L'Etat condamné après le suicide d'un détenu

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Crédit Photo : LCI

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  • En 2004, un jeune homme s’était pendu à la maison d’arrêt de Metz-Queuleu. Sa famille vient d’obtenir réparation : l’Etat a été condamné pour faute par le juge administratif.

  • Le tribunal a souligné que la présence en prison d’alcool et de cannabis, dont avait usé le détenu avant sa mort, impliquait une carence de l’administration.

La famille d’un jeune homme qui s’était suicidé en prison en 2004 à la maison d’arrêt de Metz-Queuleu a obtenu la condamnation de l’Etat pour faute devant le tribunal administratif de Strasbourg. Chacun des parents de la victime obtiendra 15.000 euros de réparations ; 5000 euros seront versés à chacun de ses trois frères et soeurs.

Cédric Martin, 22 ans, s’était pendu à une rallonge électrique dans sa cellule où il purgeait une peine de quatre ans de prison pour vol avec violence et usage de stupéfiants. L’autopsie avait révélé qu’il était sous l’emprise d’alcool et de cannabis.

Alcool et cannabis, facteurs déclencheurs du passage à l’acte

Dans son jugement, le tribunal ne retient pas de défaut de surveillance de la part de l’administration en estimant que la fragilité du jeune homme n’était pas avérée. Il note en revanche que la drogue, associée à un alcool artisanal fabriqué à l’aide de fruits macérés, « est, selon les constatations médicales, directement à l’origine d’un phénomène de passage à l’acte et de son décès par suicide« .

« La carence de l’administration pénitentiaire à éviter la circulation de substances stupéfiantes illicites au sein de la maison d’arrêt constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat« , conclut le tribunal.

D’après agence

Adelhamid Hakkar, condamné à la perpétuité, espère une libération conditionnelle

Xavier Beneroso

C’est l’histoire sans fin d’une « longue peine ». Abdelhamid Hakkar, 53 ans, écroué depuis le 2 septembre 1984 pour un vol à main armée et le meurtre d’un policier, collectionne un triste record. Il a passé un quart de siècle entre quatre murs. Embastillé actuellement à Ensisheim, près de Mulhouse, il n’aperçoit toujours pas le moindre signe de libération conditionnelle. Ce détenu, célibataire sans enfants, semble condamné à vie. Un cas rarissime, même pour les « perpétuités » qui finissent toujours par voir s’ouvrir, un jour, les portes de la prison. Aujourd’hui, Hakkar livre son ultime combat judiciaire. Le détenu est sceptique. Comme il l’écrit, le 11 mai dernier, dans une lettre à son avocate, Me Marie-Alix Canu-Bernard : « Je m’épuise à la longue tel le mustang qui tourne perpétuellement en rond dans son enclos et qu’on prive de toute perspective de liberté. » « Qu’est-ce qu’on lui fait payer ? » s’énerve son conseil. Et de préciser le déroulé de son marathon carcéral.

En vingt-cinq années d’emprisonnement, Hakkar a connu près de 45 transferts entre les différents établissements français. Il a été placé au total douze ans à l’isolement – ce qui a valu à la pénitentiaire d’être condamnée par le tribunal administratif. Sans oublier le « mitard », les quartiers disciplinaires, qu’il a fréquentés durant quinze mois. Le paradoxe réside surtout dans le fait que, théoriquement, Abdelhamid Hakkar peut prétendre à la libération conditionnelle depuis maintenant près de neuf ans. Le terme de sa période de sûreté, fixée à seize ans de détention, est écoulé. De manière logique, Hakkar pouvait espérer… Mais le parcours vers la liberté de cette « longue peine » se heurte à un mur.

« La guillotine ? Chiche ! »

Le 31 janvier 2006, Hakkar avait écrit à Pascal Clément, le garde des Sceaux de l’époque. Une missive au vitriol. « Vos centrales sont devenues des annexes des hôpitaux psychiatriques (…) au point de nous amener à vivre au quotidien un remake de Vol au-dessus d’un nid de coucou. On voudrait faire perdre la raison à ceux d’entre nous qui ne l’auraient pas encore perdue qu’on ne n’y prendrait pas autrement. » En guise de conclusion, Hakkar lançait un défi désespéré à l’adresse du ministre. « A choisir la mort lente  que vous m’avez programmée, c’est moi qui vous prends au mot. Chiche : revenez ici avec la guillotine, moi je m’y présenterai. Je ne me résigne pas à mon sort d’enterré vif. » Changement de tête Place Vendôme. Le 9 décembre 2008, Rachida Dati répond à Jack Lang qui s’est mobilisé pour le détenu. La ministre de la Justice botte en touche : « M. Adbelhamid Hakkar n’a fait l’objet d’aucun acharnement judiciaire. » Voire…

Une justice autiste

Cela fait près de quinze ans que le divorce entre la magistrature et le détenu vindicatif a débuté. Le 15 décembre 1995, le Conseil des ministres du Conseil de L’Europe a condamné l’Etat français, considérant que M. Hakkar n’avait pas été jugé dans un délai raisonnable et que surtout, n’ayant pas bénéficié de l’assistance d’un avocat, son procès était inéquitable. Une gifle pour les institutions françaises. La justice a dû à nouveau juger le tueur de policier qui n’a jamais reconnu son crime. Cette victoire, Hakkar la doit d’abord à lui-même. « Qu’est-ce qu’on cherche à lui faire payer, le fait qu’il soit devenu en prison un éminent juriste ? » s’agace une nouvelle fois Me Marie-Alix Canu-Bernard. L’interrogation est justifiée. Car, après avoir infligé un camouflet à la justice française, Hakkar le procédurier a perdu systématiquement son combat pour sa liberté devant les juridictions. A Tarbes en 2006, à Pau en janvier 2007, à Bordeaux en juillet 2008 ; et cette semaine à Toulouse l’avocate a bataillé sans relâche. Une affaire de principe.

« Depuis dix ans, je n’ai pas pris d’honoraires sur ce dossier », glisse-t-elle. Hakkar, lui, cherche à convaincre qu’il possède désormais le profil idéal pour une prochaine réinsertion. Il n’est plus considéré comme un détenu particulièrement signalé depuis 1999. Il rencontre régulièrement un psychologue, possède une attestation d’hébergement, une attestation d’embauche précisant qu’il est détenteur d’un CAP de sollier-moquettiste, un métier du bâtiment. Au bout de plus de deux décennies, la justice va-t-elle entendre Hakkar ? Lui continue d’y croire. Un peu. Juste un peu. Et de citer Alphonse Allais : « Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité. »


Au bout de sa peine

Portrait

Florence Rey. Condamnée il y a onze ans pour l’équipée folle qui avait fait quatre morts en 1994, la jeune femme a été discrètement libérée début mai. Elle a 34 ans.

Par PATRICIA TOURANCHEAU

Florence Rey en 1998.

Florence Rey en 1998.

Héroïne malgré elle, Florence Rey a été libérée le 2 mai, en fin de peine. Elle a passé quinze ans en détention, à Fleury-Mérogis puis à Rennes, et ressort à 34 ans. Elle avait 19 ans quand elle s’est embringuée avec son amoureux, Audry Maupin, dans une équipée folle, les armes à la main entre la place de la Nation à Paris et Vincennes, laissant quatre hommes sur le macadam. A l’issue d’une course-poursuite la nuit du 4 au 5 octobre 1994, son compagnon jusqu’au-boutiste, qui a tué un chauffeur de taxi puis trois gardiens de la paix, a été stoppé à son tour par les balles policières.

Seule en garde à vue au 36 quai des Orfèvres, elle reste mutique et butée, selon la brigade criminelle qui la compare à la terroriste d’Action directe Nathalie Ménigon. En réalité, l’étudiante en rupture de ban qui voulait «changer la société, foutre en l’air le monde» avec Audry s’avère incapable d’articuler, prostrée, terrorisée. La France entière découvre alors, atterrée, la photographie de cette très jeune fille aux cheveux châtains taillés à la sauvageonne, aux yeux hagards qui regardent droit vers l’objectif avec une égratignure sous l’œil droit. Il lui faudra plus de trois mois pour sortir du silence et expliquer au juge Stéphan cette nuit où tout leur a échappé.

«Braquages». Fille d’une institutrice rigide de la dalle d’Argenteuil (Val d’Oise) et d’un père victime d’hallucinations auditives, Florence Rey, brillante élève, étouffait dans ce foyer familial où le bruit était interdit pour ne pas réveiller les voix dans la tête du père. En juin 1993, elle révise le bac chez sa copine de classe Lysiane Maupin et tombe amoureuse de son frère Audry, de trois ans son aîné, ce beau révolutionnaire qui cause philosophie, anarchisme et escalade. Elle le suit en montagne dans les voies les plus abruptes et se surpasse pour tenter d’être à la hauteur. Ils emménagent dans une chambre en cité U. Elle passe de fac de médecine à lettres. Début 1994, ils suivent tous deux le mouvement anti-Cip, le Smic jeunes d’Edouard Balladur, et se heurtent à la police de Charles Pasqua dans les manifs.

Fils d’anciens soixante-huitards ouvriers de la banlieue rouge, Audry Maupin rêve à la vraie révolution, mieux que Mai 68, et supporte mal l’échec. Il plaque la philo à la fac de Nanterre et prend une année sabbatique «pour réfléchir». Tous deux squattent une maison du vieux Nanterre, montent un groupuscule, discutent avec des «autonomes», des anars et anti-Le Pen. A l’automne 94, le couple encaisse mal de vivre sans eau et sans électricité, «comme des clochards» selon les mots de Florence Rey, et décide de se lancer dans des vols à main armée. «Pour avoir des armes pour faire des braquages», a-t-elle toujours dit, Audry eut l’idée saugrenue d’aller piquer celles de deux gardiens de la paix de la préfourrière de Pantin. Le 4 mai 1994, rien ne s’y passe comme prévu. Les deux policiers n’ont pas de menottes, Audry Maupin et Florence Rey ne peuvent pas les attacher au radiateur. C’est le grain de sable. Les deux paniquent, délestent les policiers de leurs revolvers, puis filent à toutes jambes. Croyant les victimes à leurs trousses, ils montent dans un taxi occupé au lieu de reprendre le métro. Ils menacent le chauffeur africain qui, arrivé place de la Nation, fonce dans un véhicule de police. Audry Maupin se met à tirer sur les gardiens de la paix puis… sur le chauffeur de taxi. Florence Rey tente d’épauler son coéquipier, ne touche personne, le suit jusqu’au bout de la même façon qu’elle atteignait des sommets encordée à lui.

«Cendrillon». Le 17 septembre 1998, elle se retrouve seule devant la cour d’assises de Paris, jugée comme coauteure des quatre homicides. La gamine en blouson de jean et queue de cheval perd pied face aux veuves et collègues des policiers. Bredouille des regrets, puis répète à ses avocats Henri Leclerc et Olivia Cligman : «Ils me regardent comme une bête curieuse, c’est trop dur. Qu’ils me mettent ce qu’ils veulent, je veux mourir.» A la barre, Lysiane Maupin supplie les jurés : «Il ne faut pas que Florence prenne la punition à la place de mon frère.» Puis Me Leclerc essaye de démonter «l’engrenage» qui a conduit là «cette jeune fille très adolescente» et de casser son image d’égérie rebelle sacralisée dans les banlieues : «Florence se bat depuis le début pour ne pas être une héroïne. Elle ne veut pas être un exemple.»

Florence Rey attend le verdict, le soir du 30 septembre 1998, dans un silence de plomb, troublé par les aiguilles de la grosse horloge qui égrène les minutes avant minuit et chuchote alors à son avocate : «Je me sens comme Cendrillon». Elle a été reconnue coupable de complicité des quatre meurtres et condamnée à la lourde peine de vingt ans de réclusion. A minuit, comme Cendrillon, elle est retournée seule dans la nuit à sa triste condition.

Elle n’a jamais protesté en prison. Elle n’a cessé d’étudier la philo, l’histoire, la géographie, a lu des centaines de livres. Elle a aussi travaillé au service général du centre de détention des femmes de Rennes qui compte 210 condamnées. Elle a distribué les repas à ses codétenues et a toujours été solidaire de ces femmes qui sont passées de l’autre côté, comme elle. Elle a cessé de voir la famille et les amies d’Audry Maupin en 2001 pour tourner la page. Elle a enfin enterré Audry et repart de zéro, libre.

MAM et Bockel se disputent les prisons

Michèle Alliot-Marie et Jean-Marie Bockel (à droite), lors de leur visite de la maison d'arrêt de Fresnes, vendredi.
Michèle Alliot-Marie et Jean-Marie Bockel (à droite), lors de leur visite de la maison d’arrêt de Fresnes, vendredi.

Le nouveau garde des Sceaux et son secrétaire d’État veulent être présents sur un dossier évoqué par le chef de l’État dans son discours de Versailles.

Les prisons sont bien devenues une priorité politique. Michèle Alliot-Marie, nouvelle garde des Sceaux, s’est rendue vendredi à la maison d’arrêt de Fresnes, le plus grand centre pénitentiaire d’Europe. Pour se joindre à cette visite, Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État auprès de la ministre, a dû revenir in extremis de sa bonne ­ville de Mulhouse… C’est que depuis que Nicolas Sarkozy a cité la situation des prisons dans son discours de Versailles, le dossier est devenu prioritaire. Si bien que ni la ministre d’État, Michèle Alliot-Marie, ni son secrétaire d’État n’entendent s’en dessaisir au profit de l’autre. «Elle compte bien s’investir dans ce chantier très cher au président, comme d’ailleurs il le lui a demandé», souligne-t-on dans l’entourage de MAM.

Jean-Marie Bockel s’était pourtant présenté, dès sa nomination, comme le «M. Prison» du ministère… En réalité le secrétaire d’État ne bénéficie pas pour l’instant d’un statut très clair. Son titre officiel «secrétaire d’État auprès du ministre de la Justice » ne dit pas grand-chose des fonctions qu’il pourrait, concrètement remplir. Un décret devrait tout prochainement dessiner les contours de ce nouveau secrétariat d’État. Mais il donne lieu à d’âpres négociations… «C’est déjà la guerre», commente un conseiller.

Devant le Congrès, Nicolas Sarkozy a annoncé lundi le lancement d’un nouveau programme de construction de prisons, qui permettrait à la fois de moderniser un parc parfois délabré, et de remédier, à terme, à la surpopulation carcérale, tout en poursuivant une politique pénale ferme contre la délinquance. Preuve supplémentaire de l’intérêt que l’Élysée porte désormais au dossier pénitentiaire, pour la toute première fois, plusieurs directeurs d’établissements pénitentiaires ont été conviés à la traditionnelle garden-party du mois de juillet prochain.

Pas de «pré carré»

Jean-Marie Bockel, qui comptait prendre en charge ce nouveau chantier, devrait bien garder une spécificité «prison», mais «sans en faire un pré carré», prend-t-il soin de préciser. Michèle Alliot-Marie a en effet bataillé pour que son secrétaire d’État soit plus polyvalent. «Je serai transversal mais pas transparent », traduit-il. Il devrait donc pouvoir seconder la ministre sur l’ensemble des sujets, notamment à l’Assemblée. «Si l’on ne compte que les textes déjà rédigés, il y a en a déjà 22… explique un membre du ministère. Il y a bien de quoi occuper deux personnes.» Le temps que passent les ministres devant le parlement pour chaque texte s’est par ailleurs beaucoup accru depuis la réforme de l’Assemblée. C’est donc sur les bancs du Parlement que Jean-Marie Bockel devrait passer une bonne partie de son temps. Il commencera dès lundi, avec l’examen du texte sur les bandes, sur lequel MAM interviendra, elle, pendant la journée… Cette nouvelle configuration est symbolisée, dans la forme, par l’implantation de son bureau, dans la chancellerie même et non dans un bâtiment indépendant de la chancellerie, comme l’étaient les deux autres secrétaires d’État avant lui – Pierre Bédier (immobilier pénitentiaire) ou Nicole Guedj (victimes). Toutefois, ses équipes devraient, elles, êtres installées à l’extérieur…

Laurence de Charette

Bockel, de la Défense à la Justice

Jean-Marie Bockel, le maire de Mulhouse, reste au gouvernement mais change de ministère. Archives Jean-François Frey Jean-Marie Bockel, le maire de Mulhouse, reste au gouvernement mais change de ministère. Archives Jean-François Frey

Jean-Marie Bockel, le maire de Mulhouse, reste au gouvernement mais change de ministère. Archives Jean-François Frey

Jean-Marie Bockel, le maire de Mulhouse, reste au gouvernement mais change de ministère. Archives Jean-François Frey

« Je suis très content. C’est une mission qui m’intéresse beaucoup », a relevé, hier soir, le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, peu après l’annonce de sa nomination comme secrétaire d’État auprès de la garde des Sceaux. En plus d’une mission généraliste au côté de Michèle Alliot-Marie, il aura à s’occuper plus spécifiquement des prisons, dont l’état est « une honte pour la République », a déclaré Nicolas Sarkozy devant le Congrès.
Au cours des dernières semaines, Jean-Marie Bockel – qui a été avocat dans sa jeunesse et dont l’épouse, Marie-Odile Mayer, plaide toujours – avait marqué son intérêt pour les questions de justice. Mais, dans le cadre d’un remaniement qui fait la part belle aux personnalités issues de l’UMP, le président de la toute jeune Gauche moderne, très actif pourtant durant la campagne européenne, n’a pas fait le poids. « La configuration ne le permettait pas », a-t-il simplement constaté.
Entré au gouvernement, comme ministre d’ouverture, en juin 2007, l’ancien sénateur socialiste n’aura passé que quelques mois à la Coopération. Ses critiques envers la « Françafrique » avaient déplu à Omar Bongo et aux autres potentats africains.
Nommé en mars 2008 secrétaire d’État à la Défense, Jean-Marie Bockel, colonel de réserve, s’est montré à l’aise avec les militaires, y compris sur les théâtres d’opérations, comme avec les anciens combattants. Il a réglé, en Alsace-Moselle, la délicate question de l’indemnisation des « Malgré-elles ». À 59 ans, un nouveau champ d’action s’ouvre devant lui. Dans son nouveau poste, au sein d’un ministère régalien, il sera cependant plus exposé qu’avant.

Yolande Baldeweck

Il a brûlé son codétenu : le procès encore renvoyé

La Voix du Nord

Pour la troisième fois John G. s’est assis dans le box en vue de son procès pour avoir grièvement brûlé son codétenu, le 20 avril à la maison d’arrêt de Béthune. Le rapport d’expertise médical de la victime n’étant pas encore connu, le procès a, une nouvelle fois, été renvoyé au 15 septembre.

Hier après-midi, John G. ne sera resté que quelques minutes dans le box. Cinq minutes pour entendre qu’il ne serait pas encore jugé cette fois. Son avocat, Me Dubout l’avait déjà informé. Le président Pichoff a, sans s’attarder, expliqué la raison de ce nouveau renvoi : « Il nous manque le retour de l’expertise au niveau de la victime ». Une expertise pourtant demandée lors de la seconde audience, le 12 mai (lire notre édition du 13 mai).

Une troisième expertise

Ce jour-là, alors que les débats étaient déjà bien lancé, les juges avaient évoqué l’existence de deux certificats médicaux établis pour la victime, le codétenu qui a été ébouillanté (dos touché à 75 % mais aussi thorax et visage). L’un faisant état d’une incapacité temporaire de travail (ITT) de quatre jours, l’autre de quinze jours. Ce qui, pour John G. peut changer beaucoup de choses, d’autant qu’il est en état de récidive légale. Le procureur avait rappelé que « pour une ITT inférieure à 8 jours, la peine encourue est de 3 ans avec une peine plancher d’un an. Pour une ITT supérieure à 8 jours, on passe à 5 ans encourus pour une peine plancher de deux ans ». Me Dubout avait, dès lors, refusé que son client soit jugé et avait demandé un report de l’audience. D’autant que les versions sur ce qui s’est passé ce soir là dans la cellule divergent.

La troisième expertise, réalisé par un médecin légiste, revêt en effet une importance capitale. Elle sera finalement étudiée le 15 septembre, lors de la quatrième audience de ce procès initialement prévu en comparution immédiate. D’ici là John G. reste en détention où il purge une autre peine. •

S. D.

Une avocate dénonce les «autistes de la justice»

Société

Prisons . Karim O. a été maintenu en détention jusqu’à son suicide malgré plusieurs alertes sur son état psychique.

Par ONDINE MILLOT

C’est une lettre de colère. Une lettre dont le ton accusatoire et la violence tranchent avec les manières d’ordinaire plus feutrées et stratégiques du monde de la justice. Une avocate, maître Laure Heinich-Luijer, accuse trois magistrats. Elle leur reproche la mort de son client, Karim O., décédé à la prison de Fresnes, dimanche 31 mai. Karim O., 39 ans, était schizophrène. Il s’est pendu dans sa cellule.

Deux psychiatres l’ayant examiné fin mars l’avaient déclaré «dangereux pour lui-même et pour autrui», insistant sur la nécessité de l’hospitaliser au plus vite. «Je vous ai alerté plusieurs fois, Monsieur le juge d’instruction, sur l’incapacité de la maison d’arrêt à traiter Monsieur O., écrit l’avocate. Vous m’avez répondu qu’on n’était pas pressés. Ce n’était pas vos jours qui étaient comptés.»

Schizophrène. Karim O était depuis dix-huit mois en détention provisoire, soupçonné d’avoir noyé son fils de quatre ans dans une baignoire. Il avait protesté de son innocence. Puis, dans un revirement de fin de garde à vue, s’était accusé du crime. Sa femme, qui l’a soutenu jusqu’au bout, n’a jamais cru à sa culpabilité : par le passé, sa maladie mentale l’avait entraîné à s’accuser de plusieurs crimes qu’il n’avait pas commis. «Avant le débat sur sa culpabilité, l’urgence était de le soigner, dit Karine Bourdié, l’avocate de la femme de Karim O. Il était en train de mourir, prenait puis perdait 20 kilos au gré des traitements.»

Début avril, Laure Heinich-Luijer avait déposé une demande de mise en liberté auprès du juge d’instruction, espérant qu’il contacterait le préfet pour que soit décidée une hospitalisation d’office. Rejet du juge, l’avocate fait alors appel devant la chambre de l’instruction. «Je leur ai dit que je venais plaider pour que ce ne soit pas de ma faute, le jour où il se suiciderait. Que ce soit leur faute aux autistes de la justice, à ceux qui veulent réprimer sans rien soigner», écrit-elle. Là encore, sa demande est rejetée.

Joints par Libération, les magistrats visés par l’avocate se disent «choqués» par sa charge. Le parquet de Créteil, en charge de l’enquête sur les causes de la mort, confirme simplement les faits : il y a bien eu une expertise concluant à l’«abolition» du discernement de Karim (ce qui signifie qu’il ne peut pas être jugé et ne peut pas rester en prison). Mais comme elle faisait suite à une précédente mission d’experts qui, eux, n’avaient conclu qu’à une «altération» du discernement (il est schizophrène, mais peut quand même avoir un procès), le juge d’instruction avait décidé de le maintenir en détention en attendant les résultats d’une troisième expertise, censée trancher.

Cette version officielle n’explique pas pourquoi Karim O., lorsqu’il s’est donné la mort, se trouvait seul en cellule sous un régime de détention «classique», sans surveillance particulière. Son avocate avait pourtant fait de nombreuses demandes pour qu’il soit au moins placé à l’unité psychiatrique de la prison. L’administration pénitentiaire n’a pas souhaité faire de commentaires.

Coïncidence. Dans le petit monde des magistrats, la colère de Laure Heinich-Luijer divise. Il y a ceux, majoritaires, qui défendent leurs collègues. L’Union syndicale des magistrats (USM) a écrit au bâtonnier de Paris et à la garde des Sceaux, demandant à cette dernière de «prendre les mesures juridiques qui s’imposent» face aux «attaques diffamatoires» de l’avocate. Le Syndicat de la magistrature (SM) refuse, lui, de «s’acharner» sur un courrier «certes maladroit, mais qui souligne des problèmes essentiels : la présence de nombreux malades mentaux en prison, le manque de rapidité décisionnelle entre les psychiatres et les juges.»

Prisons: L'Etat condamné après un suicide

  • Estimant que l’administration pénitentiaire a commis une succession de fautes, l’Etat a été condamné à verser 30.000 euros de dommages et intérêts à la famille de la victime.

  • Après une première tentative en novembre 2004, l’homme de 28 ans s’était pendu en février 2005 dans sa cellule à Fresnes.

– le 26/05/2009 – 16h16

Le tribunal administratif de Melun a récemment condamné l’Etat après le suicide d’un homme de 28 ans, qui s’était pendu en février 2005 dans sa cellule à Fresnes, dans le Val-de-Marne. Dans son jugement rendu le 22 mai, le tribunal estime que « l’administration pénitentiaire a commis une succession de fautes, constitutives d’une faute lourde de nature à engager la responsabilité de l’Etat, qui a grandement facilité le passage à l’acte de Cédric Grason« . L’Etat est condamné à verser 30.000 euros de dommages et intérêts à la famille.

Pour l’avocat de la famille de la victime, Henri de Beauregard, le but est que « les juges mettent leur nez derrière les barreaux et que l’administration pénitentiaire se sente responsabilisée« . Une plainte contre X pour homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance à personne en danger avait été déposée en septembre 2005 devant le tribunal correctionnel de Créteil.

Ecroué en octobre 2004 après avoir été mis en examen pour infraction à la législation sur les stupéfiants, Cédric Grason avait tenté de se suicider par pendaison en novembre 2004 à Fresnes, selon l’avocat. Ayant perdu partiellement l’usage de son bras et de sa main gauche après cette tentative, il avait été placé « seul en cellule » en février 2005 après trois mois d’hospitalisation à l’hôpital de la prison, selon la même source. Dix jours après son retour au quartier général de la prison, il s’était pendu à l’aide du câble électrique du récepteur radiophonique présent dans sa cellule dans la nuit du 18 au 19 février 2005.

(D’après agence)

Dans les prisons américaines, des chevaux de course participent à la réinsertion des détenus

AP |Des chevaux de course dans les prisons. Aux Etats-Unis, plusieurs établissements pénitentiaires ont mis en oeuvre des programmes permettant aux détenus de s’occuper de pur-sangs, retraités des courses.

Cette méthode présente un double intérêt: permettre aux personnes incarcérées d’apprendre un nouveau métier, tout en offrant aux équidés une reconversion après leur première carrière.

Les anciens chevaux de courses, souvent menés à l’abattoir lorsqu’ils ne sont pas destinés à l’élevage, reçoivent dans les prisons les soins nécessaires et sont dressés jusqu’à ce qu’ils trouvent de nouveaux propriétaires.

Pete Luce, 35 ans, était une véritable boule de nerfs lorsqu’il a approché pour la première fois un pur-sang, conscient qu’il pouvait être sérieusement blessé d’un simple coup de pied.

Plusieurs mois plus tard, le même homme se déplaçait avec aisance au milieu de ces animaux imposants, dans une prison de Virginie qui a mis sur pied un programme de ce type. Pete Luce espère aujourd’hui mettre ses nouvelles capacités à profit pour décrocher un travail sur un champ de course à sa libération du centre pénitentiaire James River, après avoir purgé une peine de 23 mois pour possession de drogue.

A travers les Etats-Unis, les établissements pénitentiaires possédant des terrains sont très nombreux, souligne Diana Pikulski, directrice de la Fondation pour la retraite des pur-sangs, désireuse d’étendre ce type de méthodes. « Nous ne sommes pas à court de détenus à qui enseigner ni de chevaux de course à offrir », lance-t-elle.

L’organisation a lancé sa première ferme « Secondes chances » il y a 25 ans, dans l’établissement pénitentiaire de Wallkill (Etat de New York). Des programmes similaires ont ensuite été développés au Kentucky, en Floride, en Caroline du Sud, dans l’Indiana, en Virginie et au Maryland. Le Massachusetts et l’Illinois envisagent à leur tour d’en créer.

« Il y a quelque chose dans l’animal, en particulier le cheval, qui donne à ces types une occasion, peut-être pour la première fois de leur vie, d’éprouver de l’empathie », souligne Ron Stephens, élu républicain de l’Illinois favorable à ce que l’Etat adopte un tel programme. Pour cela, le centre pénitentiaire de Vandalia constituerait un bon choix, avec 1.500 détenus et plus de 525 hectares de terrain, selon Lanny Brooks, entraîneur de chevaux de course.

Dans d’autres prisons, au Kansas et au Colorado, les détenus travaillent avec des centaines de chevaux ayant grandi en liberté dans les plaines de l’Ouest, les dressant avant de les mettre à l’adoption. Ils s’occupent de tout, du nettoyage des stalles aux soins des sabots, et certains peuvent apprendre à devenir dresseurs.

Selon Brian Hardin, en charge du programme au sein de l’administration pénitentiaire du Colorado, le taux de récidive pour les détenus participants est inférieur de moitié au taux national de 68%. « Les animaux prennent la place de l’unité familiale pendant qu’ils sont incarcérés », explique-t-il.

En Virginie, le directeur du centre pénitentiaire James River, Layton Lester, estime que le programme oblige le détenu à comprendre qu' »il y a une autre vie qui dépend de lui ». « Il y a beaucoup de développement personnel et cognitif grâce à cela », poursuit-il. « C’est probablement le plus important ». AP

À Saint-Quentin-Fallavier, son co-détenu avait incendié un matelas : Brûlé au 3 degré dans sa cellule

par La Rédaction du DL |

Trois ou quatre jours qu’ils cohabitaient, dans les 9 m² de la cellule G 102 à Saint-Quentin-Fallavier, ça se passait « plutôt bien ». Pourtant, ce 21 août 2006, Yannick Ryon, 32 ans, a demandé à changer : il voulait être seul. Parce que déjà, souligne son avocat Me Nathalie Farah, « il était mal » ; atteint d’une schizophrénie « légère » mais extrêmement précoce puisque sa première hospitalisation en psychiatrie remonte à l’âge de neuf ans, son client présente une « impulsivité » incontrôlable.

Sa demande a été refusée, il a aussitôt dit qu’il allait « mettre le feu » ; en rentrant, il l’a dit aussi à son co-détenu, Gregory, un jeune Grenoblois qui supportait la chaleur de l’été torse nu sur sa couchette. Et qui « ne l’a pas pris au sérieux ». Hélas. Yannick Ryon a adossé son matelas à la porte intérieure, allumé son briquet. Et tambouriné pour donner l’alarme : le feu a pris immédiatement. Le surveillant d’étage accouru a ouvert la porte, Ryon a pu sortir ; mais son co-détenu, lui, a trébuché face en avant sur le matelas incandescent. Le surveillant est entré dans la fournaise pour l’aider, avec un sang-froid et un courage « salvateurs », se brûlant les mains. Gregory, lui, a été transféré à Edouard-Herriot à Lyon, visage torse et bras atteints jusqu’au 3e degré, « celui qui précède la carbonisation », rappelle son avocat Me Olivier de Monbrison.

« C’est un survivant »

Des souffrances intolérables, trois mois d’hospitalisation, des greffes multiples, « c’est un survivant ». Qui n’a pourtant aujourd’hui « ni haine ni désir de vengeance » ; il demande réparation, « pas des années de prison » pour Yannick Ryon à qui il a « accordé son pardon ». Yannick Ryon qui répète qu’il n’a « voulu faire de mal à personne », juste « mettre la pression ». Des incendies de cellule, il y en a « fréquemment », confirme Me Pierre Levêque, avocat du surveillant d’étage, qui en ce jour de grève de sa profession, s’est lui aussi constitué partie civile. « Il avait quinze jours de pratique, et 80 détenus à gérer : il vous fait toucher le problème du doigt. C’est le message qu’il veut faire passer. Sans haine, lui non plus ».

Cinq ans de plus

Quelle peine ? C’est « tout le débat », résume l’avocat général Pascal Brillet. Déjà condamné à quinze ans de réclusion, dont dix de sûreté, pour braquage, Yannick Ryon est en état de récidive. Du fait de sa « lourde pathologie », l’expert-psychiatre a conclu à « l’altération » de son discernement ; pour autant « il reste responsable de ses actes ». Il a mis le feu « volontairement », pour un « caprice », aux conséquences « gravissimes » : dans un souci « d’équilibre » de ces contradictions, l’avocat général requiert une peine « qui ne soit pas inférieure à cinq ans ». Ce que Me Farah juge « incohérent : un incendie de cellule, ça peut être sanctionné par quinze jours de quartier disciplinaire. Ici, on vous demande cinq ans en fonction des conséquences, qui sont involontaires, d’un acte lié à une pathologie ». Son client « est un malade, que la prison ne peut pas prendre en charge correctement. Il y est jusqu’en 2016, et il faudrait qu’il y reste jusqu’en 2021 ? »

Question à laquelle les jurés répondront oui. La condamnation que prononce le président Béroud reprend les réquisitions, cinq ans plus cinq si l’accusé ne respecte pas le suivi socio-judiciaire imposé à sa sortie. Me de Monbrison, lui, obtient l’expertise médicale qu’il réclamait pour établir le préjudice définitif de la victime.

Claire SIRAND

Paru dans l’édition 38B du 05/05/2009 (cfb05f96-38df-11de-8786-93e1dd1f5e78)