Le procès de l'assassinat du champion de France Gilles Andruet

Christophe Bouton, journaliste, ancien chroniqueur à Libé et ancien réd chef à EE, actuellement directeur de la collection « échecs » aux éditions Payot, suit out au long de la semaine les comptes-rendus d’audience de la Cour d’Assises d’Evry. Elle jugeait du 6 au 14 novembre 2003 un père et son fils impliqués dans l’assassinat du Maître International et ex-Champion de France Gilles Andruet.
Dans le cas de l’affaire Andruet, après tirage au sort et diverses récusations du ministère public et de la défense, le jury est composé de 6 femmes et 3 hommes.
Des journaux comme France Soir (qui a rendu public en avril 2001 l’expertise ADN ayant entraîné l’arrestation des deux prévenus) ou Le Monde (article exemplaire dans la semaine suivant la mort de Gilles) « suivent », depuis l’assassinat de Gilles il y a sept ans et demi, « cette affaire ».
Il y a eu mort d’homme et 9 représentants du peuple français vont juger 2 hommes. Ils sont présumés innocents et risquent, comme l’a dit le président à l’ouverture des débats, de 1 an d’emprisonnement à 30 de réclusion criminelle.
Pourquoi j’écris ici et maintenant ?
Pour deux raisons.
1) D’abord, la vérité doit être connue et la justice est là pour ça. L’Internet ne connaît pas trop de contraintes de place et dans ce cas, tant mieux.
Les comptes-rendus vous paraîtront peut-être longs. Ils permettront cependant de mieux comprendre tout se qui se dit dans l’oralité des débats, « une règle fondamentale de la cour d’assises qui ne forme sa conviction que sur des éléments débattus oralement et contradictoirement devant elle. »
2) J’avais vu, comme tant d’autres, Gilles une semaine avant sa mort au Jardin du Luxembourg ; il était passé rendre visite aux joueurs d’échecs. Sa mort m’a fait beaucoup de peine. Nous n’étions pas des amis proches. Mais je l’aimais bien et j’avais assisté de près à sa passion naissante pour le black-jack peu de temps après son titre de champion de France, à Val Thorens, en 1988.
Hormis l’article du « Monde » après son décès, j’ai été très déçu qu’aucun article de la presse (échiquéenne en particulier) ne lui rende un hommage digne ou cherche à savoir le pourquoi de cet assassinat.
Quant aux grands médias, ils en ont un peu rajouté parce que Gilles a un père célèbre, Jean-Claude, ancien champion de rallye automobile. Il a, avec beaucoup de pudeur, évoqué dans France Soir de vendredi les difficultés qu’il a rencontrées pour se faire entendre lors de l’enquête. Et il a montré toute sa détermination de champion, car certains éléments de l’enquête ont pu être mis à jour grâce à l’enquête personnelle qu’il a menée auprès des amis proches de son fils.
Le procès des deux assassins présumés de Gilles Andruet a débuté vendredi 7 novembre 2003 à Evry (Essonne) et durera une semaine (sauf mardi 11 novembre, jour férié en France). L’article du « Monde » daté du 8/11/2003 dont vous avez le lien explique bien l’essentiel de cette première journée ; aussi, j’apporterais un complément sur d’autres éléments. Excusez d’avance pour les redondances inévitables par rapport à l’article susmentionné, mais j’ai essayé de maintenir une certaine cohérence. Ce post a été écrit dimanche 9 novembre 2003.
Qui est accusé ?
Joseph Liany et son fils Frank Liany. De quoi très exactement ? Je l’écrirai dans un prochain post, je n’ai pas encore la copie de l’ordonnance de mise en accusation.
Rappel des faits :
Le maître international français Gilles Andruet est mort assassiné dans la nuit du 21 au 22 août 1995. Il avait 37 ans. Les charges pesant sur les accusés, autrement dit la thèse de l’accusation suite à l’instruction, ont été lues à l’audience (plus d’une heure). C’est la loi.
Un troisième accusé devrait être à Evry. Il est en fuite. Un quatrième a été soupçonné lors de l’enquête mais il s’est pendu depuis.
Le 23 août 1995, le corps de Gilles Andruet, entouré d’une alèse est retrouvé dans l’Yvette, une petite rivière de l’Essonne. Il sera identifié formellement par son père, le lendemain de l’autopsie, soit le 25 août 1995.
Cette dernière révèle des traces de cannabis et d’anciennes traces d’héroïne dans son sang ainsi qu’un traumatisme crânien et un autre au larynx ; ces coups pourraient avoir été donnés avec un objet de type batte de base-ball. Les enquêteurs constatent que Gilles Andruet a ouvert depuis début août 1995 un compte dans une banque privée, la banque Chaabi. A procuration sur ce compte Frank Liany, 24 ans à l’époque des faits.
Ce que dit l’accusation
Selon l’accusation, Joseph Liany aurait préalablement prêté 50 000 francs à Gilles Andruet qui était aux abois.
Il avait perdu entre le 8 septembre 1994 et août 1995 pas moins de 208 591 francs au casino d’Enghien d’après les enquêteurs. Il espérait « se refaire » en encaissant un chèque d’environ 400 000 francs provenant de la vente d’un pavillon familial. Problème : le chèque ne pouvait être décaissé que le 22 août 1995. Entre-temps, Andruet tente de convaincre la responsable clientèle, lui téléphone très souvent pour obtenir une avance. Rien à faire. Pourquoi a-t-il eu besoin des Liany pour déposer son chèque ? Parce qu’il était interdit bancaire et que cette banque privée, sur recommandation des Liany, avait accepté le chèque d’Andruet.
À l’audience, l’avocat de la défense a dit que « la date du 22 août n’était pas innocente puisque c’est à ce moment-là que la victime pouvait décaisser entièrement son compte. »
Ce qui sera fait du 22 au 25 août 1995 par Frank Liany.
La semaine précédant sa mort, Gilles Andruet vivait chez un ami (de 15 ans) joueur d’échecs parisien, cité comme témoin lundi 10 novembre 2003. Durant cette semaine, Gilles avait dit à pas mal de gens « qu’il devait de l’argent à des gens dangereux ».
Note personnelle : pour l’avoir vu cette semaine-là, le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas l’air dans son état de jovialité et de chaleur habituel. Il paraissait effectivement très préoccupé mais ne voulait pas parler outre mesure.
Qui a vu Andruet en dernier ?
Une serveuse du restaurant « L’entrecôte », à Paris. En passant devant une succursale de ce restaurant en voiture le 21 août vers 23h, Andruet a stoppé net. Il a fait une marche arrière sur les chapeaux de roue pour saluer cette jeune femme qu’il connaissait. Il était accompagné de trois hommes. La jeune femme l’invite à prendre un café. Il décline, manifestement embarrassé selon la jeune femme.
Ce témoin est capital. Elle identifiera plus tard formellement Joseph Liany, le père, comme l’un des trois hommes ayant été dans la voiture ce soir-là.
L’accusation constate que depuis, elle a fait l’objet de multiples menaces téléphoniques (appels muets, menaces contre son enfant…) à n’importe quelle heure et en fonction de l’avancement de la procédure. Et ce, de 1995 à 2001. La deuxième confrontation (derrière une glace sans tain) avec Joseph Liany n’a rien donné mais, selon l’accusation, elle n’a pas convaincu les enquêteurs qui ont jugé la jeune femme « terrorisée ».
Qui a assassiné Gilles Andruet ?
La justice le déterminera. L’accusation cite quelqu’un s’étant vanté en décembre 1995 d’avoir battu à coups de batte de base-ball « un joueur d’échecs qui devait de l’argent à Joseph Liany ». Pour cela, on lui aurait promis 50 000 francs mais il n’en aurait touché que 30 000. D’après les déclarations de cet individu, Andruet aurait été drogué « à l’aide de cachets pour le faire dormir » ce que confirme l’autopsie. Ce qui est certain : il est mort suite aux coups qu’on lui a portés, notamment d’un coup au larynx qui est décrit comme fatal.
Pourquoi Joseph et Frank Liany ont été mis en prison ?
Le 12 avril 2000, le juge d’instruction Pieres fait procéder à l’examen complet de l’alèse ayant entouré le corps de la victime. Les prélèvements concernent 4 éléments : 3 éléments pileux et une tâche de sang.
Est procédée à une expertise ADN des Liany le 18 janvier 2001. Ils ne sont que soupçonnés par les enquêteurs mais ces derniers manquent de preuve… et d’aveux alors qu’une alèse semble avoir disparu dans la famille Liany (père).
Un des trois éléments pileux correspond à l’ADN du père, Joseph, qui vit alors à Béziers. De son côté, son fils Frank vit et travaille à Paris. Tous deux sont placés en garde à vue le 25 avril 2001 puis incarcérés depuis.
Pourquoi le fils comparaît libre aujourd’hui ?
Comme son père, il a fait une demande de libération conditionnelle par semaine depuis le début de son incarcération. Selon l’accusation, il n’aurait pas participé au meurtre et n’est accusé que de recel « aggravé » (en l’occurrence les 347 900 francs qu’il a décaissés en 3 jours après le meurtre).
Il a finalement été libéré mardi 4 novembre au soir, soit 3 jours avant l’ouverture du procès. Il a versé une caution de 40 000 Euro. Il aurait pu sortir 4 mois auparavant mais, comme Frank Liany l’a expliqué au juge, « je voulais échelonner la caution ».
Lors de la première audience, il était assis sur une chaise, costume sombre, face à la Cour, sans un regard pour son père.
La personnalité des accusés
Les Liany ont été entendus chacun leur tour. « À tout seigneur tout honneur » a même dit le président en donnant la parole au plus âgé, c’est-à-dire au père pour raconter leur parcours et leur vie. Cette partie sera développée dans un post ultérieur.
En assises, on juge des hommes ; il est donc important de lire les événements dont ils sont accusés à la lumière de leur vie, leur personnalité, appuyée lors de l’instruction par « l’enquête de personnalité ».
Programme de lundi : suite et audience de témoins dans la matinée.
2e audience (lundi 10 novembre 2003)
Tous les témoins « côté Andruet » ont été appelés à la barre et ont été questionnés tant par le président que par les parties. Les témoins « côté Liany » étaient tous absents (sauf deux membres de la familles Liany) « non touchés », touchés et non trouvés par la gendarmerie de leur domicile ou s’étaient faits portés pâle.
Deux tantes d’Andruet, très émues, ont été appelées à la barre. Le père de Gilles a de nouveau pris la parole. Et ses amis ont été interrogées tant sur sa personnalité que sur des faits ayant rapport avec son emploi du temps dans les dernières semaines de sa vie.
La femme de Joseph Liany (le père), Linda, et leur fils (14 ans à l’époque des faits, 22 aujourd’hui) ont également été interrogés. Mme Liany a déclaré, très émue, qu’elle croyait son mari innocent ; son intervention a de nouveau suscité des déchirements au sein de la famille Liany. Mme Liany a élevé de 8 à 18 ans son beau-fils, Frank Liany, accusé de recel aggravé et qui comparaît libre à l’audience. Il n’est en effet plus accusé de meurtre depuis qu’un non-lieu a été prononcé. Mme Liany a déclaré qu’elle croyait « Frank incapable de sentiments ». De son côté, dans des lettres écrites de prison et interceptées, Frank avouait sa haine tenace envers sa belle-mère et son père. Le président de la Cour a rebondi sur cet épisode, enjoignant Frank Liany à sortir de sa carapace. « On dirait que vous faites la tortue en attendant que cela passe ». Son avocat a plus tard rétorqué qu’il fallait prendre en considération, « qu’après deux ans de prison et quelques jours de liberté, Frank se retrouvait devant une Cour d’Assises ». « Je n’arrive pas à dormir M. le président » a conclu Frank Liany.
Témoin capital
Le témoin très attendu par la Cour était Yolanda, la dernière personne à avoir vu Gilles Andruet vivant. Elle a raconté au président comment, depuis 1995, elle est harcelée au téléphone, donné quelques exemples de menaces et d’insanités quand on l’appelait à toute heure du jour ou de la nuit.
Cette femme élégante, polonaise et travaillant dans la restauration a tenu bon malgré les multiples agressions (couteau sur la joue en rentrant dans son immeuble, chiffon sur le visage, bombe paralysante en montant dans une rame de métro etc.). Depuis 1995, elle a changé au moins quarante de fois de numéro de téléphone (et sur liste rouge) ; mais à chaque fois, les menaces reprenaient. Parfois, seulement deux heures après avoir eu le nouveau numéro.
Quinze jours avant l’ouverture du procès, les menaces téléphoniques ont repris. Et même la veille de la première audience.
Cette femme a non seulement vu Gilles Andruet vers 23h le 21 août 1995 en compagnie d’amis dans une voiture mais elle a par la suite reconnu Joseph Liany lors d’une « présentation de suspects. » Parmi cinq hommes présentés, elle en a écarté quatre. Restait Joseph Liany.
Le livre, le jeu de backgammon et l’alèse
Parmi la dizaine de livres appartenant à Andruet et retrouvés au domicile de Joseph et Linda Liany, à Bonneuil-sur-Marne, après le meurtre, un livre appartenait à une amie d’Andruet prêté quelques jours auparavant. Idem pour le jeu de backgammon que la victime avait emmené en quittant le domicile de son ami joueur d’échecs qui l’hébergeait. Cités comme témoins, ces deux amis ont répété ce qu’ils avaient déjà dit aux enquêteurs.
Et puis, il y a cette alèse dans laquelle le corps de Gilles Andruet a été retrouvé. L’accusation fait le lien avec la literie des Liany. Elle a été changée après le 20 août, date à laquelle Joseph Liany est remonté à Paris du sud « pour affaires », laissant sa famille en vacances. Date anniversaire de son fils, également, alors qu’il ne loupait jamais un anniversaire.
Au retour des vacances, son fils, 14 ans à l’époque des faits, a déclaré aux enquêteurs qu’il avait un nouveau lit, en fait l’ancien lit de ses parents.
Andruet avait dormi une seule fois chez les Liany, quelques jours avant le départ de la famille en vacances.
Reprise des débats mercredi à 10h.
3e journée d’audience (mercredi 12 novembre 2003)
L’expert du CHU de Nantes est venu détailler à la Cour l’analyse de l’ADN du cheveu correspondant à Joseph Liany (ou à Sacha Rhoul) et retrouvé sur l’alèse qui entourait le corps de Gilles Andruet.
Des deux types d’ADN a expliqué l’expert, ceux que l’on peut analyser sur des éléments pileux sont de type mitochondrial (par rapport à l’ADN de type nucléaire, c’est-à-dire d’une matière vivante et donc « plus performant »). L’analyse ADN pour les éléments pileux est au point technologiquement depuis 1997 et largement employée par la police scientifique. Le CHU de Nantes s’en est fait la spécialité.
L’ADN du poil correspond à celui de M. Joseph Liany ou « à quelqu’un de même lignée maternelle » a expliqué l’expert ; comme par exemple celui de Sacha Rhoul, cousin germain du fils Liany. Sacha Rhoul est en fuite et également accusé du meurtre d’Andruet mais son cas a été disjoint du dossier.
Le Président Coujard a distribué aux jurés et à ses deux assesseurs un calendrier de l’année 1995 afin que tout le monde puisse reconstituer l’emploi du temps de Gilles Andruet et des accusés d’après les éléments de l’enquête et les témoignages.
Ils ont eu quelques difficultés avec le père et le fils Liany. Leurs versions sont contradictoires, notamment concernant la location d’une camionnette qui a servi à déménager des lits. Et des lits à l’alèse, l’accusation fait le lien. Le président les encercle par des questions précises en fonction d’éléments incontestables de l’enquête.
L’avocat général parachève le travail par des « frappes chirurgicales. » Il connaît son dossier sur le bout des doigts bien qu’il ait dû avaler les 1500 cotes du dossier 3 jours seulement avant le procès !
Mais leur mémoire vacille ou ils nient, comme Frank Liany qui dit que son père « cherche à l’emmener avec lui ».
Une fois de plus, le président admoneste le jeune homme : « on hésite à interpréter votre retenue ; vous donnez l’impression de ne pas dire tout ce que vous savez et de vous cantonner dans un rôle de « Papa m’a dit ».
Toujours mesuré mais manifestement dubitatif, il constate que c’est la « première fois dans ma carrière que je vois un taux d’absence de témoins particulièrement exceptionnel ». Sont-ils tous tombés malades ou est-ce l’omerta ? L’avocat de Joseph Liany, Me Forster tente de s’en sortir par une pirouette : « vous n’avez jamais été en Corse M. le Président ». Laconique, le Président rétorque « pas encore… » mais ne s’en laisse pas compter.
Comme son père, Frank Liany a interrompu ses vacances pour remonter à Paris quelques jours, entre le 20 et 25 août. Le 20, à son arrivée à Orly en provenance de l’aéroport de Nice, Frank était attendu par son père et Gilles.
Ensuite, deux versions : le père prétend qu’Andruet n’a pas eu la patience d’attendre son fils et qu’il est parti récupérer sa voiture à Bonneuil « par Orlyval ou en taxi ». Le fils dément : « nous sommes rentrés tous les 3 avec la Toyota rouge à Bonneuil. Je suis ensuite reparti de Bonneuil à Paris en taxi. »
Les enquêteurs sont persuadés que Gilles Andruet a dormi le 20 août à Bonneuil-sur-Marne, chez Joseph Liany. Joseph Liany qui affirme à la barre avoir vu la victime pour la dernière fois à l’aéroport le même jour. Un livre qu’Andruet avait emprunté le 19 a été retrouvé chez Joseph Liany. Et son jeu de backgammon qu’il avait en partant le 20 au matin de chez M. Thébault a également retrouvé à son domicile.
Gilles Andruet est mort dans la nuit du 21 août au 22 août. Le 22 août, Frank Liany commençait à vider le compte d’Andruet sur lequel il avait procuration à la banque Chaabi.
Devant les changements de déposition multiples tant du père que du fils, le Président a interpellé Joseph Liany en lui faisant remarquer qu’il avait des « qualités de caméléon assez remarquables » puisqu’il « avait de la mémoire dès qu’il s’agissait de charger son fils ». Frank Liany baisse alors l’échine: « je ne sais, je ne sais plus… » Puis se reprend : « il faut voir M. le Président ; il faut être passé par là. Lors des interrogatoires, ils sont quatre autour de vous, ils menacent de mettre mes enfants à la DASS. Et puis, ils ont interrogé mon fils Sébastien [14 ans à l’époque qui avait dit aux policiers qu’il avait constaté qu’on lui avait changé son lit à son retour des vacances] sans qu’un des parents soit là ! »
Excédé par cette défense à géométrie variable, par l’absence totale des témoins ayant connu ou connaissant les Liany, l’avocat de Jean-Claude Andruet, Me Hervé a explosé. Vif échange qui s’est conclu par cette parole de Joseph Liany : « oui, j’accuse les policiers d’avoir fait pression sur mon fils [Sébastien] ».
Les plaidoiries débutent jeudi à 10h et le verdict devrait être rendu vendredi dans la journée
4e journée d’audience (jeudi 13 novembre 2003)
Coup de théâtre
L’audience débute par un coup de théâtre. Le Président Coujard annonce que le témoin Yolanda, dernière personne à avoir vu Gilles Andruet vivant et à s’être manifestée aux enquêteurs, a encore été agressée ! Et ce, alors qu’elle avait demandé mercredi à être de nouveau entendue pour faire des « révélations ».
Deux hommes lui ont sauté dessus dans son immeuble, bizarrement privé d’électricité tant dans le hall que dans l’ascenseur ce soir-là.
Selon la déposition de la victime, les deux hommes lui font ingurgiter de force une substance liquide « de type vin bouchonné amer » et lui appliquent un gaz sur la face avec un chiffon. Elle est comme droguée et ne peut plus parler. Elle s’écroule, inconsciente. Le voisin qui la découvrira l’emmène à l’hôpital Pompidou. Ses vêtements et son dos ont été lacérés par une arme blanche et ou un cutter à 3 reprises. Elle a « des plaies rectilignes de 5, 6 et 7 cm » selon le certificat médical. Yolanda a porté plainte.
Et de nouvelles menaces…
Prévenu par l’une des filles de la victime de l’agression, Jean-Claude Andruet et sa compagne ont veillé une partie de la nuit à l’hôpital auprès d’elle avant d’être relayés par des policiers. Hors audience, Jean-Claude Andruet ajoutait que les menaces téléphoniques avaient continué dans la chambre même de l’hôpital : une femme s’est fait passer pour sa soeur. Elle voulait parler à Yolanda et désirait savoir si « elle voyait bien ».
Yolanda annoncée à la barre
Les parties ont insisté pour que cette femme courageuse vienne témoigner dès que possible. Lors d’une interruption de séance, le Président annonce qu’elle sera finalement là dans l’après-midi. Et c’est le cas. Soutenue par une femme et un homme policiers en civil, elle ne peut guère marcher seule. Elle porte des lunettes noires lui protégeant le globe oculaire et paraît sans énergie. Où est passé le charme slave de cette femme avenante aujourd’hui abattue ?
Un autre rebondissement survient bientôt. Dans le court laps de temps où l’huissier revient à la Cour après l’avoir menée dans la salle des témoins, Yolanda s’est évanouie ! Quand le Président la fait appeler, l’huissier revient affolé lui annonçant la nouvelle. Même dans la salle des témoins, Yolanda a été laissée seule ! On a parlé de dialyse pour les prochains jours et dans ces conditions, il paraît improbable qu’elle revienne témoigner.
Pour elle, l’enfer continue. C’est une agression supplémentaire et comme toujours, concomitante au développement de l’enquête et maintenant du procès.
L’avocat de la partie civile informera les jurés qu’Alexandre Rhoul (divorcé de Silvia, la soeur de Joseph Liany) et père de Sacha Rhoul (donc cousin de Frank Liany et gérant du Golf de l’Étoile revenu du Maroc avec Loïc Simon le 20 août 1995) avait loué un appartement dans l’immeuble de Yolanda. Pour ce faire, il avait fourni au propriétaire sa pièce d’identité et le passeport… de son ex-femme.
Interrogés par le Président sur leur opinion à propos de ces agressions répétées, les Liany sont pour une fois tombé d’accord. « Ça vient de son entourage, c’est trop gros, ça sort du cadre de notre affaire… » Mais Joseph Liany a commis un lapsus immédiatement relevé par l’avocat de Jean-Claude Andruet : « on n’est pas concerné par cette affaire ». L’avocat a insisté sur le « on ».
Joseph Liany (le père, accusé de meurtre et recel) a conclu en disant « je rejoins Frank sur cette affaire ».
La plaidoirie de la partie civile
Maître Denis Hervé n’avait pas la tache facile : il était lui-même un ami proche de Gilles Andruet et il est impliqué dans le dossier depuis 8 ans. Sa plaidoirie était plutôt centrée autour de Gilles et du piège dans lequel il est tombé plutôt que sur une démonstration systématique à partir du dossier.
Il a bien précisé que Jean-Claude Andruet était venu « sans haine car il ne voulait pas que quelqu’un d’innocent soit envoyé en prison ».
Puis il a dressé un portrait de Gilles « comme une déclaration d’amour » dira le père de Gilles Andruet à la sortie. Par petites touches, il s’est attaqué au clan Liany : Frank Liany qui ment jusqu’au 21 juin 2001, date à laquelle il met en cause Loïc Simon. Cette déclaration donnera une tout autre tournure à l’enquête. Mais Simon est mort depuis 1996.
En se basant sur les P. V. des écoutes téléphoniques, Me Hervé se dit convaincu que la fuite de Sacha Rhoul a été organisée par sa mère, Mme Silvia Rhoul, l’ex-épouse d’Alexandre et soeur de Joseph Liany. Préalablement à sa plaidoirie, il avait une dernière fois interrogé les Liany. Carte d’Île-de-France en main, il s’était livré à un rapide calcul sur le parcours de la camionnette louée par les Liany. Et de s’interroger sur les 150 km manquants en comparant la version de J. Liany et le relevé de l’agence de location.
Arrivent les banderilles : « Gilles donnait souvent des petits cadeaux à ses amis (il sort même un billet que Gilles lui avait donné en provenance d’Asie du Sud-est), il essaimait des petits morceaux de vie ; mais la seule chose dont il ne séparait jamais, c’était son jeu de backgammon. Sa naïveté confondante l’a perdu. Il n’a rien vu venir. Toutes les pistes ont été explorées par les enquêteurs ; toutes les déclarations ont été vérifiées. On cherche un Bulgare ? On finit par le trouver. Ah, il avait un autre copain bulgare impliqué selon les Liany ? On le trouve aussi. Mais rien. »
Et de conclure « comme avec Sherlock Holmes quand on a éliminé toutes les possibilités, la seule qui reste est la bonne. Mesdames et Messieurs les jurés, la vie de Gilles Andruet a été évaluée à 400 000 francs. N’oubliez pas cela quand vous devrez dire « oui » ou « non » aux questions qui vous seront posées. »
Le verdict 5e et dernière journée d’audience (Vendredi 14 novembre 2003)
Après 2h30 de plaidoirie, l’avocat général Mailhes avait demandé une peine de 20 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Joseph Liany et de 10 ans de réclusion criminelle pour son fils Frank.
Ce n’est qu’en fin de journée, vers 17h30 et après les plaidoiries de la défense que la Cour s’est retirée pendant environ quatre heures. Les journalistes attendent. Les membres de la famille Liany vont se restaurer. Frank est seul dans la salle des témoins. Son père est au sous-sol, au dépôt.
Vers 21h30, une sonnerie retentit. L’huissier prie public, amis et membres de la famille des deux parties de rentrer dans la salle.
Le Président Coujard prend la parole. « Aux trois questions posées sur la culpabilité des accusés, la Cour a répondu « oui » à la majorité absolue des voix, c’est-à-dire avec 8 voix au moins [sur les 12 : 9 jurés, le Président et ses deux assesseurs]. Puis il annonce les peines : 15 ans de réclusion criminelle pour Joseph Liany (le père) et 7 ans d’emprisonnement pour Frank Liany.
Le Président annonce l’audience civile. Interruption de séance. Les jurés peuvent rentrer chez eux. Quelques-uns restent. L’audience reprend. Cette fois, ne siègent que le Président et ses deux assesseurs.
Frank est encadré de deux policiers et cette fois, il est dans le box. L’avocat de Jean-Claude Andruet demande des dommages-intérêts et la restitution des quelques effets personnels de Gilles et présents dans les scellés, notamment son jeu de backgammon. La Cour se retire. Les trois magistrats vont décider du montant des sommes. Quelques minutes plus tard, le Président déclare irrecevable la demande de restitution de la somme détournée, « car infondée en droit » mais condamne solidairement Joseph et Frank Liany à verser à Jean-Claude Andruet 30 000 Euro au titre de préjudice moral, 4000 Euro au titre de l’article 375 du Code Pénal [les dépens] et 30 000 Euro au titre du cautionnement moral.
Me Forster, défenseur de Joseph Liany, a annoncé que son client ferait appel. Frank Liany a de son côté 10 jours pleins pour faire appel de la décision de la Cour.
Epilogue
Un seul appel et re-procès dans un an.
Joseph Liany a été condamné le 14 novembre 2003 par la cour d’assises d’Evry à 15 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Gilles Andruet. Par l’intermédiaire de son avocat Maître Forster, il a fait appel de cette décision. L’affaire sera vraisemblablement jugée devant la cour d’assises de Paris dans environ un an. Le Parquet a de son côté fait un « appel incident ». Joseph Liany (le père) risque une peine égale ou inférieure à 15 ans ; mais en raison de l’appel incident – une pratique systématique pour ce type d’affaires – il risque aussi plus.
Frank Liany a été condamné à 7 ans d’emprisonnement. Il avait, comme son père, purgé deux ans et demi au moment de l’ouverture du procès. Il pourrait « bénéficier d’ici un an d’une mesure de libération conditionnelle, car il a un très bon dossier, un travail l’attend à l’extérieur » selon son avocat Maître Gublin.
Christophe Bouton
Samedi 6 décembre 2003
Paris Match retrouve un accusé en fuite !
Paris Match du 4 décembre 2003 (n° 2846, p. 78 à 81) a réussi à photographier ensemble Sachar Rhoul et son père Alexandre. Sacha Rhoul est accusé du meurtre de Gilles Andruet et aurait dû comparaître dans le box des accusés, mais il est en fuite depuis des années. Son cousin, Franck Liany, a été condamné par la Cour d’Assises d’Evry à 7 ans de prison pour recel provenant d’un meurtre et le père de Franck, l’oncle de Sacha, a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Gilles Andruet et recel, mais il a fait appel.
L’article de Match fait 4 pages, et c’est vraiment le choc des photos ! Rhoul fils et père sont attablés à une terrasse de Marrakech en train de lire la presse française de dimanche dernier ! Quant au poids des mots, il est là aussi. Parmi les éléments nouveaux, il en est un qui pourra faire réfléchir les enquêteurs, si toutefois l’affaire est reprise. L’un des tournants de l’enquête sur la mort de Gilles Andruet, et lié à la détention des Liany, c’est quand Franck a finalement dit devant un juge d’instruction que Loïc Simon s’était vanté d’avoir battu « un joueur d’échecs à mort ». Problème : cet aveu intervenait après diverses autres versions et surtout après la mort de Simon, en août 1996. Mais cela avait réorienté l’enquête…
Voici ce qu’écrit Match :
« Mais le « meurtre commis par Loïc » est démenti par deux témoins : sa mère affirme que le 21 août son fils était chez elle à St-Tropez, et la petite amie de Loïc confirme. Par ailleurs, venant embrouiller le tableau, un troisième témoin, que j’ai rencontré, jure : « Sacha m’a dit un soir: « Loïc, c’est quelqu’un qui l’a pendu » et le suicide serait un second crime ».
Sacha Rhoul serait donc hébergé par sa mère, Sylvia Rhoul (soeur de Joseph Liany) dans le « Palais Rhoul », un hôtel de luxe de Marrakech recevant acteurs et chanteurs. Aux premières minutes de la Cour d’Assises d’Evry, le frère de Mme Rhoul, Joseph Liany, en brouille d’après lui avec sa soeur, avait affirmé au président Coujard à propos de sa soeur: « officiellement, elle est marchande de biens, officieusement elle tient un bordel près de l’Etoile. » Ce qu’avait confirmé son fils Franck à l’audience quelques minutes plus tard en termes plus châtiés en expliquant que la façade de cet établissement était un « Institut de beauté. » Affaire à suivre.
Christophe Bouton
9 réponses
  1. melle fortuna
    melle fortuna says:

    Bonjour,

    J’ai connu personnellement Franck Liany. Il était ami proche de ma patronne. Il venait régulièrement (tous les jours) sur ce lieu de travail. Il lui a estorqué plus de 30000 euro. Elle a déposait plainte plusieures fois mais rien ne s’est produit. De part nos quelques renseignements, il aurait récidivé sur une autre personne. C’est un gigolo ou une pute comme sa tante que j’ai déjà rencontré dans son appartement du 16ème. (Le même où elle continue de travailler). Il ne m’avait bien sûr pas dit qui elle était et ce qu’elle fesait.
    Si vous voulez des renseignements complémentaires, nous pouvons même nous rencontrer. Si vous pouvez vous servir de ce que je vais vous raconter sur le personnage et sur ce qu’il faisait pour écrire un article, ça nous soulagerait tous et surtout toutes que beaucoup de gens sache ce qu’il continue de faire.
    Je vous laisse le soin de me répondre par mail.

    Répondre
    • Rodolphe
      Rodolphe says:

      Bonsoir,
      Je connaissais Loic Simon, j’ai fais des saisons a St Tropez presque 15 ans, je faisais parti des intimes de Loic, jamais il n’a parlé de cette affaire, je pense qu’il avait plus plus des represailles de la part des vivants…. Que de la victime, LOIC aimait la vie, ses amis, je ne crois pas a son suicide, je ne suis pas le seul au village a le penser

      Répondre
    • Richard Vargas
      Richard Vargas says:

      Bonjour
      Je suis journaliste pour « Faites entrer l’accusé », l’émission judiciaire de France 2. Je travaille actuellement
      sur un documentaire sur l’affaire Gilles Andruet et je lu votre blog qui doit dater de quelques années maintenant et fait allusion a Franck Liany, l’un des accusés.
      J’aimerai vous parler
      Voici mes coordonnées : 06 09 44 55 67

      Cordialement
      Richard Vargas

      Répondre
  2. maite
    maite says:

    J’ai connu personnellement Sylvia Liany à l’age de 13 ans et elle n’est pas ce que certains disent , ce n’est parce quelle a tenu un établissement de complaisance qu’elle est une pute. Quand à son petit frère Joseph, depuis tout jeune il était plutôt sournois. Sa soeur Sylvia devait le payer pour qu’il ne rapporte rien à sa mère et à son oncle qui les entretenait. Je ne les ai pas revu depuis plus de 40 ans – mais c’est juste pour dire la mentalité qu’avait Joseph Liany à l’age de 11 ans. Sylvia par contre a toujours été très généreuse.

    Répondre
  3. benson
    benson says:

    moi j’ai connu franck en prison une putain d’ailleurs je les croisés dans une boite sur les champs il bosse pour un petit caid la boite ce surnome le collisieum a la rue pontieu mais il vont mal finir cela

    Répondre
  4. josephine
    josephine says:

    une honte cette affaire. affaire de gros sous. il faut que la lumiére soit faite. Si sacha n’ etait pas coupable pourquoi s’est il enfuit au maroc. j attends avec impatience le procés et espere que toute la lumiére sera faite et que le ou les coupable seront severement punis

    Répondre
  5. lulu
    lulu says:

    ce que je comprend pas dans tous ça c’est joseph liany !!! comment se fait il qu’il soit libre ?!?!? et comment peut on connaitre la date du prochain procès ?

    Répondre
  6. Rodolphe
    Rodolphe says:

    Lamentable que le veritable coupable reste en liberte, LOIC était une bonne personne, certainement utilisé par des voyous aujourd’hui cachés au maroc.
    Une pensée afectueuse pour LOIC.

    Répondre

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.