le lundi 23 novembre 2009 à 04:00

Une dernière fois, Amanda Knox s’est levée. En silence, elle a fixé les jurés, un par un, puis, d’une voix balbutiante, a tenté de les convaincre : « Tout ce qui a été dit est faux. Meredith était mon amie. Ce n’est pas vrai que je la détestais. C’est absurde de dire que je voulais me venger d’une personne qui avait été gentille avec moi. »

Un peu plus tôt, la jeune femme était apparue bouleversée par le réquisitoire du procureur Giuliano Mignini. Durant deux heures, la magistrat l’a accusée de s’être acharnée sur Meredith Kercher, sa colocataire, « au cours d’une nuit d’orgie, de drogue et d’alcool ».

Les faits remontent à la nuit du 1er au 2 novembre 2007. Vers 4 heures du matin, Mérédith a été retrouvée la gorge tranchée dans la chambre qu’elle louait depuis peu au numéro 7 de la via Pergola, dans le centre de Pérouse. Knox était sa colocataire. Pour le reste, on ne peut pas imaginer plus différentes que Meredith et Amanda.

La première, originaire de Leeds, en Angleterre, était décrite comme timide et romantique. La seconde, née à Seattle, aux Etats-Unis, donnait l’image d’une fille sûre d’elle, collectionnant les hommes avec voracité ; Meredith dévorait les livres contant des histoires d’amour impossibles tandis qu’Amanda mettait en ligne sur Internet des nouvelles qu’elle écrivait lorsqu’elle rentrait de ses virées nocturnes. La dernière, intitulée Baby Brother, racontait l’histoire d’une fille droguée et violée par une autre fille…

Empreintes génétiques

En ce début de soirée du 1 novembre 2007, Amanda se trouve sur le corso Vannucci, l’artère branchée de la ville, en compagnie de son petit ami de l’époque, Raffaele Sollecito, 24 ans. Ensemble, le couple écume les bars pour fêter Halloween. Meredith, elle, s’est rendue chez Sophie, une amie anglaise rencontrée lors d’un cours sur la politique européenne.

Les deux copines ont visionné un DVD. Puis la jeune femme a quitté les lieux. Elle sera retrouvée quelques heures plus tard, couchée sur son lit, enveloppée d’une couverture imbibée de sang. Sur son corps et ses affaires, trois empreintes génétiques seront isolées par les enquêteurs. Elles appartiennent à Amanda, Raffaele et Rudy, un ami du couple. Interpellés, tous trois commenceront par nier en bloc. Puis ils donneront des versions contradictoires avant de s’accuser les uns les autres. Après des dizaines d’interrogatoires, d’expertises et de contre-expertises, le parquet l’assure : après avoir quitté Sophie, Meredith est rentrée via Pergola. Là, elle est tombée nez à nez avec sa colocataire et les deux garçons. Ils sont ivres, et déchaînés. Par la force, ils ont tenté de faire participer Meredith à des jeux sexuels. La jeune femme a refusé. Elle le paiera de sa vie.

Couteau de cuisine

Toujours selon l’accusation, c’est Amanda qui a porté le coup fatal. « Meredith est à genoux, Rudy tient immobilisé son bras gauche en la tenant de la main gauche alors qu’avec la main droite, et peut-être avec le pénis, il tente de la pénétrer. Raffaele la tient de l’autre côté. Amanda lui fait face et la pique à la gorge avec le couteau de cuisine. »

Pendant le procès, entamé en janvier 2009, et jusqu’aux derniers jours, Amanda n’a jamais semblé ébranlée par les questions insistantes du procureur Mignini. Raffaele, lui, n’a pas ouvert la bouche. Quant à Rudy, il a accepté d’être jugé selon une procédure dite « abrégée ». En octobre 2008, il a été condamné à trente ans de réclusion. Une peine réclamée samedi par le parquet de Pérouse contre les anciens amants. Le verdict est attendu au plus tard le 5 décembre.

Edition France Soir du lundi 23 novembre 2009 page 10

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