CLICANOO.COM | Publié le 9 février 2009

Le 22 avril 2001 à Madagascar, cinq personnes décédaient sous les balles d’un commando armé au cours d’une fête de famille dominicale. Karanas de nationalité française, les survivants du carnage avaient alors saisi la justice hexagonale, qui présente à juger huit ans plus tard les trois tireurs présumés et un complice.

Du lundi 16 février au vendredi 27 février Quatre accusés, neuf avocats de la défense, une demi-douzaine de victimes, quatre avocats en partie civile, 42 témoins cités à la barre, un dossier de 16 volumes et 4 500 pages, quinze jours d’audience prévus, voilà ce qui attend les jurés de la cour d’assises de la Réunion à compter du 16 février prochain. Un procès hors-norme et sous haute sécurité qui intervient près de huit ans après des faits particulièrement atroces, survenus sur le territoire malgache le 22 avril 2001. Ce jour-là, dans la petite localité de Fenoarivo, à une quinzaine de kilomètres au sud de Tananarive, la famille Remtoula, Karanas de nationalité française, est réunie pour un pique-nique dominical dans la propriété que leur ont prêté des amis. Ils sont une trentaine, hommes, femmes et enfants en bas âge à partager des brochettes ou jouer à la pétanque. Soudain, à la nuit tombée, plusieurs hommes armés surgissent des buissons et tirent pratiquement à bout portant sur la quinzaine de personnes qui se trouvent sur la terrasse.

Mis en examen

L’attaque fait cinq morts, dont deux mineurs, et cinq blessés graves. Parmi les survivants se trouve Anita Remtoula, une jeune femme d’à peine 26 ans, persuadée d’avoir reconnu parmi les tireurs son mari avec qui elle vient de se séparer dans des conditions particulièrement difficiles. Mamode Abasse Mamodtaky, alors âgé de 29 ans, est d’ailleurs introuvable. L’enquête de gendarmerie malgache piétine jusqu’à ce jour de juillet 2001 où un certain Yohan Babar Ali, proche de Mamodtaky, se présente au juge de Tana en s’accusant de la tuerie. Incarcéré, il meurt en prison dans les mois qui suivent, l’action publique malgache s’éteignant avec lui. Mamodtaky bénéficie quant à lui d’un non-lieu. Personnage énigmatique, Mamodtaky se retrouve bientôt déchu de sa nationalité malgache pour divers délits commis dans le cadre de ses affaires d’importation de marchandises. Surtout, il semble faire les frais du changement de régime après avoir semble-t-il bénéficié des faveurs de la présidence Ratsiraka. Débute pour lui une longue période d’errance dans l’océan Indien, sérieusement compliquée par le fait que la justice française, saisie par les survivants de la famille Remtoula, a repris le dossier en main en septembre 2003. S’ensuivent quatre années d’enquête et de jeu du chat et de la souris.

Un procès complexe

Le premier coup de théâtre sera l’arrestation de Yohan Babar Ali en novembre 2004, retrouvé bien vivant, caché dans un appartement de la banlieue parisienne. Traqué, Mamodtaky est interpellé en situation illégale à Madagascar en avril 2005 et extradé vers la France où il est mis en examen pour assassinats et tentatives d’assassinats. En 2006 et 2007, d’autres membres de la famille proche de Mamodtaky seront mis en examen pour complicité, tant dans l’organisation du massacre que dans sa fuite. Parmi elles, son beau-frère Riaz Damdjy, commerçant karana établi à la Réunion et accusé devant la cour d’assises. L’ultime rebondissement se produira en mars 2007 avec l’arrestation d’un troisième tireur présumé, le Réunionnais Jean-François Crozet, 37 ans, qui reconnaît avoir été engagé par la famille pour participer au règlement de comptes. Il aura donc fallu plus de cinq ans d’instruction aux magistrats français pour finalement parvenir à un renvoi des accusés devant la juridiction criminelle. Mamodtaky a toujours nié avoir organisé ou participé au massacre, en dépit de plusieurs témoignages visuels le jour du crime, mais aussi le récit de précédentes tentatives d’assassinats commises à l’encontre d’Anita Remtoula. C’est un procès complexe qui s’annonce, entre errements d’une procédure malgache biaisée par la corruption, ancienneté des faits et multiplicité des rebondissements. Les accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité

S. G.


Source

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.