La cour d’assises du Haut-Rhin a rendu, hier, son verdict. Alors que l’avocat général avait requis 18 ans, Prathayvanh Sithidara a écopé de 20 ans de réclusion criminelle.

« Le cœur a ses raisons, que la raison ignore », a lançé hier, au début de sa plaidoirie, M e Ange Bujoli, aux jurés de la cour d’assises du Haut-Rhin de Colmar. Mais l’avocat de Prathayvanh Sithidara, qui a tué sa compagne le 30 septembre 2007 de 38 coups de couteau (lire L’Alsace d’hier), n’a pas vraiment été écouté hier. Alors que l’avocat général Alexandre Chevrier avait requis 18 ans, appelant les jurés à « tenir compte des éléments objectifs du dossier et à ne pas s’acharner sur l’accusé », l’accusé a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

Qui était la victime ? Durant la matinée, les membres de sa famille l’ont décrite devant la cour.

« Il avait du pouvoir sur elle »« Laura aurait eu 21 ans avant-hier (Ndlr : le 16 septembre), a déclaré son père. Elle est morte sous les coups sauvages de cet individu, alors qu’elle venait juste d’avoir 19 ans. » Un père qui avait alerté les gendarmes sur les comportements étranges de l’accusé, « sur son train de vie qui n’avait rien à voir avec celui d’un homme qui ne travaillait pas ». Mais ce père n’avait pas réussi à convaincre sa fille de porter plainte, quand Sithidara l’avait étranglée. « Elle m’a supplié de ne pas le faire. Je regrette. » Pour lui, après cet épisode, cette histoire d’amour était terminée. Et il ne savait pas que deux mois plus tard, sa fille avait recommencé à vivre avec Sithidara. « Nous nous disions tout, a expliqué sa grande sœur. Je le savais, mais elle ne voulait pas que j’en parle. »

Laura était « aveuglée par Sithidara : il avait du pouvoir sur elle », a martelé l’avocat de la famille de la victime M e Thierry Moser. « Vous avez tout fait pour vous approprier votre amie comme un objet. Et un objet n’a pas de vie. On peut le jeter ou l’assassiner. »

Le mois de septembre restera « à jamais gravé dans vos mémoires, a reconnu M e Ange Bujoli. Et Laura ne méritait pas ça. »

« Il a saigné sa victime »Cette jeune fille — « lumineuse, très jolie, dont le rire était contagieux » détaille sa mère — était devenue « la chose » de Sithidara, a insisté M e Thierry Moser. « Laura a été exécutée de façon barbare, au cours d’une scène de boucherie infecte, a-t-il enchaîné. Il valait mieux qu’elle soit morte, plutôt qu’avec un autre. L’amour possessif et la jalousie, ce n’est pas de l’amour. Alors crime passionnel ? Le crime je le vois, la passion je ne la discerne en rien. »

Alexandre Chevrier, lors de son réquisitoire, a même parlé de « l’œuvre de Sithidara. 38 coups de couteau, ce n’est pas de la colère mais de la rage. Il a frappé de manière sauvage et bestiale. Il a saigné sa victime. »

L’accusé, lui, s’est contenté de répéter : « Je suis désolé. Je m’en veux tellement. »

Son avocat avait bien tenté d’expliquer « le quiproquo qui a entraîné ce drame. Elle ne l’a pas trompé. Car pour elle, c’était clair. Mais pour lui, cela ne l’était pas. Il a vu ce message sur le téléphone et cela a tout déclenché. » Il a même lancé aux jurés : « Au nom de Laura et de la justice, je vous demande d’être équitables. »

Après en avoir délibéré, les jurés ont fait leur choix.

Grégory Lobjoie

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