Robert Badinter, victime du virus H1N1, n’a pas pu venir. André Vallini, attendu sur le plateau de « Mots croisés » où il devait affronter Marine Le Pen, n’a pas pu prolonger. C’est néanmoins à un débat d’une grande richesse que la rentrée solennelle de la Faculté de droit de Grenoble a donné lieu hier après-midi. Il réunissait autour du doyen Sébastien Bernard, outre le président Vallini, l’ancien Premier président de la cour d’appel de Grenoble Charles Catteau et le bâtonnier Patrice Giroud, sur un thème _ » La réforme de la justice pénale » _ dont on a déploré qu’il doive trop souvent son actualité à des faits divers si tragiques soient-ils.

« Tout est parti d’Outreau »

Domaine autrefois austère et discret, la justice se retrouve exposée depuis une dizaine d’années, à « une montée en puissance des médias, notamment audiovisuels » qui désormais « structurent le débat politique ». Or, si « tout est parti d’Outreau », du moins la Commission d’enquête parlementaire que présidait André Vallini avait-elle « réussi à ouvrir un vrai forum avec les Français ». Ses propositions, « plutôt sages, et faciles à mettre en place », de l’avis de M. Catteau, ont en tout cas abouti à inscrire dans la loi de mars 2007 la collégialité de l’instruction. Supplantée, avant même d’être mise en application, par l’annonce (« intempestive ») de « la fin du juge d’instruction ».

« On ne supprimera pas la criminalité »

Et on est, déjà, passé à autre chose. Notamment au projet « incommensurablement imbécile », d’après le bâtonnier Giroud, d’introduire le « plaider-coupable », c’est-à-dire la négociation de la peine sur reconnaissance de culpabilité, en matière criminelle, contraire à tous nos principes dont celui d’individualisation de la peine. Et puis cette semaine, on en est revenu à la récidive : désormais, « à chaque fait divers le gouvernement annonce une nouvelle réforme. Dans une société émotionnelle et compassionnelle, rien n’est plus facile que de mobiliser l’opinion publique avec les souffrances des victimes », reprend André Vallini. Cette mise en scène « conflictuelle » du rapport entre pouvoir et justice, dans le même temps « enferme les juges dans un piège infernal » accusés d’une affaire à l’autre d’être trop répressifs ou trop laxistes. Et de conclure : « On a empilé des lois sur la récidive, et elle existe encore ». Non, « on ne supprimera pas la criminalité ; le courage, ce serait de le dire, et de se battre pied à pied, de développer les services psychiatriques et médicaux en prison par exemple. L’opinion publique est versatile, la responsabilité des politiques ce serait, plutôt que d’épouser ses emballements, d’expliquer des solutions difficiles à des problèmes complexes. La noblesse de la politique, sa vraie grandeur, consiste-t-elle à suivre les citoyens, ou à les éclairer ? ».

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par La Rédaction du DL | le 06/10/09 à 05h50

1 réponse
  1. Oniry
    Oniry dit :

    Cet André Vallini est décidément un homme clairvoyant et de grande valeur que nous avons découvert suite à l’affaire Outreau.

    André Vallini, prochain ministre de la justice ? (dans mes rêves malheureusement !)

    Répondre

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