CLICANOO.COM | Publié le 10 février 2009

COUR D’ASSISES. La cour d’assises a acquitté, hier Mickaël G. des faits de viol. Des débats délicats n’ont pu donner la preuve que Nadia (1) a bien été violée, le 10 décembre 2006, à Bras-Panon. Mickaël G. pousse un soupir de soulagement. Il jette un œil à son clan et sort du box des accusés. Quand il sort de la salle, il lève le poing et tombe dans les bras de son amie. Puis son père l’étreint. Son avocate, Me Léopoldine Settama, ne cache pas sa satisfaction. Pendant ce temps, la victime, Nadia (1), et malgré toute la force morale dont elle a fait preuve durant l’audience, s’effondre en larmes, soutenue par son petit copain. Scène d’acquittement d’un procès dont l’issue fut incertaine jusqu’au dernier moment. L’histoire débute le 10 décembre 2006, à Bras-Panon, lors d’une nuit déjà bien avancée. Mickaël G. rentre seul de boîte de nuit, au volant de sa voiture. En ville, il croise la silhouette menue d’une jeune fille. Il s’agit de Nadia, 19 ans au moment des faits. Elle vient d’apprendre que son petit copain vient de la tromper avec une excellente amie. Alors, elle erre seule dans la rue. Et commence à prendre peur : il fait nuit noire et il lui faut rentrer chez elle, à Saint-Denis. Elle voit cette voiture s’arrêter. Elle a déjà vu Mickaël G. : il s’agit de l’ami de la voisine d’un proche de la jeune fille. Elle grimpe à bord.

« Comme Michel Blanc, il pensait avoir une ouverture »

Ensemble, ils filent au domicile de l’homme, « pour se reposer un peu », et Nadia n’y voit pas d’inconvénient. « Mais pas longtemps ». Ce conducteur d’engin lui propose de s’asseoir sur son lit. Puis il s’éclipse une quinzaine de minutes dans la salle de bain, et en ressort parfumé et en caleçon. La jeune fille reste de marbre. Jusqu’au moment où l’homme l’embrasse, se couche sur elle, lui retire son pantalon et sa culotte et commence à la pénétrer. « Là, elle m’a dit d’arrêter, et je me suis arrêté », explique le jeune homme. Nadia quitte alors l’appartement et part seule dans la rue. Là, elle tombe sur son ami. « Je lui ai juste dit que je venais d’être violée », raconte-t-elle à la barre. Toute la question, épineuse, à laquelle devait répondre le jury était donc la suivante : y a-t-il eu viol ? Nadia a-t-elle été trop naïve ? Mickaël G. trop stupide ou alcoolisé pour se rendre compte que sa partenaire ne voulait pas avoir de rapport sexuel avec lui ? Depuis le début de l’instruction, Guichard reconnaît le rapport sexuel mais dit ne pas avoir compris que sa victime présumée n’était pas consentante. Cette dernière ne peut d’ailleurs pas être taxée d’un mobile vénal : elle a retiré sa plainte et n’a demandé aucuns dommages et intérêts. « Je veux juste qu’il reconnaisse qu’il m’a violée », lâche-t-elle d’une voix ferme, à la barre. Pour l’avocat général, Michel Baud, il n’y a pas de doute. « Cette histoire est triste, bête. Elle tient à l’alcool et à une hésitation pour finir par basculer de l’autre côté. En matière de viol, tout dépend d’un mot : oui ou non. Si c’est non, c’est non », explique-t-il avant de requérir 5 ans de réclusion criminelle, dont 3 avec sursis. Me Léopoldine Settama doit sauver la tête de son client et s’attaque à la victime, tout en ménageant la dignité de cette dernière. « Elle entre dans la voiture de mon client, dans son appartement, puis dans son lit. C’est pas banal ! Pour moi, Mickaël G. est Michel Blanc dans Les Bronzés font du ski : il pensait avoir une ouverture. Et un violeur qui prend quinze minutes pour se parfumer, je n’y crois pas », lâche-t-elle en plaidant l’acquittement. La cour finit par acquitter Mickaël G. Il reste de ce procès une victime, qui se pense certainement dans son bon droit. Selon une experte psychiatre, elle a été traumatisée par sa sale soirée du 10 décembre et marquée au fer rouge. Pour elle, le plus dur – se reconstruire – est à venir

Julien Balboni

(1) Le prénom a été modifié.

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