Procès du père d’un bébé mort d’overdose

GENÈVE | Un homme de 47 ans est jugé pour avoir provoqué la mort de sa fille de 18 mois. Il lui avait administré par erreur un suppositoire à la méthadone.

Catherine Focas | 17.02.2010 | 00:02

Il reconnaît qu’il a tué son enfant: «C’est horrible, ma responsabilité est énorme.» Alors qu’il gardait sa fillette pour le week-end, en mars 2008, un toxicomane de 47 ans lui a administré par erreur un suppositoire à la méthadone. Le lendemain matin, le bébé de 18 mois était mort d’une overdose. Le père comparaissait, hier, devant le Tribunal de police de Genève pour homicide par négligence.

Dans son frigo, les suppositoires à la méthadone côtoient ce jour-là les suppositoires destinés à calmer le rhume de l’enfant. En fin de journée, le père demande à son amie de l’époque de lui chercher un suppositoire dans le frigidaire. Sans préciser qu’il y en a aussi à la méthadone…

«Pourquoi n’avez-vous pas vérifié?» lui demande la présidente. Le prévenu: «Je n’ai pas pensé que mon amie pouvait tomber sur ceux à la méthadone.» La présidente: «Mais en lui disant de vous en amener un, vous preniez un risque supplémentaire, pourquoi vous ne vérifiez pas?» Le prévenu: «Ça m’est sorti de la tête. J’ai vu un emballage blanc comme l’autre, je n’ai pas réfléchi…» Pourtant, les suppositoires à la méthadone étaient étiquetés.

La mère de l’enfant ignorait que, à l’époque, l’accusé avait replongé, qu’il consommait parfois de l’héroïne, de la cocaïne et des suppositoires à la méthadone justement. «Ce soir-là, vous étiez pété?» lui demande Lorella Bertani, avocate de la partie civile. Il affirme que non. Un père paumé? Une tragique erreur? Un meurtre tout simplement? Hier, Me Bertani et le substitut du procureur, Marco Rossier, ont hésité puis renoncé à demander que l’accusation soit aggravée en meurtre. Il est vrai que le témoignage de celle qui, à l’époque, était la compagne de l’accusé est troublant.

«Il ne m’a jamais avertie qu’il y avait des suppositoires à la méthadone dans le frigo, raconte cette femme. Et ce soir-là, il m’a dit très exactement: va chercher LE suppositoire. J’ai ouvert le frigo et je n’en ai vu qu’un seul. Je sais que, par la suite, la police en a trouvé d’autres. Je ne comprends pas. Lorsque j’ai vu que la petite était malade, je lui ai dit d’appeler un médecin. Il n’a pas voulu. Et, lorsque l’enfant s’est endormie, il a mis une couverture sur le berceau. Dans la nuit, le silence de l’enfant m’a réveillée trois fois. Inquiète, je lui ai dit: «Je ne l’entends plus.» Il m’a répondu: «Dors, tu vas la réveiller.» Peu après ce drame, nous avons rompu. J’ai eu l’impression qu’il m’utilisait comme couverture. Je le lui ai dit. Il m’a menacée: «Et si je te mettais une petite balle dans la tête?»

Le procès reprend le 5 mars.

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