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Par David Servenay | Rue89 | 23/03/2010 | 13H03
L'affiche d'"Un Taxi mauve", d'Yves Boisset

C’est une bataille d’egos et de principes. A gauche : Marin Karmitz, producteur-diffuseur-exploitant de salles de cinéma. A droite : Yves Boisset, cinéaste, et une kyrielle d’auteurs s’estimant lésés par le premier. Entre eux : une guérilla judiciaire pour obtenir le paiement des droits d’auteurs sur deux films cultes, « Dupont Lajoie » et « Un Taxi mauve ».

L’affaire a été tranchée une première fois, le 15 janvier 2010, par la 3e chambre du TGI de Paris. La société MK2 a été condamnée, avec deux autres (les producteurs Sofracima et Filmedis), à indemniser une brochette d’auteurs :

Les remarques
de Claire Denis

Lors de la conférence de rédaction, mardi matin, la cinéaste Claire Denis, notre invitée du jour, a commenté :

« Les auteurs se sentent souvent les obligés de ceux qui produisent. Cela fait partie de la relation de confiance, qui est nécessaire. Il se passe du temps avant qu’ils prennent conscience que ce qu’ils font a de la valeur. Et de la réalité du contrat.

Surtout, à l’époque de “Dupont Lajoie”, on ne pensait qu’au succès du film en salle, pas trop aux perspectives en termes de droits télé ou autres… ».

  • Concernant le film « Dupont Lajoie » (1975) : Yves Boisset (réalisateur) Jean-Pierre Bastid et Michel Martens (co-scénaristes de Dupont), Jean Curtelin (dialoguiste), représenté par sa veuve, Alice Curtelin.
  • Concernant « Un Taxi mauve » (1977) : Yves Boisset (réalisateur), Michel Déon, auteur du livre éponyme et co-scénariste de son adaptation.

Ils estiment avoir été lésés de leurs droits d’auteurs pendant des années, après que deux sociétés du groupe de Marin Karmitz eurent racheté un catalogue de films à Sofracima, l’entreprise des Winter, brillants producteurs aujourd’hui disparus et piètres négociants. Yves Boisset :

« Karmitz a acheté deux de mes films. Dans les obligations, il y avait celle de me verser 15% des bénéfices et il ne m’a jamais versé un rond. J’ai donc réclamé l’argent qu’il semblait me devoir.

Lui estime que les producteurs d’origine me doivent cet argent. Mais on achète un film, on achète les bénéfices éventuels liés à son exploitation et les obligations qui en découlent… »

Les auteurs n’ont pas touché un euro de droits

En 1987, Sofracima cède les droits d’exploitation télévisuels de sept films à MK2 pour 8,5 millions de francs (1,295 million d’euros). Les contrats prévoient que le « cessionnaire » (la Sofracima) s’occupera des « versements aux ayant-droits artistiques ».

A l’époque, le couple Winter a besoin d’argent et n’est pas en position d’imposer ses conditions à Marin Karmitz.

Résultat : depuis vingt ans, tous les auteurs ayant contribué à ces films n’ont pas touché un euro de leur exploitation. Tous… sauf les deux co-scénaristes Bastid et Martens qui, dans une misère noire, ont accepté en 2007 les 3 000 euros proposés par MK2, en échange de leurs droits d’auteurs.

Yves Boisset n’a pas cédé à la pression économique ou amicale de ses amis lui déconseillant de s’attaquer à l’un des parrains du cinéma français. Un peu anar et grande gueule, plutôt black-listé par le milieu du cinéma après ses succès des années 70, le cinéaste s’est débattu pour retrouver tous les auteurs et dégoter un avocat pugnace, Jacques Georges Bitoun, surnommé le « maître chanteur » par ses adversaires. Et il n’a pas lâché prise… depuis 1998.

« Je connais Karmitz depuis 30 ans, je n’en fais pas une affaire personnelle »

L'affiche de "Dupont Lajoie", d'Yves BoissetDouze ans plus tard, la première décision a donc été rendue en janvier par la justice pénale, après deux procédures devant le tribunal de commerce opposant la Sofracima et MK2, d’où cette dernière était sortie blanchie. MK2 a fait appel du jugement, tout en versant 50 000 euros de provisions à Yves Boisset :

« Je connais Marin Karmitz depuis 30 ans, mais je n’en fais pas une affaire personnelle. S’il me versait l’argent qu’il me doit, j’en serais ravi. »

Ni Marin Karmitz, ni son avocat n’ont souhaité répondre à nos questions. Pourtant, l’homme d’affaires a récemment reproché à un journaliste du Point de ne pas l’avoir contacté pour recueillir ses explications sur cette affaire (il a attaqué le Point pour cet article jugé diffamatoire).

Visiblement, l’affaire écorne un peu l’aura de Karmitz, ex-militant d’un vrai droit d’auteur dans les années 60. A l’époque, MK est maoïste, canal historique.

Une expertise ordonnée pour faire les comptes

Outre la complexité juridique du débat (peut-on exploiter les droits d’un film sans avoir à en supporter les devoirs vis-à-vis de ses auteurs ? ), l’enjeu porte sur le montant des indemnités à verser. Et là, les deux parties sont d’accord : impossible de savoir précisément combien ont rapporté ces films « de patrimoine ».

L’avocat de Boisset avance les chiffres suivants :

  • Dupont Lajoie 188 diffusions et Un taxi mauve 125 diffusions (d’après la SACD)
  • de 1987 à 2006, les deux films auraient généré 1 603 155,13 euros de recettes
  • plus les ventes à l’étranger et l’exploitation en vidéo et DVD par TF1 vidéo

Pour faire le compte exact des recettes, le tribunal a ordonné une expertise, à l’issue de laquelle MK2 aurait à reverser la moitié des revenus générés. Soit plusieurs centaines de milliers d’euros. Un exemple qui pourrait inspirer des auteurs souvent peu regardants sur ces basses affaires d’argent…

Photos : les affiches d’« Un Taxi mauve » et de « Dupont Lajoie », d’Yves Boisset

 

 

Dexter ou la justice Ultime

 

 

 

« Dexter », série américaine qui vous plonge dans le politiquement incorrecte aussi sûrement qu’il vous enfoncerait un couteau dans le ventre.

 

Visage angélique et beau sourire, Dexter est un sérial killer
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Dexter est une série télévisée américaine créée par James Manos Jr d’après le roman de Jeff Lindsay, Ce cher Dexter, et diffusée depuis le 1er octobre 2006 sur Showtime. En Belgique francophone, la série est diffusée depuis le 17 mars 2007 sur Be Séries et depuis le 22 mai 2008 sur RTL-TVI ; en France, depuis le 17 mai 2007 sur Canal+, et le sera après sur TF1 dans une version qui sera probablement allégée de certaines scènes.

Expert en analyse de traces de sang dans la police le jour, tueur en série la nuit, Dexter Morgan n’est pas exactement un citoyen américain comme les autres. Il porte, en effet, un lourd secret. Traumatisé dans sa plus tendre enfance puis recueilli par un officier de police de Miami, il se dit incapable de ressentir la moindre émotion. Incapable… si ce n’est lorsqu’il satisfait les pulsions meurtrières que son père adoptif lui a appris à canaliser : de fait, Dexter ne tue que les autres tueurs qui sont parvenus à échapper au système judiciaire, afin de protéger les innocents. Dexter se pose donc comme un véritable justicier de l’ombre, et bien que sa soif de tuer lui pèse, il parvient à mener une existence relativement normale et à sauver les apparences auprès de ses collègues, amis et petite amie.

. Un cocktail d’ingrédients pour une serial série !

La série reprend les lieux, les personnages et le début du roman Ce cher Dexter, cependant les auteurs de la série ont préféré se détacher de la fin de celui-ci et de ne pas suivre le deuxième roman, Le Passager noir. La série et le livre peuvent donc être considérés comme deux histoires sensiblement différentes.

Cette série marque le retour à la télévision de Michael C. Hall révélé dans Six pieds sous terre et de Julie Benz connue pour son personnage de Darla dans Buffy contre les vampires puis Angel.

Dexter reprend le thème du personnage à double visage, modèle professionnel d’un côté, tueur en série de l’autre, à l’instar du personnage de Patrick Bateman imaginé par Bret Easton Ellis dans le livre American Psycho, paru en 1991, adapté au cinéma en 1999 par Mary Harron. La première saison comporte plusieurs références à ce sujet :

  • en premier lieu, le générique de début rappelle fortement celui du film, jouant avec le thème de la couleur rouge, propre au sang, véritable s’agissant du générique de Dexter, simple pulpe de fruit dans American Psycho (Dexter y découpant par ailleurs également une orange sanguine) ;
  • plus explicitement, Dexter, afin d’obtenir des tranquilisants pour animaux, utilise le pseudonyme Patrick Bateman ;
  • de plus, dans l’épisode 1- 8 (Démystification [VF] / Shrink Wrap [VO]), Dexter, se rendant chez un psychanalyste, se fait alors appeler Sean Ellis. Sean étant le prénom du frère de Patrick Bateman (protagoniste du film Les Lois de l’attraction), Ellis le nom de son auteur précité.

L’épisode neuf se termine par un extrait de la chanson Have you ever seen the rain? de Creedence Clearwater Revival, déjà utilisé de la même manière à la fin du premier épisode de la série Cold Case.

La grève des scénaristes américains commencée en novembre 2007 a pour conséquence l’arrêt de la production de nombreuses séries, ce qui entraîne une pénurie d’épisodes inédits. Pour pallier en partie cela, CBS (Showtime appartient au conglomérat CBS Corporation) décide de diffuser la première saison de Dexter à partir du 17 février 2008. Les épisodes sont censurés de certaines scènes qui ne correspondraient pas à une diffusion grand public.

Le 21 octobre 2008, en pleine diffusion de la troisième saison la chaîne Showtime commande deux saisons supplémentaires de douze épisodes chacune. La production de la quatrième saison est prévue pour débuter au printemps 2009.

. Envisager la mort comme ultime outils juridique ?

Un héros qui s’est mis en quête de justice grâce à un don très particulier : celui de donner la mort.

La justice ne pourrait alors plus se passer de la mort pour véritablement exister, voilà le postulat que notre héros fait en observant la décadence du monde qui l’entoure et l’impuissance de la justice face au crime.

Est-ce alors une excuse pour tuer des criminels, semble-t-il avéré ?

Chez Dexter le meurtre est dans sa nature il sait qu’il devra tuer, cette faille judiciaire devient alors le prétexte tant attendu et totalement assumé. Dexter doué d’une intelligence hors-norme ne peut qu’être l’instrument de Dieu.

Ainsi il devient claire pour un téléspectateur avisé que seul ceux qui s’octroient un caractère divin peuvent donner la mort au nom de la justice.

Et serait-ce à dire que Les Etats-Unis et son gouvernement se considèrent comme la main de Dieu ?

La question qui se pose alors est effrayante de simplicité peut-on être saint d’esprit et pratiquer la peine de mort ?

 

 

. Une justice sans pitié dans un monde sans pitié !

Peut-on mener de front un travail de flic, une carrière de tueur et une tentative de vie personnelle lorsqu’on est dépourvu d’émotions ?

Le meurtrier qu’on aime aimer…

Miami, un médecin légiste particulièrement doué et méticuleux mène une vie calme et rangée. Il est très apprécié par ses collègues (sauf un) et attentif à son entourage. Pourtant sa gentillesse et son altruisme sont feints. Derrière son apparence de gendre idéal se cache en réalité un tueur. Il n’est pas vraiment sans pitié car ses victimes ont toutes fait quelques choses de mal : commettre un meurtre et échapper à la justice…
Outre l’originalité du scénario, il faut noter l’atmosphère toute particulière de la série. On est rapidement plongé dans l’histoire, on s’attache vite aux différents personnages, à leur vie respective ainsi qu’à la relation qu’ils entretiennent avec Dexter. Les amateurs du genre devraient être ravis par les aventures de ce jeune justicier/meurtrier…

Jennifer Carpenter, soeur de Dexter, flic ambitieuse et talentueuse jennifer-carpenter2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dexter et son collègue divorcé Angel sur le lieu d’un crime

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Doakes (Eric King) et Maria Laguerta(Lauren Velez), flic jusqu’au-boutiste et cheftaine de la brigade criminelledoakes2

 

 

 

 

 

 

 

 

. Donner des idées aux psychopathes en herbe ?

Personnellement j’adore cette série car elle est décalée, magnifiquement réalisée et pas puritaine pour un dollar (ce qui est généralement le défaut N°1 d’une série américaine), chacun peut y voir sa propre morale car au fur et à mesure de la série, de ses saisons et épisodes successifs, toutes les valeurs de Dexter ou des autres personnages se voient malmenées, détruites, modifiées…

J’entends maintenant ici une partie des spectateurs à tendance « bien à penser » faire la critique de cette admiration d’un héros serial killer.

En effet, tout est fait dans cette série pour que Dexter soit admirable, tant il est hors normes.

Alors, existe-t-il un danger réel que ce dernier soit imité par ses fans et que les palais de justice grouillent de serial killer aussi organisés que Dexter Morgan ?

Je ne peux ici pas répondre à cette question, peut-être en saurons nous un peu plus quand le jeu vidéo va sortir, car en effet, Mark Ecko Entertainment vient d’annoncer la mise en chantier d’un jeu vidéo basé sur la série Dexter. Les fans du serial killer auront donc bientôt le droit d’incarner le fameux Dexter Morgan et de rendre la justice à sa manière. Le jeu est actuellement en phase de pré-production, plus d’informations dès que possible…

. Dexter est-il vraiment inhumain et dépourvu d’émotions ?

Tout serait plus simple si Dexter Morgan était réellement dépourvu d’émotions comme il tente en vain de s’en persuader tout au long de cette série qui « kill » tout autre série du genre !

 

Non, le problème avec Dexter est sans doute que son inhumanité nous rappelle les faiblesses de notre humanité ?

 

 

 

Benjamin Brame

(pour intime conviction.fr)

 

 

 

 

 


 

Le glaive n’aura pas eu à trancher.

Le procès entamé en juin 2008 s’est achevé avec une proposition que la Paramount n’a manifestement pas pu refuser, tant il est vrai que se réveiller quotidiennement avec une tête de cheval tranchée dans son lit donne à réfléchir sur son sort…

Dans les faits, le livre de Mario Puzo, The Godfather, qui avait inspiré des films et un jeu vidéo, liait les ayants droit de l’auteur à la Paramount, qui aurait omis de reverser une part significative des revenus générés par toute adaptation basée sur le livre. Une obligation contractuelle qui liait les deux parties depuis 1992…

Et finalement, Anthony Puzo, qui réclamait alors 1 million $ d’arriérés, a obtenu gain de cause pour le jeu vidéo The Godfather : the Game, sorti en 2006. Une fin heureuse, estime l’avocat de l’ayant droit, d’autant qu’il s’agit là d’une oeuvre à partir de laquelle fut réalisé l’un des films les plus admirés, réalisé par Francis Ford Coppola.

L’opposition entre les deux parties s’est ainsi réglée à l’amiable sans que l’on ne sache comment. Ça sent les chaussures coulées dans le béton, ça…

Rédigé par Nicolas.G, le samedi 07 février 2009 à 10h12