AFP

Richard Berthon, qui refusait de comparaître depuis mercredi devant la cour d’assises d’appel des Hauts-de-Seine, a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle dans la nuit de vendredi à samedi pour le meurtre d’un assureur parisien en novembre 2003.

En appel, les jurés n’ont pas suivi la thèse de l’accident retenue en avril 2008 par la cour d’assises des Yvelines, qui avait acquitté Richard Berthon du meurtre et l’avait condamné pour homicide involontaire à trois ans de prison.

Le parquet général de Versailles avait fait appel du verdict.

La peine, qui va au-delà des quinze ans requis par l’avocat général, est assortie d’une période de sûreté de douze années.

L’accusé, âgé de 37 ans, s’est toujours défendu en affirmant que la victime, Jean-Paul Nédellec, s’était tiré sous ses yeux une balle dans la tête avec un pistolet automatique qu’il venait de lui remettre, alors que les esprits s’échauffaient entre les deux hommes, désinhibés par l’alcool.

Selon ses dires, il n’avait pas appelé la police et avait tenté de faire disparaître le corps de son appartement parisien, avec l’aide de complices, de crainte d’être accusé du meurtre.

Le cadavre n’avait été retrouvé qu’en mai 2004 dérivant sur la Seine, la tête enveloppée dans deux sacs en plastique, à hauteur de la commune de Rosny-sur-Seine (Yvelines).

Deux autres accusés, qui comparaissaient pour avoir aidé Richard Berthon à faire disparaître le corps, ont été condamnés à 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis et un an de prison dont neuf mois avec sursis. Ils sont repartis libres du procès.

Entrés en scène juste après le drame, ils ont confié leurs doutes quant à un éventuel suicide de la victime, mettant en cause à demi-mots Richard Berthon, dont ils ont avoué redouter une remise en liberté.

Dépeint comme un « ersatz de mafieux », qui revendique ses origines corses, sa « passion » pour les armes et sa défiance vis-à-vis de la justice, Richard Berthon avait déserté son box mercredi matin après avoir lancé de nombreuses injures à la cour.

Il ne se sera finalement pas exprimé sur le fond de l’affaire lors de ce second procès, laissant ses deux avocats le défendre.

Durant son réquisitoire, l’avocat général avait évacué la thèse du suicide en soulignant que la victime, père de deux filles, « aimait la vie » et « ne traversait pas une période dépressive », en dépit d’une tentative de se tailler les veines plus de dix ans plus tôt.

Il avait aussi souligné les « incohérences » dans les déclarations de Richard Berthon et ses convoitises à l’égard de l’une des filles de la victime.

Frédéric Abéla

Mehdi Fekir avait massacré sa compagne, Mélanie, 26 ans, parce qu’elle voulait le quitter.

En moins de deux heures, les jurés de la cour d’assises de Haute-Garonne ont scellé le sort de Mehdi Fekir. Hier, cet homme de 35 ans a été déclaré coupable d’assassinat sur sa compagne, Mélanie Rodrigue et condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Une peine beaucoup moins lourde que les réquisitions de l’avocat général Marc Gaubert qui avait demandé 30 ans. Medhi Fekir encourait la perpétuité.

Le 16 avril 2007, dans l’appartement du couple, à Tournefeuille, le corps de Mélanie, 26 ans, lardé de 51 coups de couteau, est découvert par les policiers. Fekir était sorti de prison cinq jours auparavant. Quelques heures avant de s’acharner sur le corps de sa compagne il venait d’apprendre qu’elle voulait le quitter. Durant ces deux jours d’audience, l’accusé se contente de répéter cette même phrase, ne livrant aucune explication sur cette violence inouïe.
« je le hais »

« C’était ma fille unique. Je n’ai plus personne, je suis veuve et je suis complètement perdue. Il l’a achevée, je le hais. Je suis bouleversée », lâche émue mais digne, la mère de Mélanie, soutenue par son avocat Me Boucharinc. Cette nuit du 16 avril 2007, la jeune femme annonce à Mehdi, rongé par des dépressions, qu’elle veut mettre un terme à leur relation, déçue par ses aveux d’infidélités. Mélanie, aide-soignante appréciée pour sa générosité, avait gagné un dernier combat en obtenant la libération conditionnelle de Mehdi tombé pour un braquage suicidaire en 2005 à Plaisance. Mais ce soir-là, cet homme ne peut se résigner à la séparation annoncée. Il est tard et après une rude discussion, elle ajuste ses bouchons dans ses oreilles. Mehdi saisi un couteau de cuisine et plante la lame à 51 reprises, la dernière dans la région du cœur. Pourquoi ? La défense se lance dans l’exploration de l’enfance « fracassée » de l’accusé. Me Alfort résume : « Le drame du 16 avril a commencé dès l’âge de 3 mois… » La vie de Fekir, ballotté dans des familles d’accueil, en fait selon la défense, une sorte de « bombe à retardement » dopée à l’adolescence par l’héroïne et le shit.

Entre « carences affectives » et « sentiment d’abandon » subi durant l’enfance, Fekir n’aurait plus supporté d’être balayé par celle qu’il aime. C’est là, dans ce tragique jeu de miroirs où le regard de l’autre ne renvoie plus que la pâle copie d’un amour défunt, que le geste de Fekir atteint son paroxysme.
Avec les blessés d’AZF

Jolie brune, souriante et tournée vers les autres, Mélanie Rodrigue était aide-soignante. Elle faisait également partie de la cellule de soutien psychologique auprès des sinistrés de la catastrophe de l’usine AZF. Sérieuse dans tout ce qu’elle entreprenait, elle projetait de suivre des études d’assistante sociale. Lorsque son compagnon Mehdi Fekir est écroué après un braquage, elle se démène pour lui trouver toutes les garanties d’insertion. Elle héberge la fille de Fekir naît d’une précédente union. Après 15 mois de détention, Fekir recouvre la liberté, le 11 avril 2007 grâce à l’insistance de Mélanie. Cinq jours plus tard, son corps est lardé de coups de couteau.

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09:26 – mardi 31 mars 2009
A Vannes, le procès d’assises est suspendu. La principale accusée est absente
Rebondissement aux assises du Morbihan. Au deuxième jour du procès des trois coaccusés d’un meurtre au couteau à Ploërmel, la principale accusée, ex-concubine de la victime, ne s’est pas présentée à l’audience ce matin.La présidente de la cour d’assises a donc décidé de suspendre les débats, alors qu’on s’apprêtait à entendre les premiers experts. A noter que les trois coaccusés comparaissent libre.

09:57 – mardi 31 mars 2009
Coup de couteau mortel à Ploërmel : l’accusée est arrivée en retard, mais l’audience a repris
La principale accusée du meurtre d’un Réunionnais de 25 ans, le 22 janvier 2005, à Ploërmel, s’est finalement présentée avec 45 minutes de retard, ce matin, à l’occasion de la deuxième journée d’audience devant la cour d’assises du Morbihan.
Avec l’arrivée de cette Réunionnaise de 25 ans, ex-concubine de la victime, les débats ont pu reprendre. La présidente a demandé des explications à l’accusée sur son retard, lui précisant qu’elle pourrait «?statuer sur un éventuel placement en détention?».
L’intéressée a argué « d’un souci avec le règlement financier de son hôtel à Vannes ». Ce matin, la cour entend les experts.

19:26 – mardi 31 mars 2009
Meurtre à Ploërmel: la victime a été poussée sur le couteau mais par qui?
La cour d’assises du Morbihan a entendu, ce mardi, les médecins experts, le directeur d’enquête et les premiers témoins dans le procès du meurtre d’un jeune Réunionnais de 25 ans, le 22 janvier 2005 à Ploërmel. Le légiste a confirmé la compatibilité de la blessure d’un coup de couteau dans le cœur avec la version de la principale accusée : elle aurait pointé la lame pour se défendre, son ex-concubin agenouillé au-dessus d’elle. Un des hommes, prenant sa défense, aurait projeté violemment la victime contre le couteau. Qui est cet homme ? Le gendarme qui dirigeait l’enquête a admis que « le rôle de tierces personnes posait problème dans ce dossier. La difficulté, c’est qui est cette masse sombre décrite par l’accusée. » Un homme de 27 ans est dans le box des accusés. Il n’était pas le seul intervenir dans le bagarre sur le parking

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Une majorité de Français fait confiance aux juges d’instruction et estiment que leur suppression « va entraîner un contrôle du pouvoir politique sur les enquêtes les plus sensibles ».

Les Français pensent que la suppression du juge d’instruction « va entraîner un contrôle du pouvoir politique sur les enquêtes les plus sensibles »  (Sipa)

Les Français pensent que la suppression du juge d’instruction « va entraîner un contrôle du pouvoir politique sur les enquêtes les plus sensibles »  (Sipa)
Un sondage CSA publié, vendredi 27 mars, montre qu’une majorité de Français (71%) fait confiance aux juges d’instruction. 55% d’entre eux estiment que leur suppression « est une mauvaise chose car la loi va entraîner un contrôle du pouvoir politique sur les enquêtes les plus sensibles ».
Ce sondage de l’institut CSA pour LCP-Assemblée nationale et Planète justice sur « les Français, les juges d’instruction et la réforme de la Justice » à l’occasion d’une émission spéciale « Le juge d’instruction en question » diffusée sur les deux chaînes à partir de samedi, classe les attentes des Français à l’égard des juges. Les Français les jugent en premier compétents (59%), puis indépendants du pouvoir politique (45%) et efficaces pour chercher les preuves de culpabilité (39%).

Un nouveau « juge de l’instruction »

Au début du mois, la ministre de la Justice Rachida Dati s’est vue transmettre un pré-rapport du comité de réflexion sur la réforme pénale, incluant la suppression du juge d’instruction, comme le lui avait demandé le 7 janvier le président Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat s’était prononcé pour la suppression de cette fonction au profit d’un nouveau « juge de l’instruction » qui ne dirigerait plus les enquêtes mais en contrôlerait le déroulement.

Ce sondage a été réalisé par téléphone les 11 et 12 mars auprès d’un échantillon de 1.002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas

Un film retrace le combat de Christian Laplanche pour porter la robe noire, en dépit de vieilles condamnations

« Cinq ans et demi à se battre pour exercer le métier qu’on veut exercer, c’est long et pénible », confie Christian Laplanche.

Un documentaire diffusé samedi sur France3 Sud, un livre à paraître dans les mois prochains… Christian Laplanche avait un besoin impérieux de raconter son étonnant combat pour porter une robe d’avocat. Il l’endosse depuis que le barreau de Paris l’a accueilli dans ses rangs, en juillet dernier.

Le conseil de l’ordre n’a rien vu à redire au fait que, il y a vingt-cinq ans, Christian Laplanche avait commis des braquages dans les Bouches-du-Rhône, qui lui ont fait connaître la prison et les cours d’assises. Alors que les barreaux de Nîmes, d’Avignon et de Cayenne lui avaient singulièrement claqué la porte au nez, au motif d’un oubli et d’une réhabilitation impossibles.

En 2003, ce Nîmois décide de s’inscrire au barreau. Ses diplômes, sa carrière de professeur de droit puis de maître de conférences l’autorisent à exercer la profession d’avocat. La douche est glacée lorsque le barreau lui refuse son inscription au motif qu' »il ne remplit pas les conditions d’honneur et de probité indispensables à la profession d’avocat ». Son passé l’a rattrapé, en dépit d’une réinsertion exemplaire depuis une vingtaine d’années : ses condamnations sont non avenues, son casier judiciaire purgé et sa réhabilitation établie de droit.

Christian Laplanche riposte, saisit la cour d’appel qui lui donne raison et ordonne son inscription au barreau de Nîmes. Pour les juges, l’avocat a « donné des gages de réinsertion sociale plus que suffisants ». Prestation de serment, installation dans son cabinet de la rue du Mûrier d’Espagne, premiers clients, premières affaires… « Que ce soit devant un tribunal correctionnel ou une cour d’assises, je me sens à ma place. Je ressens très fort les enjeux. Peut-être parce que je suis déjà passé par la moulinette des juridictions répressives. » Dans les années 1980, le jeune Laplanche avait su gagner la confiance des magistrats.

D’abord, celle du juge d’instruction de Tarascon – il entrera par la suite dans les ordres – qui fait confiance au gamin qui a braqué La Poste de Barbentane. Il le libère sous contrôle judiciaire. Une liberté remplie par les études. Et devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, le président d’alors, Bernard Fayolle, mais surtout les jurés, donnent sa chance à cet accusé sur le chemin de la rédemption, inscrit à la fac de droit. C’est sûrement pour cela que Christian Laplanche a la défense pénale dans les tripes.

En 2006, après quinze mois d’exercice, la Cour de cassation annule la décision ordonnant son inscription au barreau. « Dès le lendemain, je recevais un fax du bâtonnier m’indiquant que mon cabinet allait être liquidé, que je n’étais plus avocat. » La secrétaire licenciée, les clients évaporés en laissant une belle ardoise d’honoraires non payés et ce satané passé qui lui « revenait en pleine gueule ». Aucun droit à l’oubli, pas la moindre reconnaissance de vingt ans d’une vie sans tache.

Le barreau d’Avignon ne veut pas de lui non plus. Celui de Cayenne où il enseigne à la faculté de droit traîne des pieds… Ces refus successifs « laissent des traces. On sort brûlé d’une affaire comme celle-là ». Les caméras de Jarmila Buzkova ont suivi ce cheminement chaotique, depuis la première prestation de serment, à Nîmes en 2003, à celle de Paris, le 6juillet dernier. Le droit chemin, cinquante-deux minutes d’images, d’interview pour montrer le coeur d’une profession qui ne cesse de plaider face aux juges que lorsque la peine est purgée, il faut faire confiance.

Un peu l’histoire du cordonnier le plus mal chaussé… Dans son nouveau cabinet, ouvert au centre de Nîmes, Christian Laplanche redémarre son activité. Il sait gré au barreau de Paris non pas de lui avoir fait une fleur mais d’avoir appliqué la loi. « Pour le bâtonnier de Paris, le mot réhabilitation a un sens, un sens juridique et un sens moral. »

Quelques dossiers ouverts seulement mais une farouche envie de revanche. « Cinq ans et demi à se battre pour exercer le métier qu’on veut exercer, c’est long et pénible. » La page est tournée. Il ne reste plus qu’à devenir simplement Me Laplanche et non plus « le braqueur devenu avocat ». Encore un beau défi à relever…
Par Luc Leroux ( lleroux@laprovence-presse.fr )

Laurence de Charette
Un budget de 300 millions par an, près de 900 000 justiciables bénéficiant de cette assistance juridique gratuite : le système de l’aide juridictionnelle est au bord de l’implosion.

Dans le box de la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le jeune homme aux cheveux d’ébène tente de faire entendre sa cause aux trois magistrats. Le prévenu «se disant Abdelkarim Melloulah», palestinien, a été interpellé près de Montparnasse, avec une fausse carte de résident belge. Dans la petite salle d’audience, le public s’agite lorsque son avocat prend la parole : le conseil du jeune homme est complètement inaudible. L’avocat commis d’office, d’origine asiatique, ne parle qu’à peine le français… Il ânonne une argumentation commençant par «c’est très dur pour lui» et s’achevant par «demande la relaxe totale ». Sur le banc d’à côté, deux de ses confrères gardent la tête baissée, légèrement mal à l’aise.

«Le système des avocats commis d’office et de l’aide juridictionnelle coûte de plus en plus cher à l’État, mais pourtant, il ne donne satisfaction à personne !» analyse froidement un spécialiste de la Chancellerie. Le dispositif vise à donner à tous un égal accès à la justice en assurant le financement par l’État des frais d’avocat pour les plus démunis. En 1997, 890 000 personnes en ont bénéficié. Mais, même les avocats le reconnaissent, un prévenu bénéficiant de l’aide juridictionnelle sera la plupart du temps moins bien défendu qu’un autre. Pourtant, en dix ans, le montant consacré par l’État à cette enveloppe a augmenté de 72 % pour atteindre plus de 300 millions par an.

Ce jeudi, comme tous les jours au palais de Paris, plusieurs dizaines de prévenus ont été transférés dans la matinée au local «P12», pour y rencontrer un avocat commis d’office. De brefs échanges, deux ou trois heures au maximum avant l’audience. À Paris, ces permanences pénales sont recherchées par les jeunes avocats : même modestement rémunérées (en moyenne 192 euros pour un dossier correctionnel), elles assurent un minimum d’activité et permettent de «draguer» au passage d’autres clients à venir… «Certains jours, les jeunes avocats traînent dans les couloirs, devant les salles correctionnelles où les familles guettent le passage des leurs, dans l’espoir de récupérer un dossier», raconte un habitué du palais. Certaines permanences, quand elles sont rémunérées à l’acte, peuvent même s’avérer très lucratives : les membres de la commission Darrois, qui a planché sur le sujet, ont relevé le cas d’un avocat ayant touché près de 1 936 euros, après avoir assisté une dizaine de prévenus en une seule après-midi…
Manque de rigueur

Le système de l’aide juridictionnelle n’est en effet pas qu’un mécanisme de solidarité mais aussi un marché pour les professionnels du droit. Un marché qui devrait être amené à s’étendre encore – certains prédisent même un doublement de la dépense – avec la réforme annoncée de la procédure pénale qui doit renforcer le rôle de la défense face à un parquet menant l’enquête à la place du juge d’instruction.

Or, malgré son ampleur, la distribution de l’aide juridictionnelle, d’abord réservée aux personnes les plus démunies (moins de 911 euros de revenus mensuels) puis accordée selon un système dégressif, manque cruellement de rigueur. Dans les affaires pénales, les avocats commis d’office interviennent le plus souvent dans l’urgence, sans beaucoup de vérifications. Sur le formulaire ad hoc, les avocats parisiens ont tout simplement pris l’habitude de rayer d’un trait les questions portant sur les ressources du demandeur et d’inscrire un gros « zéro »…. pour ne pas prendre le risque de n’être payés ni par l’État, ni par le prévenu. Dans les affaires civiles (divorce, affaires familiales, etc.), les vérifications devraient être plus rigoureuses, puisque la demande se fait avant la procédure. Mais il reste de nombreuses failles dans le contrôle des bureaux d’aide juridictionnelle.

Ces bureaux ne prennent que très rarement en compte le changement de situation financière d’un justiciable alors que la loi prévoit un retrait de l’aide en cas d’augmentation des revenus. De même, lorsqu’une procédure se poursuit en appel, l’aide est automatiquement maintenue, sans vérification. Pas moins de 10 332 décisions de maintien de plein droit ont de cette façon été enregistrées en 2008, pour un budget de 3,4 millions d’euros. Et parfois, le montant en jeu du litige est moins élevé que la somme dépensée par l’État pour rémunérer les avocats…

Depuis peu de temps, les fonctionnaires ont reçu la consigne de demander au justiciable s’il ne bénéficie pas d’une assurance juridique qui pourrait prendre en charge les frais de justice. Mais le justiciable reste libre de sa réponse : or, il est parfois plus simple de solliciter l’État que l’assureur.

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LES FAITS
L’ombre d’Orlando Bocadifuoco, tué le mois dernier, a plané sur deux dossiers où était impliqué son rival Kamel Benafitou a réponse à tout. Cheveux rasés, impavide, ce Montpelliérain de 28 ans balaie les évidences avec aplomb. Il parle de lui à la troisième personne et n’hésite pas à rembarrer un avocat qui l’asticote. Hier, jugé dans deux dossiers de guet-apens et de tentative d’enlèvement, il a passé le message comme quoi il n’y aurait pas d’animosité entre sa famille et celle des Boccadifuoco. Et plus particulièrement envers Orlando, dit Pito, abattu à coups de « 11.43 » devant son snack, le 26 février dernier à Cournonterral, et qui se trouve être victime dans les deux dossiers traités hier… Rien ne permet d’affirmer qu’il y a un lien avec sa mort. Même si le bâtonnier Martin, avocat de Jonathan, frère de Pito a posé la question à haute voix : « Qu’on le veuille ou non, il y a cette séquestration, puis cette tentative d’enlèvement et puis Orlando est mort… Je n’accuse personne mais j’ai quelques interrogations. » Le tribunal a donc retracé le fil de cette année 2007 où se sont exacerbées les tensions entre les deux familles, celles de Kamel, déjà condamné aux assises pour des braquages et Orlando, au casier judiciaire également fourni. Dans le premier dossier, mis en délibéré, Benafitou est accusé d’avoir « arnaqué les gitans » comme il s’en était vanté auprès de sa compagne d’alors. En janvier 2007, boulevard de Strasbourg, il aurait organisé une livraison de stupéfiants, du hasch ou plus certainement de la cocaïne, entre des Marseillais, les livreurs, et les frères Boccadifuoco, les acheteurs. Mais l’opération a tourné à l’arnaque et l’argent – des dizaines ou centaines de milliers d’euros – comme la drogue, dont on ne saura jamais si elle a existé, ont disparu alors que Jonathan et Pito se sont retrouvés menottés. Kamel nie être à l’origine de ce coup qu’il aurait baptisé « Opération Espadon », toujours selon son ex-amie.
« C’est vrai que j’ai ramené trois Marseillais, ils voulaient parler avec Orlando et l’un a sorti une arme ! Parler de quoi je sais pas, si Orlando était vivant il pourrait nous le dire, malheureusement il est m ort. » Trois jours plus tard, le frère du prévenu se fait balafrer le visage par le clan des gitans. Et un nouvel épisode de cette guerre se déroule fin novembre 2007 lorsque Kamel Benafitou recrute dans le « milieu » niçois, Marc Laugier, 50 ans, condamné quatre fois aux assises pour des hold-up et un chauffeur venu de Toulouse. Il braque un véhicule au Grand-Travers, et organise une mise en scène avec carte de gendarmerie volée, faux mandat d’amener d’un juge d’instruction, menottes, « 357 magnum » dans le but d’aller voir Pito. Pour l’enlever et le séquestrer suite à des dettes de stupéfiants et de menaces de mort de la part du clan gitan, selon l’accusation. On ne saura jamais quelles étaient leurs intentions, funestes ou non, la PJ avait coffré tout le monde avant l’opération. « L’enlever, non, non, je voulais l’intimider, lui mettre un coup de pression tout simplement. Pour lui faire croire que des gendarmes viennent lui dire « on t’a à l’oeil » se défend Benafitou reconnaissant que sa famille a reçu de graves menaces. Mais il y a eu des contacts, il n’y a plus de problème entre nous, entre les familles, tout est réglé. »

Yanick PHILIPPONNAT
Kamel Benafitou et Marc Laugier ont écopé de 30 mois et 24 mois de prison pour ce second dossier alors que le parquet a requis 4 ans ferme contre chacun.

Deux hommes, condamnés à 20 ans de prison pour un meurtre à Lunel en 1997, crient leur innocence M e Abratkiewicz, l’avocat d’Abderrahim El Jabri et d’Abdelkader Azzimani, est déçu. La commission de révision vient de rejeter la requête qu’il a formulée en décembre 2007, sur la base d’éléments nouveaux, et notamment d’un témoignage.

« Malheureusement, cette décision n’est pas vraiment étonnante, commente l’avocat montpelliérain. Elle montre bien le caractère exceptionnel de cette procédure trop restrictive. Toujours est-il que, si elle note que le témoignage est trop imprécis pour installer un doute suffisant à la révision du procès, la décision rendue insiste tout de même sur le fait que l’enquête n’a pas dévoilé toute la vérité sur l’affaire. Que
la procédure de révision pointe du doigt les carences de l’enquête et demande au Parquet général de reprendre les investigations est un fait encourageant pour nous. Reste à savoir ce que va faire le Parquet… » M e Abratkiewicz ne semble toutefois pas faire montre d’un grand optimisme.

« Le drame absolu de l’affaire, c’est que l’on vient d’apprendre que l’ADN concernant ce crime a été perdu ! J’estime que, dans le cadre d’un dossier judiciaire de ce type, la perte des scellés de l’ADN est le fruit d’une énorme négligence. » L’avenir ? « Mes clients m’ont demandé de saisir la Cour européenne des Droits de l’Homme. D’ici un mois, après l’étude à tête reposée de la décision de la commission de révision, nous prendrons notre décision ».

Le 12 décembre 1997, à Lunel, sur fond de trafic de drogue, Abdelazziz Jhilal avait été tué de 108 coups de couteau. Comme la victime, El Jabri et Azzimani faisaient partie du milieu des trafiquants lunellois de haschich. Depuis le début, ils nient être les auteurs du crime.
Christian VALOIS