CLICANOO.COM | Le procès en appel lui aura été favorable. Rejugé hier par la cour d’assises de Saint-Denis pour le meurtre de son compagnon de beuverie en mai 2006, Julien Payet a été condamné à vingt années de réclusion criminelle. C’est cinq ans de moins que la peine dont il a écopé en première instance.

Il n’avait rien à perdre. En interjetant appel, Julien Payet dit “Popeye”, 55 ans, encourait trente ans de réclusion criminelle en cas de condamnation pour meurtre, et vingt ans si les faits étaient requalifiés en violences volontaires. Finalement, au terme d’une journée de débats, c’est le meurtre qui a été retenu. Le quinquagénaire a écopé de 20 ans de réclusion criminelle. Une peine correspondant aux réquisitions de l’avocat général Anne-Marie Noël. “ Son casier judiciaire contient déjà six condamnations pour des faits de violences. Là, il a donné un coup d’accélérateur à cette rage qu’il a en lui”, explique-t-elle avant d’ajouter : “Il a le droit d’avoir des ressentis. Par contre, il n’avait pas le droit de tuer un homme qui ne lui avait fait aucun mal”. Cet homme, c’est Raphaël Jeanin, 68 ans. Un soir de mai 2006, Julien Payet, fraîchement sorti de l’hôpital psychiatrique de Saint-Paul où il avait séjourné pendant quelques temps suite à une tentative de suicide, boit le rhum qu’il vient d’acheter à la boutique. Assis sur le petit muret qui borde la maison de sa mère, l’accusé aperçoit Raphaël Jeanin et lui propose de se joindre à lui “pour boire un coup”. Le passant, décrit comme “un alcoolique chronique et un marginal”, accepte la proposition. Les deux adeptes de la bouteille passent un instant convivial. “Ils jouaient de l’harmonica”, dira un témoin de la scène à la cour. À un certain moment, la sœur de l’accusé, qui arrosait les plantes du domicile de la mère, demande aux compagnons de beuverie de partir pour qu’elle puisse continuer son activité. C’est à ce moment que les choses dérapent. L’invité, “non violent mais du genre insolent quand il a bu”, injure la mère de Julien Payet. “Il m’a dit allé fé b… out momon. Je n’ai pas supporté. Je lui ai demandé de partir”.

Noyé dans son propre sang

Mais le sexagénaire, qui a déjà du mal à se déplacer en temps normal, est complètement ivre. Il n’est pas en mesure de s’exécuter. Il tente bien de se lever une première fois mais tombe aussitôt. Il essaye de se remettre debout mais la chose lui est impossible. C’est alors que Julien Payet, avec plus de 3g d’alcool par litre de sang et sous l’effet des médicaments prescrits par l’hôpital, voit rouge. Il commence à frapper son alter ego, à coups de pieds et de poings, essentiellement au niveau du visage. La violence est telle que tous les os de la face du malheureux seront brisés. Ni la sœur, ni la mère de “Popeye” seront capables de lui faire entendre raison et ce sont elles qui appelleront les secours. Les efforts de ceux-ci pour tenter de réanimer la victime sont vains : Raphaël Jeanin décède d’une asphyxie aiguë causée par l’inhalation de sang provenant des fractures faciales. “Les constatations dénotent que les coups ont été portés avec une violence certaine mais les lésions en elles-mêmes n’étaient pas mortelles. La victime est morte étouffée, un peu comme si elle s’était noyée dans son propre sang”, précise le médecin légiste. Derrière la vitre du box des accusés, Julien Payet écoute le rapport sans lever la tête. Rasé de près, les cheveux grisonnants, il s’exprime dans un français très correct. Il répond sans s’étendre aux questions qu’on lui pose. Sur les faits à proprement parler, il dit ne pas vraiment s’en souvenir. “Rien n’enlèvera l’horreur des faits mais mon client a ôté la vie à Raphaël Jeanin dans des circonstances particulières. Non seulement il était dans un état d’imprégnation alcoolique extrême, mais en plus, il était sous l’effet du Temesta”, plaide Me Amel Khlifi-Ethève. Un médicament qui a entre autres pour effets de provoquer, une fois mélangé à l’alcool, de l’indifférence émotionnel ainsi qu’une désinhibition.

“Il n’était pas conscient de ses actes”

Du côté des experts, un tel déchaînement de violence peut trouver ses origines dans le passé chaotique de l’accusé. “C’est un sujet immature, antisocial et qui a souffert depuis sa prime enfance. Il est né avec un bec-de-lièvre et cela a eu un gros impact sur sa vie, notamment dans ses relations familiales, sociales et amoureuses. De plus, il a souffert du rejet de sa mère”. Une enfance difficile, marquée par carences affectives, une vie d’adulte toute aussi morose, Raphaël n’était pas mieux loti que son bourreau. Pour Me Amel Khlifi-Ethève, ces circonstances aggravantes ne peuvent pas être retenues. Représentant les parties civiles, Me Julien Maillot a également repris quelques éléments de la biographie des protagonistes. Sans charger outre mesure l’accusé, l’avocat a choisi d’axer sa plaidoirie sur la personnalité de Raphaël Jeanin. “Depuis la séparation de corps d’avec sa femme, il vivait seul. Malgré son alcoolisme, il ne posait de problème à personne. Ses dalons de beuverie ont dit que c’était un homme sympa, généreux et surtout, non violent. Il n’était pas provocateur”. Et le conseil de rajouter que “les conditions de sa mort sont terribles. Admettons qu’il était insolent, il ne méritait pas pour autant un tel traitement”

M.N

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