Le procès de Duch touche à sa fin

AP | 23.11.2009 | 10:10

L‘ancien chef de la prison S-21 de Phomh Penh, premier dirigeant khmer rouge jugé devant un tribunal international « Duch », a tenté de minimiser son rôle dans le génocide cambodgien, a déploré lundi un avocat de la défense au cours des dernières plaidoiries de ce procès.

Kaing Guek Eav, de son vrai nom, qui devrait témoigner mercredi devrait connaître son sort au début de l’an prochain pour avoir participé au génocide au cours duquel quelque 1,7 million de personnes tuées, exécutées, mortes d’épuisement ou de malnutrition pendant les années du régime sanguinaire, de 1975 à 1979.

Duch dirigeait la prison S-21 où près de 16.000 personnes ont été torturées, avant d’être envoyées à la mort. Il est poursuivi pour crime contre l’humanité, crimes de guerre, meurtre et torture. Il risque au maximum une peine de prison à vie. La peine de mort n’est plus appliquée au Cambodge.

Duch est le seul chef khmer rouge a avoir reconnu ses crimes, mais quatre autres dirigeants attendent leur procès. Malgré ses remords, l’avocat de la défense Karim Khan a regretté que Duch ait tenté tout au long de son procès de minimiser son rôle dans « l’horrible réalité » de S-21.

Un autre avocat de la défense, Kong Pisey, a rejeté les justifications de Duch selon lesquelles il craignait d’être persécuté par ses supérieurs. « Son but était de rester au pouvoir à une position importante avec des contacts exclusifs et quotidiens avec les plus hauts responsables » du régime, a-t-il dénoncé.

« Il a dit dès le début qu’il voulait s’expliquer devant les juges, devant l’opinion. C’est la dernière fois qu’il pourra le faire » plaide son avocat, François Roux. « Alors, il est inquiet de ce qu’il va dire et comment il le dira ». Il espère que les juges prendront en considération son repentir et les excuses qu’il a présenté à ses victimes. AP

Dix-huit ans pour le capitaine meurtrier de Carcès

La cour d’assises du Var a condamné hier soir Richard Howard Mac Alpine Thomson Dunn à dix-huit ans de réclusion pour avoir battu à mort son épouse Brigit, le 6 avril 2007 dans leur villa de Carcès. Ce capitaine de plaisance britannique de 56 ans, avait dans un premier temps prétendu que son épouse était décédée accidentellement, en chutant dans un escalier. Cette thèse invraisemblable n’avait pas abusé une minute les gendarmes de Carcès, dont l’enquête rigoureuse a débouché sur la mise en cause du mari.

La défense a plaidé pour la requalification de l’accusation en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Mais c’est bien sûr une culpabilité de meurtre que la conviction des jurés s’est forgée.

Le meurtre nié

Cette éventualité avait cependant été envisagée par le président Tournier, qui avait annoncé qu’en cas d’acquittement pour le meurtre, il poserait cette question subsidiaire des coups mortels, comme résultant des débats.

En effet, dans son ultime interrogatoire, Richard Thomson Dunn avait indiqué à trois reprises que, s’il était bien responsable de la mort de son épouse, il n’avait pas eu l’intention de la tuer.

Il a expliqué que le soir des faits, ils avaient l’un et l’autre beaucoup bu, et qu’une dispute avait éclaté au sujet d’une dette de 2000 e qu’ils devaient rembourser, pour des travaux réalisés sur leur voiture de sport. Chacun voulant que ce soit l’autre qui règle la facture. La dispute s’était envenimée et des coups avaient été portés.

Quelle était la nature de ces coups ? Leur violence ? Leur localisation ?

Sur ce point, la mémoire de l’accusé était défaillante. Les précisions sont venues du médecin légiste, le Dr Alain Pradier, qui dans une déposition de trois heures a décrit un passage à tabac d’une extrême violence. Il a dénombré sur le corps de la victime pas moins de trente-huit impacts de coups, portés pour la plupart avec les pieds. Ils ont causé un fracas des côtes, sur la poitrine comme dans le dos, qui ont entraîné une asphyxie mortelle. Brigit Thomson Dunn, très amaigrie et affaiblie par son alcoolisme chronique, n’ayant sans doute pas survécu au-delà de trois quarts d’heure.

Pas seulement pour faire mal

Cet acharnement violent était la marque de l’intention homicide, pour l’avocat général Sophie Boyer : « Il n’a pas seulement cherché à faire mal. » Quant au mobile de ce crime, il ne fallait pas le chercher ailleurs que dans « l’anormalité de ce couple », rongé par l’abus d’alcool et les séparations à répétition.

« Elle n’avait plus dans son existence que le souci des cubis de vin rosé et le sort de ses treize chats. » Mme Boyer a requis vingt ans de réclusion, ce qui semblait convenir à Me Colette Vanderstichel, aux intérêts des parents de Brigit Thomson Dunn, « qui ne veulent pas qu’elle meure une seconde fois à travers un verdict de compassion ».

En défense, Me Julien Pinelli (barreau d’Aix) a convenu que l’alcoolisme était bien le ressort de ce drame conjugal. Pour autant, il n’était pas convaincu que Richard Thomson Dunn avait eu l’intention d’en finir avec sa femme. En dépit des aveux qu’il avait passés en ce sens devant les gendarmes et le juge d’instruction. « De nationalité anglaise, n’ayant pas une formation de juriste suffisante pour apprécier le concept de l’intention homicide, et s’exprimant par le truchement d’un interprète, son aveu d’avoir provoqué la mort de son épouse a pu être mal compris.

Il avait beaucoup bu. Et la conscience n’est pas la volonté. Avait-il un niveau de conscience suffisant pour rechercher un but précis, celui de tuer ? »

La cour a jugé que oui.G. D.

La défense a plaidé pour la requalification de l’accusation en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Mais c’est bien sûr une culpabilité de meurtre que la conviction des jurés s’est forgée.

Le meurtre nié

Cette éventualité avait cependant été envisagée par le président Tournier, qui avait annoncé qu’en cas d’acquittement pour le meurtre, il poserait cette question subsidiaire des coups mortels, comme résultant des débats.

En effet, dans son ultime interrogatoire, Richard Thomson Dunn avait indiqué à trois reprises que, s’il était bien responsable de la mort de son épouse, il n’avait pas eu l’intention de la tuer.

Il a expliqué que le soir des faits, ils avaient l’un et l’autre beaucoup bu, et qu’une dispute avait éclaté au sujet d’une dette de 2000 e qu’ils devaient rembourser, pour des travaux réalisés sur leur voiture de sport. Chacun voulant que ce soit l’autre qui règle la facture. La dispute s’était envenimée et des coups avaient été portés.

Quelle était la nature de ces coups ? Leur violence ? Leur localisation ?

Sur ce point, la mémoire de l’accusé était défaillante. Les précisions sont venues du médecin légiste, le Dr Alain Pradier, qui dans une déposition de trois heures a décrit un passage à tabac d’une extrême violence. Il a dénombré sur le corps de la victime pas moins de trente-huit impacts de coups, portés pour la plupart avec les pieds. Ils ont causé un fracas des côtes, sur la poitrine comme dans le dos, qui ont entraîné une asphyxie mortelle. Brigit Thomson Dunn, très amaigrie et affaiblie par son alcoolisme chronique, n’ayant sans doute pas survécu au-delà de trois quarts d’heure.

Pas seulement pour faire mal

Cet acharnement violent était la marque de l’intention homicide, pour l’avocat général Sophie Boyer : « Il n’a pas seulement cherché à faire mal. » Quant au mobile de ce crime, il ne fallait pas le chercher ailleurs que dans « l’anormalité de ce couple », rongé par l’abus d’alcool et les séparations à répétition.

« Elle n’avait plus dans son existence que le souci des cubis de vin rosé et le sort de ses treize chats. » Mme Boyer a requis vingt ans de réclusion, ce qui semblait convenir à Me Colette Vanderstichel, aux intérêts des parents de Brigit Thomson Dunn, « qui ne veulent pas qu’elle meure une seconde fois à travers un verdict de compassion ».

En défense, Me Julien Pinelli (barreau d’Aix) a convenu que l’alcoolisme était bien le ressort de ce drame conjugal. Pour autant, il n’était pas convaincu que Richard Thomson Dunn avait eu l’intention d’en finir avec sa femme. En dépit des aveux qu’il avait passés en ce sens devant les gendarmes et le juge d’instruction. « De nationalité anglaise, n’ayant pas une formation de juriste suffisante pour apprécier le concept de l’intention homicide, et s’exprimant par le truchement d’un interprète, son aveu d’avoir provoqué la mort de son épouse a pu être mal compris.

Il avait beaucoup bu. Et la conscience n’est pas la volonté. Avait-il un niveau de conscience suffisant pour rechercher un but précis, celui de tuer ? »

La cour a jugé que oui.G. D.

Douze ans pour les deux SDF

Stéphane Roi et Jean-Claude Diot, deux SDF berruyers, ont été condamnés à douze ans de réclusion criminelle hier par la cour d’assises du Cher, à Bourges. Ils étaient jugés pour avoir tué une femme de 43 ans, à Chârost, en 2004.
L’un est arrivé libre au palais de justice ; l’autre menotté. Après le procès, qui a duré trois jours et s’est achevé hier soir, les deux sont repartis menottés.La cour d’assises du Cher a condamné Stéphane Roi et Jean-Claude Diot, deux SDF berruyers, à douze ans de réclusion criminelle pour avoir frappé puis jeté à l’eau Claudine Devineau, une femme de 43 ans, à Chârost en 2004. C’est une année de moins que les réquisitions. Tous les deux se disaient innocents et ont très mal accueilli le verdict.

Diot, 28 ans, en détention provisoire depuis plus de deux ans, a d’abord pleuré. Il a ensuite menacé la famille de la victime : « Je connais votre adresse, on se reverra dans douze ans ! » Puis il a attrapé une chaise et tenté de la jeter. Il a dû être ceinturé et mis au sol par les policiers. Idem pour Roi, 38 ans, les insultes à la partie civile et les pleurs en moins. Pour finir, après l’audience qui a fixé les dommages et intérêts, Jean-Claude Diot a adressé un bras d’honneur au frère et aux s’urs de Claudine Devineau.

La troisième et dernière journée du procès a débuté par une surprise, hier. L’avocat général, Bernard Salvador, a demandé ? et finalement obtenu ? la requalification du crime. Jean-Claude Diot et Stéphane Roi comparaissaient pour le meurtre (c’est-à-dire l’homicide volontaire) de Claudine Devineau. Honnête, le représentant du ministère public a expliqué aux jurés ne pas pouvoir leur « démontrer qu’ils (les accusés, ndlr) ont voulu la tuer. Vous les condamnerez donc pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. » On passe de trente ans de réclusion criminelle encourus au maximum pour meurtre, à vingt ans pour coups mortels en réunion.

Les avocats des deux accusés ont demandé l’acquittement. « Nous avons un dossier qui comporte des zones d’ombres importantes, des questions sans réponse et des lambeaux de preuves », a lancé Bertrand Couderc, conseil de Stéphane « Farid » (comme il se fait appeler) Roi. S’il reconnaît que son client, avec ses trente condamnations inscrites au casier judiciaire « n’est pas un agneau », il possède néanmoins un argument majeur : « On ne peut être ni le complice, ni l’auteur du meurtre de quelqu’un qui est déjà décédé ». Car parmi les multiples versions livrées par Diot lors de ses aveux en garde à vue, une présente Roi comme étant simplement ? ce serait déjà beaucoup? ? venu aider son ami à jeter la victime dans l’eau.

C’était plus difficile pour Bérenger Tourné, avocat de Jean-Claude Diot, qui a avoué avant de se rétracter. Il évoque « un mauvais roman de gare rédigé par [son client] en garde à vue ». Pour lui, les aveux de Diot, parce que rétractés, ne prouvent rien.

Reste l’homme grâce à qui ? ou à cause de qui, suivant le côté de la barre où on se place ? ce procès a eu lieu ; celui qui, un jour qu’il était en garde à vue pour une autre affaire, a balancé Jean-Claude Diot et Stéphane Roi. Comme Me Couderc (même si ce témoignage n’égratigne pas trop son client), Me Tourné a tenté de décrédibiliser ce témoin. « On a fait des dires de quelqu’un qui a un casier judiciaire long comme mon bras, d’un menteur notoire, le postulat de base de cette affaire. » Et l’avocat de lâcher : « Des aveux ont fait des erreurs judiciaires. »

La cour n’a pas été convaincue. Stéphane Roi et Jean-Claude Diot ont dix jours pour faire appel.

Geoffroy Jeay
geoffroy.jeay@centrefrance.com

La justice suisse veut mettre la main sur 350 millions de dollars appartenant au clan Abacha

AP | 20.11.2009 | 17:55

Un juge d’instruction suisse a ordonné la confiscation de 350 millions de dollars au Luxembourg et aux Bahamas appartenant au clan du défunt dictateur nigérian Sani Abacha, mort en 1998.

Cette demande de saisie est liée à la condamnation d’Abba Abacha, l’un des fils du dictateur, pour participation à une organisation criminelle.

Les deux ordonnances de condamnation et de confiscation ont été rendues jeudi par le juge d’instruction genevois Yves Aeschlimann, a communiqué vendredi ce dernier. Les personnes condamnées peuvent faire opposition dans un délai de deux semaines.

Abba Abacha, 41 ans, a été condamné à une peine privative de liberté avec sursis dont la quotité n’a pas été précisée. Elle ne peut pas excéder un an. Le juge a aussi ordonné la confiscation de valeurs patrimoniales appartenant à l’organisation criminelle de l’intéressé, saisies par l’entraide pénale internationale au Luxembourg et aux Bahamas, pour un montant de quelque 350 millions de dollars.

Le juge Aeschlimann relève que ces deux ordonnances mettent un terme à l’instruction préparatoire diligentée à Genève depuis dix ans dans la procédure dite « Abacha ». Elle avait été ouverte en 1999 par le procureur général Bernard Bertossa suite à l’envoi, par la République fédérale du Nigeria aux autorités suisses, d’une commission rogatoire internationale visant à récupérer les milliards de dollars que le général Sani Abacha, décédé en juin 1998, était accusé d’avoir détourné des caisses de l’Etat.

Les fonds Abacha bloqués en Suisse ont déjà été restitués au Nigeria. AP

En prison pour avoir insulté les gendarmes

L’homme a été jugé en comparution immédiate, hier

S’il n’y avait pas aussi des faits d’outrage, rébellion et violence, l’affaire jugée hier après-midi relevait plutôt d’une émission de Julien Courbet que du tribunal correctionnel.
P.-L. P. comparaissait hier à Rodez, pour des faits commis le 17 novembre 2009, à Saint-Sernin-sur-Rance. Cet homme de 51 ans, né à Caen, aurait outragé un militaire en lui lançant : « J’emmerde les gendarmes, viens ici si tu as des couilles ! », avant de lui résister violemment à coups de poing. Il aurait également, ce même jour, détérioré une porte vitrée, le tout en état d’ivresse dans un lieu public.
Les quatre condamnations inscrites à son casier judiciaire (pour outrage, conduite sous emprise de l’alcool, violences et port prohibé d’arme) le plaçaient en outre en état de récidive

légale.
C’est donc après l’appel téléphonique d’un voisin, pour signaler un bris de porte qu’une équipe de gendarmes vient sur les lieux faire un constat. P.-L. P. est en litige avec lui depuis quatre ans car il doit passer dans la cour de ce dernier pour accéder à son logement, une situation engendrant régulièrement des conflits.
Selon des témoins, le prévenu serait alors sorti de chez lui, aviné, et aurait agressé un gendarme. « Par principe, j’ai toujours outragé les gendarmes », dit-il en haussant les épaules « mais ce n’est pas moi qui aie cassé la porte ». Son voisin déclare l’avoir « vu rentrer en titubant et, quelques secondes après, entendu deux grands coups et du verre tomber », sans pour autant l’avoir vu casser la porte.
Le parquet représenté par Marina Jourdain, remet les choses à leur place, hiérarchise les faits : « Chacun veut montrer son bon droit en disant que c’est l’autre ; vous vous détestez pour des petits riens. Les gendarmes ne sont pas des citoyens lambda, ils sont dépositaires de l’autorité publique », adresse-t-elle à P.-L. P., en requérant un mandat de dépôt, douze mois d’emprisonnement dont six avec sursis et mise à l’épreuve, ainsi qu’une obligation de soins et une contravention de cinquième classe pour les dégâts.
La plaidoirie de l’avocat de la défense, Me Brunel, insistant sur le comportement coopératif et la vie rangée de son client, a porté ses fruits auprès des magistrats, qui condamnent P.-L. P. à six mois d’emprisonnement dont trois avec sursis et mise à l’épreuve, une obligation de soins de dix-huit mois, avec relaxe pour la contravention. Centre Presse

Anaïs ARNAL

Lorient. Condamné à 20 ans de prison pour le meurtre de son fils

L’homme jugé depuis jeudi par la cour d’assises du Morbihan pour le meurtre de son fils, le 16 septembre 2006 dans un pavillon de Gestel (Morbihan), a été condamné vendredi soir à la peine de 20 ans de réclusion criminelle.

Le verdict est tombé vendredi à 22 h 30, après plus de deux heures de délibérations. Préalablement, l’avocat général avait requis une peine plus lourde de cinq années. Elle souhaitait en effet que la sanction soit exemplaire afin « que des pères ou des mères ne prennent plus leur enfant en otage », ne s’en servent plus comme « d’une arme » pour régler leurs différends d’adultes.

La jeune victime, âgée au moment des faits de 9 ans, vivait avec sa mère depuis la séparation du couple, deux ans plus tôt. Le père, jaloux du nouveau compagnon de sa femme, avait formulé des menaces. Qu’il a mises à exécution un week-end durant lequel il avait la garde du garçon : il l’avait tué de trois balles dans la tête au moyen d’un pistolet 7.65. Il s’était grièvement blessé en tentant de mettre fin à ses jours avec la même arme. Il conserve, et le procès l’a confirmé, des séquelles de cette tentative de suicide. Durant les deux jours de procès, le condamné a répété « avoir aimé cet enfant plus que tout », mais sans jamais exprimé un mot de regret pour l’acte qu’il avait commis.

Hier lors de la première journée d’audience, il avait été question de la personnalité de l’accusé, décrit comme un « bosseur, bien intégré » et ouvert aux autres. C’était aussi un père « aimant et gentil » dont son second fils, la victime, représentait « tout pour lui ».

vendredi 20 novembre 2009

Assassinat : réclusion de vingt-cinq ans confirmée

Au terme de trois jours d’audience, la cour d’assises de l’Aube a confirmé le verdict prononcé à Reims en mars 2008 contre Saïd Khannoufi

Saïd Khannoufi, un Châlonnais de 30 ans, déclaré coupable du meurtre prémédité d’Olivier Robert est sanctionné par vingt-cinq ans de réclusion criminelle. Seule différence avec le premier procès : il échappe à la peine de sûreté que la cour d’assises de la Marne avait fixée à dix-sept ans.
Le 4 mars 2006 en début d’après-midi, Saïd Khannoufi charge, dans sa Peugeot 306, Olivier Robert, 26 ans pour un énième voyage à Maastricht. Ils ont en commun d’être tous deux accros à l’héroïne et de faire partie des « mulets » de Momo, Didier Driancourt, grossiste en stups sur le secteur et qui envoie régulièrement ses équipes au ravitaillement, les rémunérant en grammes de dope.
La veille, Momo a confié environ 15 000 € en coupures de 20 € à Olivier qui, faute de permis, fait appel à l’un ou à l’autre pour servir de chauffeur. Cette fois-là, c’est Khannoufi. Vers 18 h, le corps sans vie d’Olivier Robert, lardé de dix coups de couteau, est découvert dans un champ à proximité de Châlons.
Au cours de l’instruction, l’accusé avait livré des versions aussi nombreuses que variées, niant toute implication puis reconnaissant les coups de couteau mais dans une bagarre : pour se défendre. Au procès de Reims, il avait tout nié, affirmant n’avoir finalement pas emmené Olivier qu’il disait avoir laissé à Châlons.
Nouvelle version
Lundi, au premier jour de son procès en appel à Troyes, Saïd Khannoufi, dont l’expert psychologue a souligné « la culture du mensonge, liée à la toxicomanie », était sur la même ligne de défense. Mardi, il a admis être l’auteur des coups de couteau mais avec une thèse inédite : Olivier, sous la menace d’un couteau, aurait tenté de lui voler sa voiture. Saïd a assuré n’avoir fait que le désarmer et se défendre… Cette version a été contrecarrée en deux temps trois mouvements par l’avocat général, Bruno Fayard. « La nouvelle version qu’il nous sert n’est pas plus crédible que les autres », a-t-il lancé avant de rappeler que le nombre et la violence des coups de couteau portés à la victime témoignaient « d’un acharnement » et « d’une volonté de tuer ». Abandonné dans un champ sans moyen de

prévenir les secours puisque Saïd Khannoufi avait pris son téléphone, Olivier est décédé d’hémorragie peu après : « Ce n’est pas le comportement de quelqu’un qui ne fait que se défendre », souligne l’avocat général, avant de rappeler qu’en aucun cas ce couteau ne peut être confondu avec le laguiole d’Olivier Robert.
Pour l’argent
Qu’il y ait eu meurtre ne fait aucun doute aux yeux de Bruno Fayard et que ce meurtre ait été prémédité « peut-être même depuis la veille », non plus. Il énumère les arguments en faveur de l’assassinat, notamment la promesse de Saïd Khannoufi à sa femme de l’accompagner faire des courses dans l’après-midi du samedi. « Comment sinon aurait-il pu être de retour si tôt ? », interroge Bruno Fayard avant d’évoquer la route prise par Khannoufi : « Pour accéder à ce chemin isolé, il n’avait pas pris la route la plus directe pour Maastricht ». L’avocat général met également sur le compte de la préméditation l’ensemble des contradictions de l’accusé. « Il avait délibérément décidé qu’il tuerait la victime pour lui voler l’argent confié par Driencourt », a-t-il conclu en rappelant que 13 000 €, également en coupures de 20 €, avaient été retrouvés chez Khannoufi dont les revenus se limitaient au RMI.
De là, en déplorant « toute évolution de Saïd Khannoufi » et en soulignant « le risque de récidive évoqué par un expert », l’avocat général a requis vingt-cinq ans de réclusion criminelle.
Avocat de la défense, Me Bouchaillou, du barreau de l’Aisne, a mis l’accent sur la double vie de l’accusé, « issu d’un quartier défavorisé » depuis qu’il était dépendant à l’héroïne : « Il était feignant mais gentil avec ses proches qui n’ont rien remarqué ». S’il a réfuté la thèse de la préméditation – « Il aurait au moins nettoyé sa voiture ensuite » -, il a fait valoir « le pas en avant de l’accusé qui a reconnu les coups de couteau ». Il a surtout dénoncé « le fléau de la toxicomanie » dans une Union européenne où « les législations sur les stupéfiants manquent totalement et lamentablement

d’harmonisation ».

Braquage du fourgon blindé villeneuvois : deux lourdes condamnations à dix-huit années de prison prononcées hier

 Même les parties civiles sont surprises par le «quantum» de la peine.PHOTO ÉMILIE DENIS Même les parties civiles sont surprises par le «quantum» de la peine.PHOTO ÉMILIE DENIS

|  ASSISES DU NORD |

À l’énoncé du verdict par la présidente Karas, hier après-midi à la cour d’assises de Douai, …

toute la salle a été un peu sonnée. Le Roubaisien Amaury Oueslati et le Bruxellois Mohamed Hafidi ont été chacun condamnés à 18 années d’emprisonnement. Leurs avocats, respectivement Me Cohen-Sabban, collaboratrice de Me Dupond-Moretti, et Me Riglaire, ont immédiatement annoncé leur intention d’interjeter appel. Les deux hommes comparaissaient pour l’attaque d’un fourgon blindé à Villeneuve-d’Ascq en septembre 2005.

L’avocat général, M. Dorémieux, avait demandé 15 ans pour chacun. Il souhaitait accompagner la peine d’une période de sûreté des deux tiers. Les 18 ans ont été prononcés sans période de sûreté : la condamnation n’est pas plus lourde que les réquisitions.

La défense à quitte ou double a pesé. Soutenir qu’il n’était pas à Villeneuve-d’Ascq alors que son ADN et son sang sont retrouvés sur la scène de crime était osé de la part de Mohamed Hafidi. Espérer que les jurés n’entendraient pas les témoignages des quatre personnes qui l’ont aidé à soigner sa blessure par balle était audacieux de la part d’Amaury Oueslati.

Alors que les proches des condamnés s’effondraient ou retenaient difficilement leur colère, les parties civiles n’exprimaient pas la satisfaction, tout au moins le soulagement qu’on pouvait imaginer.

Martine Roussel, l’enseignante qui s’est retrouvée sous le feu croisé des braqueurs et des convoyeurs, traduisait l’état d’esprit du groupe : « On ne peut pas se réjouir d’envoyer deux personnes en prison, surtout pour une telle durée. » « Non, on ne peut pas se réjouir, renchérissait Dominique Poillon, le chauffeur du fourgon. On sait comment est la prison !

» Des choses ont pu enfin être dites. Dominique Vanderplancke, le messager (chef de bord) qui, par son sang froid et ses tirs, a mis en échec les malfaiteurs, était encore bouleversé : « J’espère que ça va aider à me reconstruire (il est en arrêt depuis les faits). Déjà, avoir rencontré Martine (Roussel), c’est important : j’ai failli la tuer ! »

« Trois ou quatre morts »

Ce à quoi celle dont la voiture a été traversée par deux balles tirées par le convoyeur rétorque : « Si vous n’aviez pas tiré, il y aurait eu trois ou quatre morts ! Ce seraient nos enfants, nos conjoints qui nous représenteraient aujourd’hui ! » Dominique Vanderplancke aurait préféré « une peine moins lourde et pas d’appel : on va encore devoir revivre la même chose. Pour nous, chaque jour du procès a été un jour de braquage ». Silencieux, Pascal Engrand, le garde qui était derrière la porte qui a essuyé le tir de fusil-mitrailleur, acquiesce.

Dominique Poillon conclut : « On recherchait leur culpabilité, c’est tout. Ce n’est pas la prison qui réhabilite un homme. » •

FRANCK BAZIN

vendredi 20.11.2009, 05:03 La Voix du Nord

Tests psychologiques pour entrer à l'ENM: les syndicats de magistrats ont saisi le Conseil d'Etat

AP

Alors que se déroulent les épreuves d’entrée à l’Ecole nationale de magistrature (ENM), les syndicats de magistrats, unanimes, ont saisi le Conseil d’Etat pour protester contre la mise en oeuvre, pour la première fois, de tests psychologiques, a-t-on appris jeudi auprès du Syndicat de la magistrature (SM).

« Nous avons été interrogées sur notre stress, nos émotions, notre imagination, nos rêves », ont déclaré deux candidates qui se souviennent d’une première épreuve écrite le 5 novembre. Puis ce sera quelques jours plus tard un entretien avec un autre psychologue épaulé d’un magistrat. Au chapitre des questions: êtes-vous une maniaque du rangement? Les candidats apparaîtront de nouveau lundi prochain devant un « psy », au coté des autres membres du jury, lors de l’épreuve de groupe.

Mise en place par décret en 2008 dans le cadre de la réforme du concours, l’étude de la personnalité des candidats a été mûrie au lendemain de l’affaire Outreau. Pour le député socialiste André Vallini, le rapporteur de la commission d’enquête sur ce fiasco judiciaire, « les recommandations de la commission favorable à une évaluation en fin de cycle ont été dévoyées ».

Jean-François Thony, le directeur de l’école, entend ne pas « former durant trois années un élève qui présente une pathologie ».

Réponse du Syndicat de la magistrature par la voix de son vice-président Ollivier Joulin: « Il ne s’agit pas de rechercher des pathologies avérées mais de mettre l’accent sur des traits de personnalité, des tendances… A aucun moment dans les critères d’évaluation on évoque l’indépendance! Que cherche-t-on? Une neutralité de caractère? ».

« Nous avons mis en place un comité de suivi qui dressera un bilan. Je rappelle que ce dispositif est appliqué dans d’autres écoles ailleurs en Europe comme aux Pays-Bas ou au Portugal! », rappelle la direction de l’école.

Porte-parole du ministère de la Justice, Guillaume Didier est sur la même longueur d’onde: « Pour juger il ne suffit pas de connaître son droit. Au même titre que les commissaires, les futurs magistrats doivent être aptes à exercer leurs fonctions ». AP