origine marocaine. Elle est salariée à Mulhouse (Haut-Rhin). Six mois plus tard, ils se marient. Ils célèbrent la noce avec leurs familles au Maroc. De retour en France, leur union faite «de navettes entre Mulhouse et Montbéliard» ne dure pas. Trois mois après, Mohammed Bellakhdim quitte le domicile conjugal. Si vite ? «Elle commettait l’adultère, je ne suis pas d’une nature à accepter cela», argue-t-il. Il démissionne, repart au Maroc. «Là, elle m’a rejoint, on a essayé de recoller les morceaux.» Sans amertume ni tendresse, il conclut : «C’était impossible. On n’était pas faits l’un pour l’autre.» Ils se quittent définitivement. Lui engage une procédure de divorce, qui aboutit le 2 février 1996. «Un soulagement» pour lui. «Je ne l’ai plus jamais vue. Je ne suis même pas sûr de la reconnaître dans la rue, si je la croisais.»

    Retour en France, Mohammed reprend son travail et sa vie. En 1997, il reçoit une convocation au tribunal pour fixer le montant d’une pension alimentaire. Il apprend ainsi qu’il serait le père d’une fille née en septembre 1996 et qui porte son nom. Sûr de lui, il conteste cette paternité. Le tribunal de grande instance de Mulhouse estime qu’«aucun élément n’est produit de nature à démontrer que l’enfant est reconnu comme l’enfant de Mohammed Bellakhdim dans la société, par sa famille ou par l’autorité publique» et ordonne une vérification ADN. Les tests révèlent «deux systèmes génétiques différents». Le 10 juillet 2000, les juges mulhousiens déclarent que «Mohammed Bellakhdim n’est pas le père de l’enfant». Qui doit prendre le nom de sa mère, cela sera consigné en marge de son acte de naissance. L’ex-mari n’est tenu à aucune obligation juridique à son égard. Chaque année près de 2 000 procédures de ce genre sont engagées.

    Allaitement. La justice marocaine, saisie par l’ancienne épouse, lui donne raison. En mars 2002, le tribunal de première instance d’El Jadida estime que le jugement français «s’est basé sur les analyses du sang pour nier que la fille soit l’enfant du défendeur mais que ceci est contraire à la loi marocaine et à la tradition musulmane». Il stipule que «le droit de descendance est un droit divin à ne pas dispenser ou nier», et prend en compte que «la fille est née dans le délai légal de grossesse qui est une année après le divorce […] d’où il convient de considérer que la fille est la sienne». Reconnu père, Mohammed Bellakhdim doit payer la pension alimentaire (400 dirhams par mois, 35,5 euros), les frais de garde (100 dirhams, 8,8 euros), et d’allaitement (50 dirhams, 4,4 euros), les frais des fêtes religieuses (1 000 dirhams, 88 euros), et ce à partir de septembre 1996. Il devra aussi payer 1 000 dirhams comme «frais de procréation». Enfin, «le père est tenu d’inscrire sa fille aux registres de l’état civil».

    Malgré de nombreux recours, les juges marocains (jusqu’à la Cour suprême, en octobre) ont confirmé ce jugement, estimant la décision française «contraire à l’ordre public marocain». Mohammed Bellakhdim, qui n’a jamais payé, se retrouve en infraction au Maroc. La situation semble bloquée, malgré de nombreux courriers de députés, de gauche et de droite, et des réponses polies des cabinets de Rachida Dati et Bernard Kouchner.

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