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Saga hors la loi : Louis Mandrin, bête noire de Louis XV

bad boy / dimanche 11 octobre par Louis Cabanes

Chaque semaine pendant un mois, Bakchich revient sur ces « hors la loi » qui ont marqué l’histoire.

A partir du livre de Laurent Maréchaux, Hors la loi, paru aux éditions Arthaud, le 7 octobre

De Louis Mandrin (1725-1755), l’Histoire a conservé une complainte à la gloire du contrebandier : « La première volerie/Que je fis dans ma vie/C’est d’avoir goupillé/La bourse d’un…Vous m’entendez ?/C’est d’avoir goupillé/La bourse d’un curé ».

Le félon Mandrin préférait aux messes dominicales l’or de ses curés. Il en a d’ailleurs payé cher le prix puisque il a fini condamné le 24 mai 1755 « à avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs sur l’échafaud et mis ensuite sur une route la face tournée vers le ciel pour y finir ses jours. »Même pas de quoi l’entendre pousser quelques cris, au printemps de l’âge, à 29 ans et deux mois.

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Le Capitaine Mandrin, de Jules de Grandpré, illustration d’H. Riballier, 1885

Mandrin, symbole de la lutte contre le système fiscal féodal

Fils de maquignon, le petit Louis a très vite été confronté aux injustices du roi Louis XV. Plus particulièrement aux fermes générales, ces délégations de pouvoir chargées de percevoir les impôts locaux, honnies de la population. Le parcours du futur contrebandier ne s’est construit que contre l’iniquité de ces taxes dont il n’a cessé d’en combattre les principes.

Suite à la pendaison de son frère pour faux monnayage en 1753, il franchit le pas de l’illégalité en organisant ses premières contrebandes de tabac avec les cantons suisses et des Etats de Savoie. Très vite, il se construit une réputation de dur à cuire en prenant la tête d’une bande de 300 larrons prêts à s’engraisser au détour de la loi.

Armés jusqu’aux dents, le flibustier et ses forbans ne choisissent pour cible que les plus impopulaires fermiers généraux. Six campagnes sont organisées durant l’année 1754. « Avec Mandrin, on accepte, on ne discute pas et si on paie on a la vie sauve. Pour étoffer ses troupes, il se met à libérer les prisonniers des villes qu’il traverse », rappelle l’ouvrage en leur disant, « C’est bien vous nos camarades, c’est bien vous qui méritez de manger encore du pain, et non pas ces assassins de commis et d’employés ».

A cela s’ajoute un redoutable trafic de marchandises de peaux, tissus, épices, qu’il vend allègrement à prix réduits dans le dos de l’administration du roi. Le petit peuple se réjouit d’un commerce qui s’affranchit des taxes sur ses produits. De quoi rendre tout rouge les commis de Louis XV qui voit dans le fripon Landrin la ruine d’un système qui leur profitait en premier lieu.

Pressés de lui faire la peau, la ferme générale demande le concours des soldats du roi pour son arrestation.« Dans la nuit du 10 au 11 mai 1755, Mandrin se fait capturer dans son sommeil de la ferme fortifiée de Rochefort-en-Novalaise. Il est emmené à Valence où l’attend le juge Fredet. Les habitants défilent jour et nuits devant sa cellule », rapporte le livre. Le procès se fait en vitesse accélérée et son exécution dans la foulée.

Le « renard » Mandrin, comme on le surnommait, reste encore aujourd’hui un symbole d’une fascination pour les bandits des grands chemins qui ont poussé l’existence à un degré envieux de radicalité qu’on terre en soi d’une petite honte.

Affaires Mamodtaky: neuf ans de rebondissements

EN DIRECT

Le procès d’assises de février s’était achevé dans la confusion: les quatre accusés avaient été remis en liberté. (Photo David Chane)

18/09/09 – Aurélien LALANNE

CHRONOLOGIE

Entre l’île de La Réunion et Madagascar, l’affaire Mamodtaky, ou plutôt, les affaires Mamodtaky, ont secoué l’univers judiciaire. Retour aux faits.

18 septembre 2009 Après plus de trois mois de cavale, l’un des hommes les plus médiatisés de La Réunion est présenté au parquet du tribunal de première instance d’Antananarive.

15 septembre 2009 Mamod Abasse Mamodtaky est interpellé et placé en garde à vue dans la capitale malgache Antananarive au motif d’entrée illégale sur le territoire.

Août 2009 Libre, Mamodtaky est recherché par la police pour le vol d’une quinzaine de containers de matériel électronique dérobés en 2001 à Tamatave. L’armateur CMA-CGM avait porté plainte. Le juge d’instruction Jean-Pierre Niel est chargé du dossier. Selon plusieurs sources concordantes, Mamodtaky se trouverait à Madagascar depuis sa libération en juin.

24 juin 2009 L’arrêt de la cour de cassation est officiel : la cour d’assises de La Réunion a excédé ses pouvoirs. Les quatre accusés n’auraient jamais dû être remis en liberté.

10 juin 2009 La cour de cassation censure l’annulation du procès de Mamodtaky. Ce dernier sera jugé à Paris en 2010.

26 février 2009 Le parquet général et les parties civiles déposent deux recours contre la décision de la cour d’assises. L’enquête préliminaire va rester au point mort jusqu’à la décision de la cour de cassation.

24 février 2009 Le procès est terminé. Le président de la cour d’assises Jean-Pierre Szsyz confirme le moyen de nullité avancé la veille par la défense. Un policier, le lieutenant Demmer, a mené son enquête sans dresser de procès verbal, contrairement à ce qu’indique la loi. Quelques heures plus tard, les quatre accusés sont libres.

16 février 2009 Le procès fleuve de l’Affaire Mamodtaky s’ouvre enfin à la cour d’assises de La Réunion et devrait durer jusqu’au 27 février. Neuf ans après les faits. Plus d’une centaine de personnes (accusés, partie civile, jurés, magistrats, avocats, experts, témoins, greffier, huissier) sont directement concernés par l’audience.

Décembre 2007 Le parquet de Saint-Denis rend son réquisitoire définitif au magistrat instructeur, ouvrant la voie à la clôture de l’instruction. Le procès d’assises devrait se tenir en 2008.

Mars 2007 Arrestation à Saint-Denis de Jean-François Crozet, qui avoue avoir participé à la tuerie avec Mamodtaky et Babar Aly. Son patron, Ryaj Damdjee, gérant d’une station-service dionysienne et beau-frère de Mamodtaky, est lui aussi mis en examen pour complicité.

Août 2006 La soeur de Mamodtaky et son ex-mari Riched Asgaraly sont extradés de Madagascar et mis en examen à La Réunion pour complicité d’assassinat.

Juillet 2005 Après une longue cavale dans l’océan Indien et en Afrique, Mamodtaky est interpellé à Madagascar, puis extradé vers la France. Il a toujours nié être l’auteur ou le commanditaire de la tuerie de Fenoarivo.

Novembre 2004 Babar Aly est retrouvé et interpellé par la police française en région parisienne. Une découverte d’autant plus étonnante que, d’après un acte de décès signé par un médecin militaire malgache, il est officiellement mort en prison depuis fin 2001.

Octobre 2003 Anita Remtoula dépose une plainte auprès de la justice française. Une information judiciaire est ouverte pour assassinats et tentatives d’assassinats.

Septembre 2002 La justice malgache prononce un non-lieu et referme le dossier.

Juillet 2001 Babar Aly s’accuse de la tuerie et innocente Mamod Abasse Mamodtaky, époux d’Anita Remtoula et principal suspect dans cette affaire.

22 avril 2001 Massacre de Fenoarivo, à Madagascar, au cours de laquelle cinq membres de la famille d’Anita Remtoula, Karanes de nationalité française, sont tués par balles. Cinq autres sont grièvement blessés.

Le procès d'assises de février s'était achevé dans la confusion: les quatre accusés avaient été remis en liberté. (Photo David Chane)

Meurtres de Montigny-lès-Metz : la justice ordonne de nouvelles auditions

LEMONDE.FR avec Reuters | 16.09.09 | 08h50  •  Mis à jour le 16.09.09 | 08h50

a justice a ordonné, mardi 15 septembre, un nouveau supplément d’information dans l’enquête sur le double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle), en 1986, pour lequel Patrick Dils a été condamné puis innocenté avant que Francis Heaulme en soit à son tour soupçonné. Alexandre Beckrich et Cyril Beining, deux garçons âgés de 8 ans, avaient été tués à coups de pierres le 28 septembre 1986 sur le talus d’une voie ferrée à Montigny-lès-Metz, près de Metz.

Francis Heaulme, lors de la reconstitution le 3 octobre 2006 du double meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, les deux enfants retrouvés morts à Montigny-lès-Metz en septembre 1986.

AFP/JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Reconstitution le 3 octobre 2006 du double meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, les deux enfants retrouvés morts à Montigny-lès-Metz en septembre 1986.

Deux juges d’instruction ont été nommés sur requête de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Metz avec pour mission de procéder à de nouvelle auditions, dont celle de Henri Leclaire, un homme qui avait avoué le crime au début de l’affaire avant de se rétracter, a déclaré à Reuters Me Liliane Glock, l’avocate de Francis Heaulme. Il sera confronté à Francis Heaulme avec le statut de témoin assisté.

Patrick Dils, âgé de 16 ans à l’époque, avait à son tour avoué devant la police puis devant un juge, avant de se rétracter. Condamné à perpétuité en 1989, il a bénéficié d’une révision de son procès et a été acquitté en appel en 2002, après avoir purgé quinze ans de prison. L’acquittement de Patrick Dils étant très largement motivé par la présence avérée de Francis Heaulme à proximité des lieux du crime, le tueur en série, déjà condamné à sept reprises pour des meurtres, a été mis en examen le 9 juin 2006 dans le cadre d’une nouvelle instruction.

Il a bénéficié un an et demi plus tard d’une ordonnance de non-lieu dont le parquet a fait appel, demandant et obtenant le 26 juin 2008 un supplément d’information. Les deux nouveaux magistrats instructeurs devront également entendre des codétenus de Francis Heaulme, qui auraient reçu ses confidences sur le double meurtre.

Les confessions rédemptrices d’un meurtrier légalement protégé


le vendredi 11 septembre 2009 à 04:00

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C’est a priori un profond remords traîné tel un boulet trente-quatre ans durant. Un homicide sur la conscience d’un quinquagénaire soucieux, aujourd’hui, d’obtenir sa rédemption, à l’abri de toute poursuite judiciaire pour un crime commis en 1975. Louis M., 53 ans révolus, domicilié dans la région de Saint-Etienne (Loire), a clairement revendiqué sa participation à un meurtre commis à Annemasse (Haute-Savoie) selon une information révélée par Le Progrès, le quotidien lyonnais. Le crime assumé est en outre couvert par la prescription criminelle, théoriquement de dix ans. La justice n’a donc plus aucun moyen aujourd’hui de rouvrir une enquête et de traduire devant une cour d’assises le ou les auteurs de cet homicide reconnu commis sur une épicière, sexagénaire à l’époque des faits, abattue chez elle. Contacté, le parquet de Saint-Etienne n’a pas souhaité s’exprimer.

A l’origine des confessions singulières de Louis M., une volonté de contrition adossée à une soudaine et récente spiritualité. Rongé par le remords et des convictions religieuses récentes, celui qui se présente sans barguigner comme ayant donné son concours à un meurtre s’était rendu, en avril 2009, au commissariat central de Saint-Etienne afin d’y révéler son forfait commis aux dépens de Marie-Angèle Contat, épicière, 67 ans, le 14 mai 1975, à son domicile. En quête d’une authentique rédemption, le présumé meurtrier, qui aux termes du Code pénal ne sera jamais jugé, franchit les portes du commissariat, sa foi et ses révélations explosives en bandoulière. En gage de sincérité, l’homme, qui désire s’amender coûte que coûte, met également en cause son cousin, d’un an son aîné, qu’il dépeint comme celui ayant porté des coups mortels à la victime. Des déclarations que l’individu dénoncé nie aujourd’hui avec la dernière énergie.

Sollicité par France-Soir, Eric Simon, le chef de l’antenne de la police judiciaire (PJ) à Saint-Etienne, confirme l’étonnante confession de Louis M., qu’il a auditionné au printemps dernier après s’être véritablement immergé dans un dossier aux cotes foisonnantes et resté mystérieux plus de vingt ans. « Il est venu nous voir à deux reprises », commence sobrement le patron de la PJ stéphanoise. La première fois ? En mars 1996. Louis M. est entendu par la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du département de la Loire. « Ses déclarations ont été comparées aux faits de mai 1975. » Le parquet de Saint-Etienne décide de renvoyer l’encombrant dossier à celui de Thonon-les-Bains, puisque le crime s’est déroulé dans son ressort tandis que le cousin – Louis M. persiste à en faire l’auteur principal du crime –, appartenant à la communauté des gens du voyage, y est domicilié.

Les magistrats de Thonon ne mettent pas longtemps avant de se rendre à l’évidence : les faits sont bel et bien prescrits. Autrement dit, pas moyen de poursuivre Louis M. et son cousin pour un crime dont l’enquête a été refermée, en 1986, faute d’éléments nouveaux… Le commandant Simon est formel : ses collègues de l’époque ont exploré toutes les pistes possibles sans en négliger aucune. « J’ai consulté dans le détail toutes les pièces avec les moyens de l’époque. N’oubliez pas qu’en 1975 les relevés d’identité judiciaire n’étaient pas aussi perfectionnés qu’aujourd’hui. En tout cas, toutes les hypothèses ont été soigneusement soupesées, insiste le policier. La famille de la victime, ses voisins, tout son environnement professionnel : rien n’a été laissé au hasard. Nos collègues ont même fait des recherches poussées jusque dans les milieux marginaux d’Annemasse, sans rien trouver. Finalement, la thèse retenue fut celle du crime crapuleux d’un rôdeur… » Entre-temps, en mars 1996, Louis M. finit par passer à confesse en ayant sans doute à l’esprit qu’il est protégé des rigueurs de la loi par le jeu de la prescription.

Deuil

Rebelote en avril 2009. Le pauvre hère veut, dit-il, la main sur le cœur, de nouveau se purger d’un passé qui, décidément, ne passe pas. Cette fois, les policiers sont au parfum et ont d’autres chats à fouetter. Et font volontairement l’impasse sur l’audition d’usage. Le récit est connu. La prescription garantie. Rien ne sert, selon eux, de remuer le couteau dans la plaie. « Je ne l’ai pas réentendu, ça ne servait à rien, puisque je connaissais tout de l’histoire », confirme le commandant Simon, qui a acquis la certitude de bien avoir affaire au(x) véritable(s) meurtrier(s) de Marie-Angèle Contat. La lecture détaillée de l’ensemble des pièces du dossier et les constatations matérielles ont achevé de convaincre le patron de l’antenne de la PJ stéphanoise. « J’estime qu’il y a des choses qu’il n’a pas pu inventer tout seul, qui reposent sur des éléments factuels indiscutables. Son récit est d’autant plus crédible qu’il a fait état avec précision d’éléments jamais évoqués à l’époque par la presse. » C’est ainsi que le policier a pu procéder, mardi 8 septembre, à l’audition du cousin désigné par Louis M. comme complice et auteur des coups fatals portés à l’épicière sexagénaire. « Cet homme nie totalement les faits rapportés malgré la prescription qui lui est favorable. De toute façon, il s’agissait d’une audition sur déplacement volontaire. Nous n’avions aucun moyen de coercition à son encontre. C’est déjà bien qu’il ait accepté de se rendre à notre convocation. Dommage que nous n’ayons pas eu les mêmes moyens techniques et scientifiques lorsque le crime a été commis », soupire, philosophe, Eric Simon.

Les parquets de Saint-Etienne et de Thonon-les-Bains ont toutefois ordonné une enquête préliminaire afin d’« apporter une réponse à la famille de la victime, dont certains membres en étaient à l’époque venus à se suspecter, explique une source proche de l’enquête. La famille, qui s’était entre-déchirée à l’époque, devrait aujourd’hui pouvoir faire son deuil une bonne fois pour toutes. »

Edition France Soir du vendredi 11 septembre 2009 page 12


Les déserteurs autrichiens des armées d'Hitler toujours en quête de justice

De Gabrielle GRENZ (AFP) – 

VIENNE — Au 70e anniversaire de l’invasion de la Pologne par les troupes d’Adolf Hitler, les déserteurs autrichiens de la Wehrmacht nazie sont encore trop souvent considérés comme traîtres et lâches dans leur propre pays, comme le dénonce une exposition ouverte mardi soir à Vienne.

Intitulée « La Justice de l’époque … militaires et civils devant les tribunaux de la Wehrmacht », l’exposition allemande initiale a été adaptée avec des exemples autrichiens de déserteurs et de juges qui n’ont pas connu exactement le même sort après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les tribunaux nazis ont condamné quelque 15.000 déserteurs à mort, dont entre 1.200 et 1.400 Autrichiens, sans compter les peines capitales prononcées pour avoir tout simplement dénigré l’autorité de la Wehrmacht.

« Nous demandons l’annulation des verdicts des tribunaux militaires nazis, le règlement rapide des demandes de prise en charge des victimes de ce régime et un témoignage officiel du respect pour les déserteurs par le biais d’un mémorial », a insisté Thomas Geldmacher, responsable autrichien de l’exposition à l’entrée gratuite.

« Les déserteurs sont au coeur du mensonge autrichien après 1945 car si l’Autriche avait effectivement été, comme on l’a dit officiellement, la première victime de l’Allemagne d’Hitler alors la Wehrmacht aurait été une armée d’occupation et la désertion un acte d’obligation civile », a-t-il souligné devant la presse.

Mais, il en a été tout autrement comme le raconte l’un de ces déserteurs, Richard Wadani, né en 1922 à Prague et qui s’est échappé à plusieurs reprises de ses détachements nazis, en Ukraine notamment, avant de fuir en France pour rejoindre les alliés britanniques.

« En revenant en Autriche après la fin de la guerre, j’avais gardé ma veste de l’armée anglaise en me rendant à l’agence pour l’emploi où on m’a refoulé en me lançant +qu’est-ce qui vous a pris de servir dans les rangs d’une armée étrangère?+ », a-t-il rappelé.

Des courriers anonymes, comme cette carte signée « tes voisins » le traitant de lâche et accompagnée d’une série d’injures corsées qu’il a reçue en 1988, sont également montrés dans l’exposition installée dans les sous-sols d’un ancien théâtre juif, fermé après l’annexion (Anschluss) de l’Autriche en 1938, le Nestroyhof.

En 1944, le juge autrichien Leopold Breitler, chrétien-démocrate, est appelé à l’âge de 50 ans à siéger au Tribunal militaire nazi de Vienne. Il préside la cour qui condamne à mort 20 soldats qui s’étaient mutilés mutuellement pour échapper à la guerre. Les 20 jeunes gens sont tous exécutés sur le terrain de tir de Kagran, au nord de Vienne, aujourd’hui aménagé en parc mais sans la moindre stèle ou plaque rappelant ces évènements.

« Il n’était pas membre du parti d’Hitler mais il a contribué à radicaliser la justice militaire de l’époque », a souligné Thomas Geldmacher.

Après la guerre, le juge Breitler, soupçonné de participation à des crimes contre l’humanité, écope d’un mois de détention préventive en 1946, mais il est relâché. La même année, il ouvre un cabinet d’avocat qu’il dirige jusqu’à sa retraite en 1963.

Helga Emperger, née Peskoller, se souvient, dans une vidéo diffusée dans le cadre de l’exposition, du jour de son arrestation avec sa mère par la Gestapo le 11 novembre 1944 à Villach, en Carinthie (sud de l’Autriche), parce qu’elles hébergeaient des résistants. Elle avait 16 ans et fut emprisonnée jusqu’en avril 1945. Sa mère Maria fut exécutée le 23 décembre 1944.

D’autres photos témoignent de défilés d’associations d’anciens camarades de la Wehrmacht qui se réunissent encore régulièrement en Autriche, fiers de porter leurs uniformes et médailles nazies.

« Il y a bien eu l’adoption d’une loi dite de reconnaissance en 2005 en Autriche pour les victimes du régime nazi mais pas un mot sur les déserteurs », a regretté Richard Wadani rappelant qu’en Allemagne pourtant ce pas a déjà été franchi.

Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés.

L'affaire Nelly Haderer réouverte

Le parquet de Nancy mène une nouvelle instruction judiciaire contre X afin de procéder à des analyses ADN, impossibles à l’époque des faits.


Photo Archives
NANCY.- On pensait que l’épilogue du feuilleton judiciaire qui avait duré vingt ans s’était joué à la cour d’assises de Moselle en octobre 2008 quand les jurés ont prononcé l’acquittement de Jacques Maire. Accusé du meurtre d’Odile Busset en 1983 et de Nelly Haderer en janvier 1987, Jacques Maire a toujours clamé son innocence depuis sa mise en examen en 1997 et tout au long des trois procès d’assises en 2004 à Nancy et en 2006 à Épinal. L’absence de preuves matérielles et la fragilité des témoignages avaient fini par semer le doute. Et le doute avait profité à l’accusé.

Rebondissement


L’affaire Jacques Maire pourrait connaître un nouveau rebondissement. Ou bien être définitivement close. Le parquet de Nancy a en effet ouvert fin juillet une information judiciaire contre X afin de procéder à de nouvelles analyses sur une série de pièces à conviction, notamment des vêtements et des effets personnels ayant appartenu à Nelly Haderer. La nouvelle instruction fait suite à la demande formulée fin avril par la famille de la victime.
« C’est le dernier espoir pour les proches de Nelly Haderer de connaître la vérité », explique Me André Pierre-Babel. « Tous ces objets retrouvés près de la victime ont déjà été expertisés. Mais ces expertises ne pouvaient être probantes car les traces d’ADN n’étaient pas conséquentes. Or, avec les dernières évolutions des techniques scientifiques, il est désormais possible d’analyser des microphases d’ADN ».

Un couteau


Le meurtre de Nelly Haderer s’était soldé une première fois par un non-lieu en 1994 avant d’être rouvert en 1997 sur la base de nouveaux témoignages accablant Jacques Maire après la diffusion de l’émission de télévision « Témoin n°1 ».
Le corps de Nelly Haderer avait été découvert dans une décharge à Rosières-aux-Salines le 31 janvier 1987, dénudée et affreusement mutilée. Cette jeune mère de famille de 22 ans, ans avait reçu deux balles. Et son meurtrier s’était acharné sur son cadavre. Un couteau avait été découvert à proximité. L’avocat spinalien fonde beaucoup d’espoir sur cet objet : « Le couteau portait des traces de sang de la victime et celles d’un inconnu ».
L’affaire Gregory avait également été rouverte pour les mêmes raisons fin décembre 2008. Les résultats de cette expertise sur une cordelette et des timbres sont, eux, attendus début septembre.

Saïd LABIDI

Le gang "La Brise de mer" se meurt

lexpress.fr

TOUS LES JOURS, TOUTE L’INFO

Un policier  se tient près de dossiers avant l'ouverture du procès le 21 mai 2007 devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône de six hommes soupçonnés d'appartenir au grand banditisme corse.

AFP/MICHEL GANGNE

Un policier se tient près de dossiers avant l’ouverture du procès le 21 mai 2007 devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône de six hommes soupçonnés d’appartenir au grand banditisme corse.

Corse

Par Eric Pelletier, publié le 20/08/2009 10:46 – mis à jour le 20/08/2009 18:04

Depuis plusieurs mois, les figures historiques de la Brise de mer, équipe légendaire du banditisme insulaire, tombent les unes après les autres. Des règlements de comptes internes? C’est en tout cas la fin d’une époque…

C’est une règle immuable, une loi d’airain, que l’on navigue sur l’océan ou dans le milieu: les vents les plus tempétueux finissent par tourner. La Brise de mer, légendaire équipe de malfaiteurs bastiais, connaît ces derniers mois des convulsions dont elle aura du mal à se relever. La Brise agonise, soldant dans le sang les comptes des Trente Glorieuses du banditisme insulaire.

Francis Mariani, soupçonné de complicité dans le meurtre du jeune nationaliste corse Nicolas Montigny, à l'ouverture de son procès le 25 février 2008 à Aix.AFP/Michel Gangne

Francis Mariani, soupçonné de complicité dans le meurtre du jeune nationaliste corse Nicolas Montigny, à l’ouverture de son procès le 25 février 2008 à Aix.

Francis, en tout cas, avait des ennemis déterminés. Le 6 février dernier, la police judiciaire intercepte la Porsche du défunt, tout juste débarquée d’un ferry à Marseille. L’inspection minutieuse de la voiture, en partance pour le Luxembourg, révèle la présence de minuscules éclats de verre. La preuve, selon les experts, que le bolide a essuyé des tirs…

En l’espace d’un an, d’autres figures historiques de la Brise sont tombées, comme Daniel Vittini, attiré dans une clairière, près de Venaco, le 3 juillet 2008, ou Pierre-Marie Santucci, abattu par une seule balle de sniper, le 10 février dernier sur un parking, à Vescovato. Petits meurtres entre amis? Bien qu’endeuillée par le passé, l’équipe avait toujours surmonté ses divisions internes. Mais, depuis quelques années, la haine s’était invitée parmi les associés. L’inimité entre Francis Mariani et Richard Casanova, dit Charles, lui aussi considéré par les policiers comme l’un des pontes de l’équipe, était de notoriété publique.

Le 23 avril 2008, Richard Casanova sort d’une concession automobile de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud) lorsqu’il est fauché par une rafale de fusil-mitrailleur, presque à bout portant. Deux ans avant son assassinat, en mars 2006, il avait été arrêté -certains policiers évoquent une reddition négociée- après une longue cavale de quinze années. Un éloignement relatif: Casanova, qui votait aux élections, a déclaré la naissance de ses deux enfants en mairie.

Un « groupe de travail permanent » sur la Corse

Ni la justice, ni la police, ni le fisc n’ont réussi à stopper l’ascension de l’équipe de la Brise de mer dans les années 1980 et 1990. L’argent des braquages a, de l’aveu même des enquêteurs, pu être réinvesti dans l’économie locale et donc blanchi. Pour détecter suffisamment tôt les investissements de type mafieux, la direction centrale de la police judiciaire a créé en janvier dernier un « groupe de travail permanent » sur la Corse.
Composé de spécialistes de la lutte contre le banditisme et des procédures financières, en lien avec la PJ d’Ajaccio et les magistrats de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, il se réunit environ une fois par mois. Le groupe est, par exemple, à l’origine de l’interpellation de Jacques Mariani, 43 ans, le fils de Francis Mariani. L’homme, déjà incarcéré pour meurtre, aurait commandité des extorsions de fonds à l’encontre d’au moins 3 boîtes de nuit aixoises depuis sa cellule de la centrale de Saint-Maur, dans l’Indre.

La Brise incarne un intermède entre la féodalité d’antan et l’individualisme forcené de demain

Ce collectionneur de montres évoluait à la croisée des chemins, celui des affaires et celui du renseignement. L’un de ses proches témoigne même de ses interventions pour faciliter les investissements français au Gabon, où il était apparemment en cour. Détenu modèle, objet de toutes les attentions de l’administration, Casanova n’était décidément pas un prisonnier comme un autre: il voulait hâter l’ouverture de son procès. Persuadé d’être acquitté comme l’avaient été avant lui les autres suspects du casse de l’Union de banques suisses, commis à Genève à l’aube du 25 mars 1990 (18,9 millions d’euros de préjudice). Le principal accusateur refusait de témoigner.

Remis en liberté dans l’attente d’un hypothétique renvoi devant une cour d’assises, Richard Casanova investissait dans un projet de construction de villas, près de Porto-Vecchio selon des témoignages concordants. Avec cette piste, les enquêteurs pensent tenir la clef de l’assassinat.

Si la thèse d’un conflit interne à la Brise se confirme, elle sonne le glas d’une confrérie qui avait toujours réussi à surmonter ses divisions. L’union fut même la clef de sa réussite. Hier dominaient les clans pyramidaux, à l’image des Guérini. Pour demain se profilent les bandes d’Ajaccio ou de Venzolasca. La Brise incarne un intermède entre la féodalité d’antan et l’individualisme forcené de demain. Une sorte de fédération du braquage où chaque voix comptait.

Le vent se lève avec l’assassinat du parrain de Haute-Corse, Louis Memmi, le 10 septembre 1981: « 20 personnes seront ainsi assassinées jusqu’en septembre 1983, parfois pour des motifs liés à la prise de contrôle des établissements de nuit », relève une synthèse de la police judiciaire consacrée à la criminalité organisée en Corse dont L’Express a eu connaissance.

Au début des années 80, le gang avait l'habitude de se retrouver sur le Vieux-PortPhotononstop/Tristan Deschamps

Au début des années 80, le gang avait l’habitude de se retrouver sur le Vieux-Port

« La Brise de mer va contribuer à la déstructuration morale de l’île »

Sur l’île, les hold-up succèdent aux hold-up: plus de 160 en 1985, surtout dans la région bastiaise, alors qu’ils se comptaient sur les doigts d’une main à la fin des années 1970. La généralisation d’agences bancaires peu sécurisées facilite la tâche des jeunes gangsters. Des hommes tellement soudés qu’ils font, dit-on, caisse commune. Ils agissent grimés, héritant du surnom de « postiches » avant que la célèbre bande parisienne de Belleville rafle cette « AOP » -appellation d’origine policière.

Par commodité, les flics désignent les Bastiais sous le nom de Brise de mer, le café du Vieux-Port où ces joueurs de poker ont leurs habitudes. Voilà l’oeil du cyclone qui déferle sur la Corse, sur la Côte-d’Azur et jusqu’à Neuilly (Hauts-de-Seine). « Pour fermer le bar, nous avons pris prétexte d’un incident qui n’avait rien à voir avec le banditisme, se souvient le commissaire Demetrius Dragacci, aujourd’hui à la retraite. Par dépit amoureux, un homme avait ouvert le feu dans l’établissement. La balle de 7,65 s’était logée dans le plafond. » Le mythe, et la crainte qu’il inspire, survit à ce coup du sort et aux suivants. Une première opération mains propres lancée le 17 octobre 1986 dans le milieu des bars et des boîtes de nuit se solde par de simples redressements fiscaux (l’ensemble des condamnations avoisine 13 millions de francs, soit environ près de 2 millions d’euros). Pas de quoi entamer sérieusement le trésor de la Brise.

Des policiers s'affairent auprès du corps de Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, qui a été tué par balle, le 10 février 2009 sur un parking de Vescovato près de Bastia.AFP/STEPHAN AGOSTINI

Des policiers s’affairent auprès du corps de Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, qui a été tué par balle, le 10 février 2009 sur un parking de Vescovato près de Bastia.

« Souvent soupçonnés, parfois dénoncés anonymement […], sachant que personne ne se hasardera à témoigner contre eux, ils bénéficient d’une quasi-invulnérabilité », regrette le procureur général de Bastia, Christian Raysseguier, dans un rapport de 40 pages adressé à sa hiérarchie le 25 février 1994. « L’émergence de la Brise de mer ne marque pas la seule apparition d’une génération de truands, si douée soit-elle. Elle met également en lumière un tournant historique qui fait basculer l’île dans une autre ère […]. La Brise de mer va ainsi, à sa façon, contribuer à la déstructuration morale de l’île », analysent les journalistes Jacques Follorou et Vincent Nouzille dans un livre remarquablement documenté, Les Parrains corses (1).

Aujourd’hui, les fils de la Brise ont repris le flambeau paternel, à l’image de Jacques Mariani. Ce dernier gère ses affaires de prison, bien que son éloignement de la Corse obère sa capacité d’action. Quant aux aînés, producteur d’huile d’olive, gérants de chantier naval ou cafetiers, ils s’inquiètent pour leurs vieux jours. En mai dernier, ils auraient tenu une réunion de crise dans le village de La Porta. Brise de mort? Elle n’a pas encore rendu son dernier souffle.

« Du grand banditisme à l’ancienne »

Gilles Leclair, coordonnateur des forces de sécurité en Corse, décrypte les évolutions de la criminalité dans l’île.

De nombreux règlements de comptes ont décimé les rangs de la Brise de mer ces derniers mois. Est-ce la fin de cette équipe?

La Brise de mer est très affaiblie. Elle était devenue pour la police une sorte de marque de fabrique, un label du banditisme en Haute-Corse. Il est certain que la mort accidentelle, en 2006, de « Jean-Jé » Colonna, qui avait la haute main sur le Sud, a aiguisé les appétits. Certains membres de la Brise sont passés du nord de l’île au sud, d’un camp à l’autre. Ce qui explique la flambée récente des règlements de comptes: 8 en 2008, 13 depuis le début de l’année. La mise en place d’une task force policière en Corse et la vague d’arrestations qui a suivi ont un peu calmé les ardeurs…

La police n’en est-elle pas réduite à compter les points?

Non. Nous avons réagi très fortement, avec la police judiciaire en particulier. Sous l’égide de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, nous avons créé des équipes mixtes avec la participation d’offices nationaux spécialisés dans la lutte contre la fraude financière. Ces méthodes ont porté leurs fruits et permis bon nombre d’arrestations. Quant aux personnes en fuite, je vous assure qu’elles sont activement recherchées.

Comment définir le banditisme corse?

On retrouve ici le dernier exemple de grand banditisme à l’ancienne. Un banditisme qui respecte les règles hiérarchiques, avec de vrais chefs, des « capo », comme on dirait en Italie, des règles d’honneur, des vengeances familiales. En Corse, la petite et moyenne criminalité demeure très faible: on déplore très peu de viols, d’attaques de vieillards, de vols. Le grand banditisme reste cantonné à des « valeurs sûres »: les jeux, avec des prolongements en Afrique, les stupéfiants, avec des liens jusqu’en Amérique du Sud, et, bien sûr, le contrôle d’établissements de nuit.

Comment se passent les relations entre le grand banditisme et les nationalistes?

Les intérêts sont parfois divergents. L' »action politique » de certains nationalistes, opposés à un développement économique anarchique de l’île, peut gêner les intérêts des grands voyous. On sent des tensions entre des membres de Corsica Libera, beaucoup moins impliqués dans l’affairisme que leurs aînés, et des truands locaux, prêts à investir dans des projets immobiliers dans l’île.
Jean-Marie Pontaut

(1) Les Parrains corses. De nouvelles révélations sur la mafia corse. Fayard, 618 p., 26 euros.

Corse

Le gang « La Brise de mer » se meurt

Par Eric Pelletier, publié le 20/08/2009 10:46 – mis à jour le 20/08/2009 18:04

Depuis plusieurs mois, les figures historiques de la Brise de mer, équipe légendaire du banditisme insulaire, tombent les unes après les autres. Des règlements de comptes internes? C’est en tout cas la fin d’une époque…

C’est une règle immuable, une loi d’airain, que l’on navigue sur l’océan ou dans le milieu: les vents les plus tempétueux finissent par tourner. La Brise de mer, légendaire équipe de malfaiteurs bastiais, connaît ces derniers mois des convulsions dont elle aura du mal à se relever. La Brise agonise, soldant dans le sang les comptes des Trente Glorieuses du banditisme insulaire.

Francis Mariani, soupçonné de complicité dans le meurtre du jeune nationaliste corse Nicolas Montigny, à l'ouverture de son procès le 25 février 2008 à Aix.

AFP/Michel Gangne

Francis Mariani, soupçonné de complicité dans le meurtre du jeune nationaliste corse Nicolas Montigny, à l’ouverture de son procès le 25 février 2008 à Aix.

Francis, en tout cas, avait des ennemis déterminés. Le 6 février dernier, la police judiciaire intercepte la Porsche du défunt, tout juste débarquée d’un ferry à Marseille. L’inspection minutieuse de la voiture, en partance pour le Luxembourg, révèle la présence de minuscules éclats de verre. La preuve, selon les experts, que le bolide a essuyé des tirs…

En l’espace d’un an, d’autres figures historiques de la Brise sont tombées, comme Daniel Vittini, attiré dans une clairière, près de Venaco, le 3 juillet 2008, ou Pierre-Marie Santucci, abattu par une seule balle de sniper, le 10 février dernier sur un parking, à Vescovato. Petits meurtres entre amis? Bien qu’endeuillée par le passé, l’équipe avait toujours surmonté ses divisions internes. Mais, depuis quelques années, la haine s’était invitée parmi les associés. L’inimité entre Francis Mariani et Richard Casanova, dit Charles, lui aussi considéré par les policiers comme l’un des pontes de l’équipe, était de notoriété publique.

Le 23 avril 2008, Richard Casanova sort d’une concession automobile de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud) lorsqu’il est fauché par une rafale de fusil-mitrailleur, presque à bout portant. Deux ans avant son assassinat, en mars 2006, il avait été arrêté -certains policiers évoquent une reddition négociée- après une longue cavale de quinze années. Un éloignement relatif: Casanova, qui votait aux élections, a déclaré la naissance de ses deux enfants en mairie.

Un « groupe de travail permanent » sur la Corse

Ni la justice, ni la police, ni le fisc n’ont réussi à stopper l’ascension de l’équipe de la Brise de mer dans les années 1980 et 1990. L’argent des braquages a, de l’aveu même des enquêteurs, pu être réinvesti dans l’économie locale et donc blanchi. Pour détecter suffisamment tôt les investissements de type mafieux, la direction centrale de la police judiciaire a créé en janvier dernier un « groupe de travail permanent » sur la Corse.
Composé de spécialistes de la lutte contre le banditisme et des procédures financières, en lien avec la PJ d’Ajaccio et les magistrats de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, il se réunit environ une fois par mois. Le groupe est, par exemple, à l’origine de l’interpellation de Jacques Mariani, 43 ans, le fils de Francis Mariani. L’homme, déjà incarcéré pour meurtre, aurait commandité des extorsions de fonds à l’encontre d’au moins 3 boîtes de nuit aixoises depuis sa cellule de la centrale de Saint-Maur, dans l’Indre.

La Brise incarne un intermède entre la féodalité d’antan et l’individualisme forcené de demain

Ce collectionneur de montres évoluait à la croisée des chemins, celui des affaires et celui du renseignement. L’un de ses proches témoigne même de ses interventions pour faciliter les investissements français au Gabon, où il était apparemment en cour. Détenu modèle, objet de toutes les attentions de l’administration, Casanova n’était décidément pas un prisonnier comme un autre: il voulait hâter l’ouverture de son procès. Persuadé d’être acquitté comme l’avaient été avant lui les autres suspects du casse de l’Union de banques suisses, commis à Genève à l’aube du 25 mars 1990 (18,9 millions d’euros de préjudice). Le principal accusateur refusait de témoigner.

Remis en liberté dans l’attente d’un hypothétique renvoi devant une cour d’assises, Richard Casanova investissait dans un projet de construction de villas, près de Porto-Vecchio selon des témoignages concordants. Avec cette piste, les enquêteurs pensent tenir la clef de l’assassinat.

Si la thèse d’un conflit interne à la Brise se confirme, elle sonne le glas d’une confrérie qui avait toujours réussi à surmonter ses divisions. L’union fut même la clef de sa réussite. Hier dominaient les clans pyramidaux, à l’image des Guérini. Pour demain se profilent les bandes d’Ajaccio ou de Venzolasca. La Brise incarne un intermède entre la féodalité d’antan et l’individualisme forcené de demain. Une sorte de fédération du braquage où chaque voix comptait.

Le vent se lève avec l’assassinat du parrain de Haute-Corse, Louis Memmi, le 10 septembre 1981: « 20 personnes seront ainsi assassinées jusqu’en septembre 1983, parfois pour des motifs liés à la prise de contrôle des établissements de nuit », relève une synthèse de la police judiciaire consacrée à la criminalité organisée en Corse dont L’Express a eu connaissance.

Au début des années 80, le gang avait l'habitude de se retrouver sur le Vieux-Port

Photononstop/Tristan Deschamps

Au début des années 80, le gang avait l’habitude de se retrouver sur le Vieux-Port

« La Brise de mer va contribuer à la déstructuration morale de l’île »

Sur l’île, les hold-up succèdent aux hold-up: plus de 160 en 1985, surtout dans la région bastiaise, alors qu’ils se comptaient sur les doigts d’une main à la fin des années 1970. La généralisation d’agences bancaires peu sécurisées facilite la tâche des jeunes gangsters. Des hommes tellement soudés qu’ils font, dit-on, caisse commune. Ils agissent grimés, héritant du surnom de « postiches » avant que la célèbre bande parisienne de Belleville rafle cette « AOP » -appellation d’origine policière.

Par commodité, les flics désignent les Bastiais sous le nom de Brise de mer, le café du Vieux-Port où ces joueurs de poker ont leurs habitudes. Voilà l’oeil du cyclone qui déferle sur la Corse, sur la Côte-d’Azur et jusqu’à Neuilly (Hauts-de-Seine). « Pour fermer le bar, nous avons pris prétexte d’un incident qui n’avait rien à voir avec le banditisme, se souvient le commissaire Demetrius Dragacci, aujourd’hui à la retraite. Par dépit amoureux, un homme avait ouvert le feu dans l’établissement. La balle de 7,65 s’était logée dans le plafond. » Le mythe, et la crainte qu’il inspire, survit à ce coup du sort et aux suivants. Une première opération mains propres lancée le 17 octobre 1986 dans le milieu des bars et des boîtes de nuit se solde par de simples redressements fiscaux (l’ensemble des condamnations avoisine 13 millions de francs, soit environ près de 2 millions d’euros). Pas de quoi entamer sérieusement le trésor de la Brise.

Des policiers s'affairent auprès du corps de Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, qui a été tué par balle, le 10 février 2009 sur un parking de Vescovato près de Bastia.

AFP/STEPHAN AGOSTINI

Des policiers s’affairent auprès du corps de Pierre-Marie Santucci, décrit comme une figure du banditisme corse, qui a été tué par balle, le 10 février 2009 sur un parking de Vescovato près de Bastia.

« Souvent soupçonnés, parfois dénoncés anonymement […], sachant que personne ne se hasardera à témoigner contre eux, ils bénéficient d’une quasi-invulnérabilité », regrette le procureur général de Bastia, Christian Raysseguier, dans un rapport de 40 pages adressé à sa hiérarchie le 25 février 1994. « L’émergence de la Brise de mer ne marque pas la seule apparition d’une génération de truands, si douée soit-elle. Elle met également en lumière un tournant historique qui fait basculer l’île dans une autre ère […]. La Brise de mer va ainsi, à sa façon, contribuer à la déstructuration morale de l’île », analysent les journalistes Jacques Follorou et Vincent Nouzille dans un livre remarquablement documenté, Les Parrains corses (1).

Aujourd’hui, les fils de la Brise ont repris le flambeau paternel, à l’image de Jacques Mariani. Ce dernier gère ses affaires de prison, bien que son éloignement de la Corse obère sa capacité d’action. Quant aux aînés, producteur d’huile d’olive, gérants de chantier naval ou cafetiers, ils s’inquiètent pour leurs vieux jours. En mai dernier, ils auraient tenu une réunion de crise dans le village de La Porta. Brise de mort? Elle n’a pas encore rendu son dernier souffle.

« Du grand banditisme à l’ancienne »

Gilles Leclair, coordonnateur des forces de sécurité en Corse, décrypte les évolutions de la criminalité dans l’île.

De nombreux règlements de comptes ont décimé les rangs de la Brise de mer ces derniers mois. Est-ce la fin de cette équipe?

La Brise de mer est très affaiblie. Elle était devenue pour la police une sorte de marque de fabrique, un label du banditisme en Haute-Corse. Il est certain que la mort accidentelle, en 2006, de « Jean-Jé » Colonna, qui avait la haute main sur le Sud, a aiguisé les appétits. Certains membres de la Brise sont passés du nord de l’île au sud, d’un camp à l’autre. Ce qui explique la flambée récente des règlements de comptes: 8 en 2008, 13 depuis le début de l’année. La mise en place d’une task force policière en Corse et la vague d’arrestations qui a suivi ont un peu calmé les ardeurs…

La police n’en est-elle pas réduite à compter les points?

Non. Nous avons réagi très fortement, avec la police judiciaire en particulier. Sous l’égide de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, nous avons créé des équipes mixtes avec la participation d’offices nationaux spécialisés dans la lutte contre la fraude financière. Ces méthodes ont porté leurs fruits et permis bon nombre d’arrestations. Quant aux personnes en fuite, je vous assure qu’elles sont activement recherchées.

Comment définir le banditisme corse?

On retrouve ici le dernier exemple de grand banditisme à l’ancienne. Un banditisme qui respecte les règles hiérarchiques, avec de vrais chefs, des « capo », comme on dirait en Italie, des règles d’honneur, des vengeances familiales. En Corse, la petite et moyenne criminalité demeure très faible: on déplore très peu de viols, d’attaques de vieillards, de vols. Le grand banditisme reste cantonné à des « valeurs sûres »: les jeux, avec des prolongements en Afrique, les stupéfiants, avec des liens jusqu’en Amérique du Sud, et, bien sûr, le contrôle d’établissements de nuit.

Comment se passent les relations entre le grand banditisme et les nationalistes?

Les intérêts sont parfois divergents. L' »action politique » de certains nationalistes, opposés à un développement économique anarchique de l’île, peut gêner les intérêts des grands voyous. On sent des tensions entre des membres de Corsica Libera, beaucoup moins impliqués dans l’affairisme que leurs aînés, et des truands locaux, prêts à investir dans des projets immobiliers dans l’île.

Jean-Marie Pontaut

(1) Les Parrains corses. De nouvelles révélations sur la mafia corse. Fayard, 618 p., 26 euros.

Mars 1982, une enfant disparaît à Laluque

AFFAIRES NON RÉSOLUES. Valérie, 11 ans, disparaît sur une petite route des Landes, tandis qu’elle rentre chez elle à vélo.

Trois ans plus tard, un pédophile multirécidiviste s’accuse. Il est acquitté en 1994

Procès de Robert Guinet en 1994
Le samedi 6 mars 1982, le Quinze de France affronte l’Écosse dans le Tournoi des Cinq-Nations. Le match est retransmis à la télévision. Comme dans tout le Sud-Ouest, à Laluque, dans les Landes, la plupart des 660 habitants se trouvent devant leur petit écran. Cet après-midi-là, une enfant du village, Valérie, 11 ans, disparaît. Qu’est-il arrivé ? Vingt-sept années se sont écoulées et le mystère reste entier.

La fillette, benjamine d’une famille modeste de cinq enfants installée depuis des années à 2 kilomètres du bourg, a été vue pour la dernière fois à 15 h 30. À bicyclette, elle quitte la maison des religieuses, au centre de la commune, où elle s’était rendue pour une réunion de catéchisme, finalement annulée. Vers 17 heures, trois jeunes Laluquoises, de passage sur la route de Lesgor bordée de pins, remarquent un vélo, dans un fossé.

Un vélo, un sac et une veste

Une heure plus tard, soucieuse de ne pas voir rentrer sa fille, la mère de Valérie donne l’alerte. Aussitôt, des recherches sont entreprises. Elles se soldent par une inquiétante découverte : le vélo jaune de l’enfant, sa veste grise et son sac sont jetés au milieu de fourrés, à côté d’un ruisseau, à quelques centaines de mètres de la maison familiale. Mais Valérie est introuvable.

Dès le lendemain, des moyens considérables et jusque-là inédits dans les Landes sont déployés dans le village, dont la salle de la mairie est transformée en poste de commandement des opérations. La disparue s’est-elle perdue dans les bois ? Quelque 500 hommes ratissent le périmètre. Pendant des jours, gendarmes, pompiers, parachutistes du 6e RPIMa de Mont-de-Marsan et habitants de la localité inspectent mètre par mètre la forêt dans un rayon de 10 kilomètres. Ils ne trouvent rien.

La fillette, qui ne sait pas nager, est-elle tombée dans un plan d’eau ? Des plongeurs sondent des étangs, vestiges d’anciennes carrières de lignite, et le ruisselet près duquel ont été retrouvés ses effets. Toujours rien.

A-t-elle fugué ? L’hypothèse ne tient pas : Valérie était considérée comme une petite fille modèle, « adorable, souriante, sans histoires, et dont on n’imagine pas qu’elle puisse faire une fugue sur un coup de tête », disent les articles de l’époque – nombreux tant l’affaire est médiatisée.

A-t-elle été enlevée ? L’interrogation est dans toutes les têtes. Les enquêteurs, dirigés par le chef du groupement de gendarmerie des Landes, le colonel Soler, et le commandant de la compagnie de Dax, le capitaine Denis, étudient deux pistes : le kidnapping et l’enlèvement d’un criminel sexuel. La première est écartée. En effet, la famille de Valérie n’est pas fortunée et ne pourrait donc pas payer de rançon. Son père est ouvrier dans une scierie ; sa mère élève ses filles.

Avec le soutien des policiers du SRPJ de Bayonne, les gendarmes landais entament des investigations auprès de tous les délinquants sexuels de la région. Cela ne donne aucun résultat. Ils procèdent également à l’audition de nombreux villageois.

Mais toutes ces recherches débouchent sur une impasse. Le dispositif installé au coeur de Laluque est alors levé. Les gendarmes libèrent la salle de la mairie ; les militaires regagnent leur caserne. Les journalistes quittent l’Hostellerie landaise, l’auberge du village. La petite commune retrouve un semblant de quiétude. Un semblant, uniquement. Car Valérie est dans tous les esprits.

Magali à Colayrac

Le 7 avril 1982, l’enquête prend une tournure moins visible : le substitut du procureur de Dax, M. Mevellec, ouvre une information judiciaire. Fréquemment, des fouilles sont organisées sur commission rogatoire du juge d’instruction. Certaines suivent même les indications de radiesthésistes et médiums, moins nombreux qu’aux premiers jours de la disparition où ils affluaient de toute la France, mais toujours présents (lire par ailleurs). Leurs prémonitions s’avèrent toutes erronées.

Encore et toujours, l’enquête piétine. Trois ans passent ainsi avant que l’affaire ne rebondisse à travers la tragique disparition d’une autre petite fille.

Un détenu s’accuse

Le 27 janvier 1984, Magali, 7 ans, est enlevée à la sortie de l’école, à Colayrac-Saint-Circq, dans le Lot-et-Garonne. Le corps de l’enfant est retrouvé quinze jours plus tard dans le trou d’eau d’une fontaine bâtie dans les ruines d’un château, à Castelculier (47). Après plusieurs mois d’investigations, Robert Guinet est mis en examen pour l’enlèvement, le viol et l’assassinat de Magali.

Cet homme de 44 ans n’est pas un inconnu de la justice. Déjà condamné en 1967 par la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle à vingt ans de réclusion pour le viol d’une mineure de 13 ans, il vient d’être jugé à Agen pour des faits similaires et s’est vu infliger une peine de quarante ans d’emprisonnement.

Fin 1985, depuis sa cellule, le multirécidiviste s’accuse du meurtre de Valérie pour lequel il est mis en examen le 13 décembre. Il déclare alors aux gendarmes avoir abandonné le cadavre sur des pierres, au milieu des pins, quelque part dans l’immense forêt qui entoure Laluque. Les recherches sur le terrain reprennent, le meurtrier présumé servant de guide. Là encore, c’est l’échec. Pas la moindre trace de la petite disparue.

Nouvelle épreuve, quelques mois plus tard, en juin 1986 : Robert Guinet se rétracte. Il explique avoir tout inventé pour que les enquêteurs le laissent tranquille et se mure dans le silence. Faute de charges suffisantes, une ordonnance de non-lieu est rendue en 1992, à quelques jours du délai de prescription. Saisie par l’avocat de la famille de Valérie, la chambre de l’accusation de la cour d’appel de Pau (NLDR : aujourd’hui chambre de l’instruction) casse cette décision et ordonne le renvoi de Robert Guinet devant la cour d’assises des Landes.

Guinet est acquitté

Le procès s’ouvre le 7 février 1994, à Mont-de-Marsan. À aucun moment des quatre jours d’audience l’accusé ne craque. Décrit comme un « pervers dangereux » par les experts psychiatres, Robert Guinet nie toute implication dans la disparition de Valérie et assure ne s’être jamais rendu à Laluque, malgré ses premières déclarations. Dans la salle bondée, la famille vit un véritable supplice. Le village aussi, dont les secrets les plus vils s’étalent sur la place publique (lire ci-contre).

Le coup de grâce intervient le 10 février 1994. Après deux heures de délibéré, la cour d’assises des Landes acquitte Robert Guinet, au bénéfice du doute, allant ainsi à l’extrême opposé des réquisitions de l’avocat général, qui avait demandé la réclusion criminelle à perpétuité. L’homme ne ressort par pour autant libre. Condamné à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 18 ans pour l’assassinat de Magali, il réintègre « sa » prison de Saint-Maur.

Et toujours cette question lancinante : que s’est-il passé ce 6 mars 1982, sur la petite route de Lesgor, à Laluque ? La justice a tout fait pour résoudre cette énigme, dans le temps qui lui est imparti par la loi. Aujourd’hui, le dossier est définitivement refermé. Vingt-sept ans après son ouverture, et quand bien même plus aucune poursuite n’est possible, il n’a pas été détruit et repose toujours dans les archives du tribunal de grande instance de Dax.

Mars 1982, une enfant disparaît à Laluque

Le village n’oublie pas et se protège

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La confession du curé a marqué les mémoires. (photo pascal bats)
En près de trente ans, un village change. Laluque n’échappe pas à cette règle. Tels des champignons, les lotissements pavillonnaires ont poussé tout autour du bourg, éloignant un peu plus la vaste forêt qui encercle la commune. La population s’est renouvelée et a augmenté, passant d’un peu plus de 660 habitants dans les années 1980 à 725 aujourd’hui et bientôt 800. Des commerces ont fermé, d’autres ont ouvert. Et certains attendent un avenir, comme l’Hostellerie landaise, l’auberge du village, en vente depuis deux ans. Journalistes et photographes de toute la France logeaient là, les premiers jours suivant la disparition de Valérie. La mairie envisage de racheter l’imposante bâtisse pour en faire un pôle culturel.

Laluque s’est transformé mais personne n’ignore, ni n’a oublié. Les nouveaux sont au courant et cela leur paraît très lointain ; les anciens l’ont vécu et se taisent. Par respect pour la famille, qui vit encore là, et par peur de réveiller les souvenirs toujours douloureux.

« Aucun commentaire »

Encore meurtri, le village ne se livre pas à l’étranger et se protège. Inutile de frapper à la porte du maire pour parler de cette affaire. « Aucun commentaire », est son unique réponse. L’ancien premier magistrat n’est guère plus ouvert à la discussion. « Ce fut une période horrible pour le village », déclare-t-il avant de congédier poliment son interlocuteur. Le sujet est tabou.

« Nous souhaiterions tous savoir ce qui est arrivé à la gosse », explique une vieille dame qui n’accepte de converser qu’à condition de rester anonyme. « Aujourd’hui, ça s’est calmé, mais pendant longtemps, tout le monde se regardait en chien de faïence. On se soupçonnait les uns les autres », raconte-t-elle. « Et puis, il y a eu les révélations au procès de Guinet. Ce fut un coup de plus, qui nous a anéantis », se souvient-elle.

« Quand on fouille la vie intime d’un village, on découvre souvent des choses étonnantes. Mais rien ne dit qu’elles ont un rapport avec la disparition de la petite Valérie », disait le colonel Soler, directeur de l’enquête, quelques jours après le drame. Des choses terribles aussi, telle la confession du curé de Laluque, le 8 février 1994, devant la cour d’assises des Landes. L’homme avait alors reconnu avoir eu des attouchements sur des enfants de la paroisse, tout en précisant n’avoir jamais approché la petite Valérie, « elle n’était pas [son] genre ». Quatre jours plus tard, le vicaire général de l’évêque de Dax prenait place en chaire, dans la petite église du village et annonçait le départ du religieux.

La radiesthésie au coeur de l’enquête

La radiesthésie, cette croyance en la faculté de découvrir, grâce au pendule ou à une baguette, ce qui est caché aux facultés normales, fut très employée dans l’affaire de la disparition de Valérie. Dès le lendemain du 6 mars 1982, des « spécialistes », radiesthésistes ou médiums, ont afflué de toute la France pour proposer leurs services à la famille de la victime. Les uns venaient de Provence, d’autres de Gironde, du Béarn, de Paris, etc. Un mois après la disparition, on dénombrait une cinquantaine de ces experts en perceptions extrasensorielles.

Si certains ont été rapidement identifiés comme de purs charlatans, beaucoup d’autres ont été pris très au sérieux par les enquêteurs qui n’ont pas hésité à vérifier chacune de leurs prémonitions. Ainsi, le 14 mai 1982, de nouvelles recherches étaient organisées en Gironde, à Bassane, sur les indications d’un radiesthésiste palois. Sept plongeurs avaient alors fouillé le canal du Midi, autrement appelé à cette hauteur le canal latéral à la Garonne, sur près d’un kilomètre. Une fausse piste comme toutes celles issues de sources similaires. « C’est peut-être la grande surprise de cette enquête que de voir le sérieux avec lequel les gendarmes vérifient systématiquement les renseignements obtenus par ce biais », écrivait un journaliste, à l’époque.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Policiers et gendarmes font-ils appel à ces « techniques » pour leurs investigations ? « L’utilisation de la radiesthésie existe encore, même si elle est rare, dans le cadre de recherches de personnes disparues. Mais elle est réalisée à l’initiative de la famille et non sollicitée par les services d’enquête », précise le capitaine Thierry Jourdren, commandant de la compagnie de gendarmerie de Mont-de-Marsan. « Ce moyen n’est employé qu’en dernier recours, quand toutes les techniques d’investigations éprouvées ont été épuisées et n’ont rien donné », précise le gendarme.

En effet, un protocole définit les modes de recherche à mettre en oeuvre pour retrouver une personne : équipes cynophiles, patrouilles pédestres ou encore moyens aériens. « Au-delà de ce protocole, nous sommes tenus de vérifier tous les éléments que peuvent nous fournir les témoins ou les proches de la victime, souligne Thierry Jourdren. Y compris des informations qui ne sont pas tirées de sciences exactes. Personnellement, je n’ai jamais obtenu de résultats à partir de la radiesthésie. »

Auteur : élisa artigue-cazcarra
e.cazcarra@sudouest.com

Tags : Faits divers Justice landes laluque bayonne castelculier agen saint-maur

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Par PATRICIA TOURANCHEAU

Joueur d’échecs invétéré et rejeton paresseux aux crochets de ses parents, Arnaud Labrell a bien failli réaliser, à 28 ans, le crime parfait. Un double parricide typiquement alsacien. L’empoisonneur saupoudrait d’arsenic le bibalakas destiné à son père et à sa mère, un plat régional à base de fromage blanc mélangé à de la ciboulette, de l’ail, du sel et du poivre. Il a échappé aux soupçons pendant dix-huit mois. C’est le saladier de bibalakas dévoré par les époux Labrell de Thann (Haut-Rhin) qui a été accusé de tous les maux après le dîner mortel du 9 octobre 2001. La crise de violents vomissements et de diarrhées aiguës de Gabrielle Labrell, 64 ans, vers 22 heures, a d’emblée été imputée à une «intoxication alimentaire».

«Mauvaise herbe». Le soir même, le fils de la famille, Arnaud, qui occupe par intermittence le sous-sol de la maison familiale, détourne habilement les soupçons sur la nourriture prétendument avariée. Il n’hésite pas à engueuler ses parents devant les pompiers venus secourir sa mère : «Qu’est-ce que vous avez encore mangé comme saloperies ?» Il sème le doute sur leur hygiène alimentaire, leur reproche de «toujours bouffer des merdes périmées». Il ne se morfond pas trop sur l’état critique de sa mère, se prépare tranquillement des œufs au plat : «Je crevais de faim, j’étais bourré, n’importe qui dans ces conditions mangerait», se justifiera-t-il plus tard.

Lorsque le père, Pierre, commercial à la retraite âgé de 66 ans, se plaint à son tour des mêmes douleurs vers 23 h 30, le bibalakas est franchement suspecté. C’est le seul plat que les deux conjoints ont partagé. L’ambulancière, intervenue pour Pierre Labrell qui se tord de douleur, avise le fils en train de nettoyer le vomi, «totalement indifférent, nullement inquiet et même désinvolte». Le médecin urgentiste de Thann lui demande de l’aider à trouver le produit toxique. Arnaud Labrell prétend avoir fouillé la cuisine et retrouvé dans la poubelle un reste du fromage blanc qui, dit-il, «dégage une odeur nauséabonde». Pourtant, le laboratoire des services vétérinaires de Colmar qui l’analyse ne le trouve ni pourri ni frelaté, et conclut à l’absence de toxines.

Pourtant, Arnaud Labrell tient des propos énigmatiques à sa mère mourante : «Maman, ne t’en fais pas, la mauvaise herbe nous enterrera tous» si l’on en croit une infirmière de l’hôpital de Thann. Mais le décès, le lendemain, de Gabrielle Labrell puis celui de son mari Pierre, trois jours plus tard, ne sont en aucun cas imputés à leur fils.

«Haine». Les gendarmes enquêtent sur d’autres hypothèses – le geste suicidaire, l’intoxication accidentelle par des champignons ou le crime de rôdeur – qui s’écroulent les unes après les autres. Mais la rumeur populaire et le curé de Thann se polarisent sur Arnaud Labrell qui, c’est de notoriété publique, détestait son père et qui, le jour des funérailles, n’a «manifesté aucun signe de souffrance ou d’émotion», selon le prêtre, et «ne paraissait nullement abattu par la mort de ses parents».

Sa sœur aînée Florence, professeur de psychologie, a «l’intuition que son frère a pu tuer les parents mais n’ose pas y croire», selon son avocat, Me Moser, et «tait ses doutes». Elle a trouvé pour curieux qu’Arnaud se cherche un alibi pour la soirée juste avant la mort du père. Il lui a fait peur la veille en rentrant à l’improviste chez elle par le toit de sa maison puis en évoquant, «sale, agité et incohérent», une conspiration de Ben Laden. Il a fini par s’endormir sur le canapé qui révélera, plus tard, des traces suspectes.

C’est Arnaud Labrell lui-même qui va guider les enquêteurs sur la bonne piste. C’est lui qui, le premier, a évoqué un empoisonnement alors que les médecins peinaient à déterminer les causes de la mort. Du coup, la justice a ouvert une enquête pour «empoisonnement» deux mois après le décès des époux Labrell. C’est lui encore qui aiguille les recherches sur de l’arsenic alors que les expertises toxicologiques n’ont pas été ordonnées par la juge d’instruction. Toujours un coup d’avance comme aux échecs. Cette stratégie le perdra. Car qui mieux que le tueur peut ainsi connaître l’arme du crime ?

La juge de Mulhouse, Ariane Combarel, fait donc exhumer les corps, en décembre 2001, pour une nouvelle autopsie. Les victimes ont bien avalé «une dose létale d’arsenic» le soir du dîner au bibalakas. De plus, l’analyse de leurs cheveux révèle qu’ils ont subi, auparavant, une intoxication chronique à l’arsenic, de onze mois pour le père et quatre mois pour la mère. Ce qui signe ce crime presque parfait. Seul, un très proche a pu empoisonner à petit feu Gabrielle et Pierre Labrell. Les gendarmes se concentrent donc sur leurs deux enfants.

Si l’aînée, Florence, et son mari étaient au mieux avec les victimes, les relations entre le fils, Arnaud, et ses parents étaient «exécrables». Cet enfant membre de la chorale des Petits chanteurs de Thann, écolier médiocre, adolescent «tête de mule», étudiant raté en histoire puis en sociologie, devenu un «antimilitariste primitif» et fumeur de cannabis, nourrit depuis ses jeunes années «une véritable haine» envers son père. La mère a toujours essayé «d’arranger les choses» et continuait à donner de l’argent à Arnaud (8 246 euros entre janvier 2000 et septembre 2001) qui gagnait une misère comme aide-éducateur au collège de Maseveaux.

Ultimatum. Mais les relations se sont «nettement dégradées» en 2001. Car Arnaud a découvert, par hasard, que ses parents ont signé, en début d’année, un testament qui lègue deux tiers de l’héritage à sa sœur Florence.

L’enquête démontre que les parents en ont marre de tenir à bout de bras ce fils indigne, ingrat et feignant qui n’a pas la reconnaissance du ventre, qui les traite mal et les insulte souvent. Pour la première fois, la mère a été d’accord avec le père pour poser un ultimatum à leur fils : Arnaud doit se débrouiller seul financièrement et ficher le camp de la maison au maximum à la Toussaint. Voilà le mobile du parricide.

Les gendarmes surveillent Arnaud Labrell et captent une conversation téléphonique suspecte avec un ami de la famille. Arnaud menace de tuer également sa sœur qui, convaincue de la culpabilité et «terrorisée», a déménagé en août 2002 à Tours et lui cache sa nouvelle adresse : «Florence, je veux pouvoir lui tomber dessus si j’en ai envie dans les douze heures. […] L’important c’est de frapper juste, au bon moment. […] Jamais deux sans trois, ma religion m’interdit le suicide, pas l’homicide.»

Arnaud Labrell sera mis en examen en mars 2003 après que des doses infimes d’arsenic ont été détectées sur ses vêtements, sur des meubles de sa chambre, sur le canapé de sa sœur, mais aussi sur ses cheveux. Une preuve que le fils a manipulé ce poison très volatil : «Vos cheveux sont devenus le calendrier de vos actes», lui a ainsi envoyé l’avocat général de la cour d’assises de Colmar qui l’a condamné, en mars 2005, à la réclusion criminelle à perpétuité. Le parricide n’a pas hésité à accuser son défunt père honni d’avoir monté un complot pour l’incriminer.

Double drame à la prison

Deux hommes, dont « l’amant de la veuve noire », ont voulu mourir ce week end dans les murs de la prison de Lyon Corbas.

Mise en service le 3 mai dernier, la toute récente maison d’arrêt de Lyon Corbas a été secouée de deux drames ce week-end. Dans la nuit de samedi à dimanche, deux hommes ont tenté de mettre fin à leur jours. Seul l’un d’eux, le plus jeune, a pu être sauvé. Le médiatique « amant de la veuve noire » est décédé.

Le corps de Jean-Claude Vaise a été découvert dimanche matin. Le détenu, qui se trouvait seul dans sa cellule, s’est tailladé les veines entre la ronde de 3h du matin et celle de 6h. Une autopsie a été ordonnée par le magistrat du parquet qui s’est rendu su place dans la matinée de dimanche.

Jean-Claude Vase, 62 ans, purgeait depuis janvier 2008 une longue peine de 30 ans pour un assassinat qu’il avait toujours nié. L’homme était en effet l’amant de la « veuve noire ». Cette célèbre affaire criminelle de la région mettait aux prises un septuagénaire richissime, sa femme, de 31 ans sa cadette, et l’amant de celle ci, Jean-Claude Vase. Les amants avaient tous deux été condamnés en 2008 par la Cour d’Assises du Rhône, après s’être déchirés et renvoyé la responsabilité de ce meurtr. Jean-Claude Vase, qui clamait son innocence, avait fait appel et devait être rejugé à la rentrée dans la Loire.

Dans la même nuit, un autre détenu avait tenté de se pendre, vers 2h du matin. Il s’agissait d’un jeune en attente de jugement. Il a pu être sauver grâce à son codétenu qui a alerté les gardiens par l’interphone dont sont équipées les cellules.

par Marie-Eve Constans

Dès l’inauguration de la prison en mai 2009, les gardiens s’étaient plains d’un manque d’effectif, mais ce n’est pas un argument qu’ils avançaient pour expliquer la mort d’un détenu ce week end. Ecoutez l’une des employées de la prison, qui estime que le drame n’aurait pas pu être évité, même avec plus de personnel.

« Le drame n’aurait pas pu être évité » ( le 03/08/2009)