Une vie de 56 ans, enfermée dans une chambre-taudis, dans une ferme du pays de Brest: c’est «une bête» que des aides à domicile ont découverte, en 2006. À la barre, le frère et la belle-soeur de cette handicapée lourde qui en avaient la tutelle. Et au-dessus d’eux, l’ombre d’une mère autoritaire.

Le linge sale ne se lave plus en famille. Ou tout au moins, celui tout aussi crasseux que les aides à domicile de l’ADMR ont trouvé sur le corps, sans soins, de cette personne handicapée mentale, a toute sa place dans la publicité d’une audience correctionnelle. Rarement, ainsi, il n’aura été fait état, à la barre du tribunal, d’un tableau plus sinistre que celui de cette modeste exploitation agricole engoncée dans les secrets de famille. Si les pièces des deux maisons sont propres, il est à l’étage une porte avec verrou. Derrière? «La tapisserie est arrachée, le couchage en lambeaux. Par terre, on ne voit plus le revêtement», dira l’aide à domicile. C’est là que vit Marie-Thérèse. Depuis longtemps. «Une bête», ajoute le rapport, «qui ne sort de sa chambre que pour manger. Elle a les bras ballants» et prononce moins de dix mots, à grand-peine. «Elle ne savait rien faire par elle-même», confirmera sa belle-soeur, prévenue dans cette affaire. Au point qu’une fois le repas fini, on la verrouillait dans sa chambre. «Pour pas qu’elle fasse de fugue», dit son frère. «Mais personne ne l’a jamais surprise en fuite», s’étonnera le président Mocaër. La vérité ne sort pas toujours de la bouche du procureur, mais en l’occurrence tout le monde s’accorde à penser qu’en ces lieux «les personnes handicapées, on les cache, parce qu’on a honte». Et on a caché Marie-Thérèse. Mais qui?

L’ombre d’une mère

Parquet et partie civile sont certains que le couple qui se tient à la barre joue les premiers rôles de «Thénardier» ruraux et tellement pieux. Après tout, à la mort du père, n’a-t-il pas accepté la tutelle de sa soeur ? Et elle, qui se targue d’avoir été voir sa belle-soeur en cachette pour lui rétrocéder quelques «haillons» comme encore dépeints, ne pouvait-elle rien faire? La «laver», par exemple? «Non. Je suis arrivée dans cette famille il y a longtemps. J’ai toujours été, et je reste la belle-fille». Mamm-gozh. «Un retour du matriarcat breton», en frissonnerait presque la défense longue et combative de Me Berthelot. «Devant elle, j’étais comme un petit garçon», sanglote encore son fils prévenu à plus de 60ans.

Trois mois avec sursis

Aujourd’hui, l’aïeule est très malade. Mais son autorité plane sur les débats. Me Labat la pourfend.
Il met le couple le nez dans les vieilles coutumes bretonnes, mâtinées de paganisme et de catholicisme. «Vous vous en êtes tellement peu soucié», dit-il en brandissant un rapport médical évoquant «l’incurie totale» de la malheureuse. Sursis certes mais sursis, tout de même, pour un parquet qui estime que le couple «avait conscience de l’anormalité de cette situation pas conforme avec la dignité humaine». Me Berthelot contre-attaque. «Le seul
reproche que l’on peut leur faire, c’est leur lâcheté. Mais tout le monde savait. Même les services sociaux qui connaissaient la situation depuis 2004». À la relaxe qu’il réclame, le tribunal a finalement opté pour une condamnation de chaque membre du couple à trois mois de prison avec sursis.

* Steven Le Roy

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